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VaticanAngelo Scola, le plus «ratzingérien»

Le papable italien Angelo Scola, 71 ans, archevêque du diocèse de Milan, est un "ratzingérien" de cœur et d'esprit. Travaillant pour le dialogue des cultures, conservateur et faisant plutôt cavalier seul dans l'épiscopat italien.

Angelo Scola

Angelo Scola

AFP

Avant même que le pape n'annonce sa démission le 11 février, le cardinal, visage carré, caractère bien trempé, avait été constamment cité avec le Canadien Marc Ouellet comme un des deux favoris de Benoît XVI, et l'un des prélats dont la stature intellectuelle permettrait de succéder au théologien Joseph Ratzinger.

La nomination de l'ancien patriarche de Venise (de 2002 à 2012) à Milan, qui a donné plusieurs papes dans le passé, avait été vue comme un tremplin pour le trône de Pierre.

De grande culture, Angelo Scola a fait partie de la même école théologique que Ratzinger: celle de la revue "Communio", qui a insisté sur la nouveauté du Concile Vatican II (1962/65) mais aussi sur sa continuité avec la tradition. La devise du cardinal est "Ta grâce suffit".

Il a été dès la fin des années 50 disciple de Don Luigi Giussani, fondateur du mouvement ecclésial tourné vers le social "Communion et libération"(CL).

Sa militance dans ce groupement très puissant devenu conservateur lui vaut aujourd'hui d'être critiqué même s'il a pris ses distances avec certains politiciens de CL discrédités par des scandales. D'aucuns vont jusqu'à lui reprocher d'avoir donné des leçons de philosophie et d'éthique dans les années 70 au jeune entrepreneur Silvio Berlusconi.

Hostile à toute islamophobie, il a lancé en 2004 une revue de réflexion islamo-chrétienne très réputée, Oasis, publiée en plusieurs langues. Il s'est taillé une réputation d'ouverture en prédisant pour l'avenir un "métissage" plutôt que le "choc" des civilisations.

Dimension internationale

Parmi les 28 électeurs italiens, il est l'un de ceux qui a la dimension la plus internationale.

Mais Angela Scola a la réputation d'être assez sec, pas très médiatique. Il enfourche des combats très "ratzingériens", comme quand il critique en décembre la laïcité à la française, en affirmant que "l'Etat soi-disant neutre, loin d'être tel, fait sienne une culture spécifique, celle séculariste, qui à travers la législation devient culture dominante".

Angelo Scola a défendu Benoît XVI lors des scandales pédophiles qui ont touché l'Eglise, en estimant que l'accusation portée par certains groupes d'anciennes victimes contre l'ancien pape de n'avoir pratiquement rien fait était une "humiliation injuste".

Les cardinaux italiens ne sont pas unis entre eux sur sa candidature, et ne semblent pas tous l'aimer. Angelo Scola est perçu comme ayant opéré un tournant conservateur par rapport à ses prédécesseurs à Milan, les cardinaux Carlo Maria Martini et Dionigi Tettamanzi, plus dans la ligne du catholicisme social engagé. Selon ses détracteurs, il s'est montré autoritaire, hostile à la bureaucratie de l'Eglise -comme son mentor Ratzinger--, réformant la curie milanaise en l'amaigrissant.

Positions intransigeantes

Organisateur en juin dernier de la rencontre mondiale de la famille, il avait plaidé pour des positions intransigeantes sur les "valeurs non négociables" concernant la famille traditionnelle, le début et la fin de vie.

Né près de Milan, fils d'un camionneur socialiste et d'une femme au foyer très pieuse, il frappe dès sa jeunesse par sa mémoire prodigieuse et son caractère taciturne et déterminé. On l'a vu nager l'hiver dans les eaux glacés du lac de Côme.

Il deviendra prêtre à 29 ans. Il sera l'ami de ceux qui sont liés à Joseph Ratzinger: Christoph Schönborn de Vienne, Marc Ouellet de Québec, Peter Erdö de Budapest, trois autres "papabili". Il est un spécialiste d'anthropologie morale. Il devient évêque de Grossetto en 1991 et a présidé l'université pontificale du Latran à Rome de 1995 à 2002.

Angelo Scola est un gros travailleur. Selon la presse, le cardinal n'a pas de téléphone portable, mais il est présent sur internet, sur Twitter et sur Facebook, quoique modestement. Dans les dernières années, au milieu des intrigues secouant le Vatican, il a semblé parfois jouer hors du Vatican un rôle d'ami et d'appui inconditionnel du vieux pontife allemand, qui avait en lui une confiance totale. Il aurait été très attristé par l'annonce de sa démission.

(AFP)

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