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InterviewAndré Dussollier: «La Suisse a envie d’être à la hauteur des autres pays»

Avec la série «Cellule de crise», dévoilée jeudi 3 décembre à 21 h 10 et portée notamment par l’acteur français, la RTS s’engouffre avec ambition dans les coulisses de l’humanitaire. Mission accomplie?

par
Laurent Flückiger
Une coproduction RTS, réalisée par Jacob Berger avec André Dussollier

Une coproduction RTS, réalisée par Jacob Berger avec André Dussollier

RTS/Thierry Parel

C’est une série sur des jeux de pouvoir, des tractations dans l’ombre, des alliances contre nature… «Borgen»? Non, «Cellule de crise», une coproduction de la RTS sur les coulisses de l’humanitaire. Si les Danois ont pu intéresser l’Europe avec sa politique, pourquoi la Suisse ne pourrait pas faire de même avec ses ONG installées à Genève?

Car avec cette série, la Suisse montre ses ambitions: réussir à traiter d’un sujet sérieux tout en soignant le côté divertissant. Sans mentionner le CICR, c’est ici du fictif HCIH (Haut Commissariat International Humanitaire) dont il est question. Une femme hors du sérail prend sa présidence alors qu’un enlèvement d’un jeune délégué et d’une dizaine de collaborateurs de l’ONG a lieu au Yémen. S’affrontent alors les rivalités politiques et idéologiques.

Si la Belgique et le Luxembourg coproduisent «Cellule de crise», de fins connaisseurs de la Genève internationale sont derrière cette série de 6 épisodes, avec Jacob Berger en coauteur et réalisateur. Au casting, Isabelle Caillat montre une fois de plus tout son talent dans le rôle de la présidente du HCIH tandis qu’André Dussollier est impeccable en vice-président de l’institution. Il a accepté de nous parler de son rôle dans sa première série suisse, lui qui a grandi tout près, à Cruseilles (F).

André Dussollier, qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet?

Le sujet. Les enjeux à l’intérieur et sur le terrain des ONG humanitaires qu’au fond on connaît mal, comme le CICR – le public n’est pas dupe, c’est bien de la Croix-Rouge dont on parle dans «Cellule de crise» même si elle n’est pas nommée. Aujourd’hui, il y a beaucoup de journalistes qui écrivent des séries et donc elles sont très réalistes. Mais il y a aussi tout une partie scénarisée. Ce qui m’a plu dans mon personnage, c’est que sa vie privée et sa vie publique sont liées. L’une interfère sur l’autre. J’aime beaucoup aussi tous les coups de théâtre qu’il y a, c’est bien construit.

«Cellule de crise» montre en effet ce qui se trame en coulisses dans les hautes sphères. Il y a beaucoup de compromis, il faut parfois se salir les mains. Ce côté-là vous a surpris?

À ce point-là, oui! On se dit que l’humanitaire devrait passer avant tout. Mais ce n’est pas comme ça. Il y a beaucoup d’enjeux politiques et économiques. C’est une série ambitieuse, qui est diffusée en français mais aussi en allemand, et coproduite par la Belgique et le Luxembourg. La Suisse a envie d’être à la hauteur des autres pays. Et en traitant un sujet sérieux, elle qui a la réputation d’être secrète, elle suit les traces d’autres télévisions.

Dans votre longue carrière, vous n’avez pas joué dans beaucoup de séries…

Quelques-unes, mais l’histoire était différente à chaque épisode. C’est la première fois que je suis dans une série feuilletonnante. C’est toujours une gymnastique assez folle de tourner pour la télévision. Il faut bien connaître l’évolution de son personnage. Mais j’aime bien, car on tourne vite. Et la série a l’art de raconter des thèmes d’aujourd’hui en profondeur.

«C’est toujours une gymnastique assez folle de tourner pour la télévision»

André Dussollier

Le tournage s’est déroulé en partie à Genève, que vous connaissez bien vu que vous êtes né à Annecy (F).

