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footAngleterre - Droits TV: et maintenant, on fait quoi de l'argent? (QUESTIONS-REPONSES)

Par Colin DRONIOU Londres, 11 fév 2015 (AFP) - Après l'annonce du nouveau montant astronomique de la vente des droits TV de la Premier League (6,9 mds d'euros pour la période 2016-2019), les questions ne manquent pas en Angleterre: cette manne va-t-elle enfin revenir à la base, ou, comme d'habitude profiter aux clubs et aux joueurs? QUESTION: De l'argent pour les clubs? REPONSE: Les clubs anglais sont dans une situation paradoxale car ils sont ceux qui génèrent le plus de revenus, mais pas forcément ceux qui sont les mieux gérés.

Selon le cabinet Deloitte, les vingt formations de Premier League figurent parmi les quarante clubs européens aux plus gros revenus. Mais en juin 2013, les pertes collectives de l'élite atteignaient 400 M EUR. Douze clubs sur 20 étaient déficitaires, et même cinq, dont Chelsea, Manchester City et Liverpool, de près de 70 M EUR. A l'automne dernier, les Blues ont annoncé 25 M EUR de profit mais les deux autres sont dans le collimateur du fair-play financier de l'UEFA. La tentation est donc grande de profiter de l'ouverture du robinet pour apurer les passifs. En 2011-2012, la Premier League a redistribué 80% de ses 1,7 milliard d'euros de revenus, soit 1,42 milliard d'euros, le partage du gâteau dépendant en partie de l'exposition des clubs. Champion cette année-là, Manchester City avait reçu 82 M EUR. L'an passé, toujours champion, City a encaissé 130 M EUR de droits TV, contre 84 M EUR à Cardiff, le dernier de la classe. Hull, 16e, a perçu deux fois plus que le Bayern Munich ! Avec désormais 2,3 milliards d'euros à "écouler" par an, si les droits étrangers restent stables à environ 1,17 milliard d'euros par saison, le champion percevra 211 M EUR par an et le dernier 134 M EUR. Q: De l'argent pour les joueurs? R: "Vingt clubs vont devenir encore plus riches et probablement tout claquer parce qu'ils dépensent à tort et à travers, estime l'expert financier Joe McLean, du cabinet Grant Thornton. Tout va revenir aux joueurs et aux agents, l'écart avec les clubs inférieurs va devenir un gouffre". En 2012-2013, la Premier League a généré 3,6 milliards d'euros de revenus, dont 2,4 mds sont partis en salaires. Au niveau européen, la puissante Premier League n'a gagné qu'une seule Ligue des champions depuis 2009 et ses meilleurs représentants peinent face au Real Madrid ou au FC Barcelone. Car les plus grandes stars planétaires sont désormais ailleurs. Manchester pleure encore le départ de Ronaldo à Madrid, Chelsea échafaude des montages pour récupérer Messi. Du coup, sitôt le contrat signé avec Sky et BT, les pronostics ont repris pour savoir quel joueur allait être le premier à casser la barrière des 500.000 livres de salaire par semaine (676.000 euros). Q: De l'argent pour la base? R: Pour le grand public, qui se sent exclu de stades hors de prix, les sommes annoncées frisent l'indécence et il est maintenant temps que la base profite à son tour de cette manne. Cet argent pourrait permettre de réduire le prix des billets, qui ne constituent plus que 20% des recettes à Chelsea par exemple, et améliorer l'accueil dans certaines enceintes désormais inadaptées. L'Emirates d'Arsenal est ainsi devenu une machine à cash impossible d'accès aux revenus modestes. Pour le prochain match de Premier League des "Gunners" à domicile contre Everton le 1er mars, le billet le moins cher est à 115 livres (155 euros). A Liverpool, le prestigieux Anfield est petit et vieillissant. La Premier League assure pourtant redistribuer environ 5% à la base pour encourager des initiatives ou développer des infrastructures. "Réduisez le prix des billets et rendez le spectacle accessible aux vrais supporteurs", a ainsi twitté mardi l'ex-international Gary Lineker. "Nous sommes inquiets de voir comment cet argent va être dépensé, reconnaît auprès de l'AFP Michael Brunskill, porte-parole de l'association officielle de supporteurs. Il est temps maintenant que les prix des billets baissent". "Les supporteurs en déplacement font aussi partie du produit que les clubs vendent. Sans l'ambiance, les montants ne seraient pas aussi élevés. En ce moment, tout le monde se demande comment on peut faire autant d'argent et ne rien rendre", poursuit-il en militant pour des tickets à l'extérieur limités à 27 euros. cd-thw/pga/fbx

(AFP)

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