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InsalubritéAnimaux victimes d'amour fou

Toujours plus d'individus se font déborder en adoptant trop de bestioles dont ils ne parviennent plus à s'occuper. Un phénomène qui a pour nom «animal hoarding».

par
Pascale Bieri
Un cas typique d'animal hoarding (ici aux Etats-Unis): des chats trop nombreux et dont le propriétaire n'arrive pas à s'occuper. Au final, les félins vivent dans leurs déjections, ne sont pas assez nourris, tombent malades.

Un cas typique d'animal hoarding (ici aux Etats-Unis): des chats trop nombreux et dont le propriétaire n'arrive pas à s'occuper. Au final, les félins vivent dans leurs déjections, ne sont pas assez nourris, tombent malades.

AP

Quarante chats mal en point, vivant dans leurs déjections, ont été retirés récemment à leur propriétaire dans l'Oberland bernois. Une histoire qui est malheureusement loin d'être exceptionnelle. D'après la SPA bernoise, de plus en plus d'individus cumulent les animaux de compagnie et perdent la maîtrise de la situation. A tel point que le phénomène a un nom: «animal hoarding». «Il n'y a pas de statistiques, mais différents vétérinaires cantonaux nous ont effectivement dit qu'il y avait une augmentation de ces situations», confie Helen Sandmeier, porte-parole de la Protection suisse des animaux.

Maladies psychiques

Plus concrètement, le Dr Jérôme Föllmi, vétérinaire cantonal à Genève, souligne que ses services ont traité 273 dossiers relevant de la protection des animaux en 2014. «Pour près d'un quart d'entre eux, il s'agissait d'une inadéquation entre le nombre d'animaux détenus et la capacité de la personne à les gérer correctement.» Autre chiffre symptomatique de cette évolution: 1511 bestioles ont été saisies en Suisse en 2013 (+34%), notamment pour cause d'«animal hoarding». Un record.

Mais qui sont ces gens qui additionnent, peu à peu, chiens, chats ou encore oiseaux, rongeurs et reptiles? «La plupart du temps, ce sont des personnes malades psychiquement, assure Helen Sandmeier. Elles entassent les animaux comme d'autres les objets. Au début, elles pensent agir pour le bien-être des bêtes, mais à force d'en adopter de nouveau ou de les laisser se reproduire, elles perdent tout contrôle. Les animaux sont alors mal soignés et sous-nourris, faute de moyens financiers. En fait, c'est de la cruauté. Mais les personnes concernées ne s'en rendent pas compte et ne veulent rien entendre.» Le plus souvent, ce sont des femmes d'âge mûr qui ne travaillent pas qui se trouvent dans ce genre de situations.

Face à ces cas dramatiques, les autorités évitent toutefois la force, autant que possible. «Généralement, ce sont des cas très complexes, où il y a beaucoup de souffrance», relève Giovanni Peduto, vétérinaire cantonal vaudois. «A moins qu'il y ait de la maltraitance avérée, nous essayons dans un premier temps de discuter avec les gens. De voir avec eux, comment améliorer les soins aux animaux et réduire leur nombre.»

Un travail qui peut-être de longue haleine. «Souvent, ces personnes refusent de collaborer, il faut du temps pour les mettre en confiance, les convaincre. Et parfois, cela se termine par une résiliation de bail… Tout le monde se retrouve à la rue, et il faut récupérer d'urgence les animaux. Toutefois, je ne sais pas si ces cas sont réellement en augmentation ou si on en parle plus», relève Alain Zwygart, administrateur de la Société vaudoise pour la protection des animaux.

Dans certains cas, le séquestre des animaux est prononcé par le vétérinaire cantonal, assorti d'une interdiction de détention de toute bestiole. Mais les récidives ne sont pas rares, au grand dam des associations de protection des animaux. Car, vu que les sanctions sont cantonales, il suffit de franchir les frontières pour recommencer.

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