Oui. Mais je connaissais mal la Vieille-Ville, j’ai été épaté. Je suis allé au lycée à Saint-Julien, alors quand j’étais jeune je suis souvent venu à Genève voir des expos, écouter des concerts. J’allais même voir jouer le Servette! Et je n’arrêtais pas d’aller chercher des têtes de choco, comme on dit aujourd’hui. Je me suis souvent produit au théâtre en Suisse. J’aime beaucoup le public, il y a une ferveur, une sympathie.

Dans «Cellule de crise», le poste de président HCIH est en jeu. Le personnage joué par Isabelle Caillat dit que les hommes blancs et âgés doivent laisser leur place. C’est aussi ce qui se passe dans le cinéma, dans l’académie des Césars par exemple.

Aux Césars, il y a une gouvernance que les membres ont voulu changer. C’est plutôt contre les décrets anciens et c’est bien que ça ait changé. Par contre, en tant qu’acteur, je n’ai pas cette impression de devoir laisser ma place. Chaque rôle a son âge. D’ailleurs, je viens de terminer un film de François Ozon où Sophie Marceau joue ma fille. Dans ce métier, pour un homme, le grand plaisir c’est à la cinquantaine. C’est là que les rôles sont les mieux développés.

La Suissesse Isabelle Caillat et le Français André Dussollier se partagent l’affiche de cette série ambitieuse.

La Suissesse Isabelle Caillat et le Français André Dussollier se partagent l’affiche de cette série ambitieuse.

RTS

Comment s’est déroulée votre collaboration avec Isabelle Caillat?

C’est une formidable rencontre. Isabelle est une grande actrice et une belle personne. Avec une grande simplicité, une grande humilité

Parallèlement à l’humanitaire, «Cellule de crise» s’intéresse aux coulisses de la FIFA nommée à l’écran la Football Federation International Organisation. Qu’en pensez-vous?

Pour moi, qui adore le foot, c’est intéressant de voir comment ça fonctionne. L’argent domine. La FIFA a un pouvoir considérable, qui est au détriment des joueurs. En ce moment, à cause de la pandémie, il y a des matches tous les trois jours. C’est trop, je ne regarde plus.

Savez-vous s’il y a eu des réactions de la part du CICR au sujet de la série?

Je ne sais pas. L’image du CICR n’est pas trop égratignée, je trouve. Le public connaît peut-être l’aide qu’ils apportent à la population. Mais c’est beaucoup plus compliqué que ça. Au contraire, ça montre la difficulté de leur mission.

Selon son réalisateur et coauteur Jacob Berger, «Cellule de crise» se veut «un divertissement intelligent». Mission accomplie?

Oui, la série nous apprend des choses qu’on ne connaît pas forcément et elle est construite comme un film à suspense. Chaque épisode se termine par un coup de poing.

«Cellule de crise», deux épisodes par soirée les 3, 10 et 17 décembre 2020 à 21 h 10 sur RTS 1. Dès le 3 décembre au soir, tous les épisodes de la série sont disponibles sur Play RTS et sur Play Suisse dans toutes les versions linguistiques.

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7 commentaires
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Brrr

04.12.2020 à 21:22

Pauvre Suisse Romande, au lieu de s'affirmer toujours dans les jupons de la France. C'est triste. Je suis sûre quand cherchant un peu on trouve des talents en suisse Romande.

Robin Telli

04.12.2020 à 13:00

C'est pour cela que j'ai décidé d'arrêter les dons à toutes les ONG sans exception. Je n'ai pas envie que mon argent aide à soutenir des campagnes politiques en Suisse ou à l'étranger.

arghhh

03.12.2020 à 13:15

Il me semble qu'il y avait déjà une interview du même monsieur dans Le Matin Dimanche. Ces interviews d'acteurs sont d'une bêtise. Faites autre chose