STRAVINSKI: Anna von Hausswolff, chercheuse d'orgues
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STRAVINSKIAnna von Hausswolff, chercheuse d'orgues

La Suédoise à la voix surnaturelle met l'instrument sacré au cœur du rock expérimental et du drone. À ne pas rater jeudi 12 juillet.

par
Laurent Fluckiger
Elle jouera avant le concert de Nick Cave & The Bad Seeds.

Elle jouera avant le concert de Nick Cave & The Bad Seeds.

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L'été, c'est l'orgue! Comme l'annonce si bien le nom d'un autre festival montreusien. Justement, ce mercredi 11 juillet, l'Auditorium Stravinski va se transformer en paroisse. On ne parle pas ici des fidèles de Nick Cave mais de la résonance des sons en première partie du concert de l'Australien: ceux d'Anna Von Hausswolff.

Le nom – à prononcer de préférence avec une boulette de viande brûlante dans la bouche – est connu des amateurs d'art sonore électro-acoustique. Elle est en effet la fille du compositeur suédois Carl Michael von Hausswolff, une légende dans le domaine. Anna, elle, s'est fait «un» prénom – son passeport affiche encore Michaela Ebba et Electra – avec ses deux derniers albums où l'orgue est sacré.

Sur «The Miraculous» (2015), au milieu des ballades folk apocalyptiques et des textures à la Swans, elle fait cracher 9000 tuyaux dans la ville de Pitea, dans le nord de son pays natal. Sur «Dead Magic» (2018), elle invoque de nouveau le majestueux instrument au centre d'une noirceur qu'elle n'avait encore jamais peinte. Quand elle n'est pas vouée au silence, la voix de celle qui ressemble à une elfe tranquille est cristalline mais son versant animal et inquiétant n'est jamais loin. Le tout est alors aussi ambitieux que supernaturel.

Le son du piano trop artificiel

Sa relation particulière à l'orgue, la Suédoise la raconte ainsi: «Cela a commencé quand j'ai vécu seule pour la première fois: je possédais un clavier électronique dont seul le son d'orgue me satisfaisait. Celui du piano me semblait trop artificiel.» A Montreux, Anna von Hausswolff ne pourra par contre pas emmener l'orgue la Marmorkirken, cette église de Copenhague où Randall Dunn, producteur fétiche du groupe de drone metal Sunn O))), l'a fait enregistrer le disque «Dead Magic». On se contentera de claviers branchés. Mais le Stravinski étant parfois comparé à une cathédrale, l'effet en son sein devrait tout de même être saisissant.

Si l'artiste suédoise a un peu de temps, on ne saurait que trop lui conseiller de prendre le train pour aller voir le grand orgue de l'abbaye de Saint-Maurice: 75 jeux et 5000 tuyaux, en fonction depuis 1950. L'an dernier, le festival l'avait laissé pour la première fois aux mains de Stefan Rusconi pour une combinaison avec Tobias Preisig, et lors d'un reportage l'inimitable Georges Athanasiadès, chanoine et organiste titulaire, nous avait fait une démonstration époustouflante. Anna von Hausswolff pourrait avoir l'idée d'y enregistrer un 5e disque et y revenir pour un concert dans le cadre du Montreux Jazz Festival. Pour ça, il faut qu'elle ait une touche avec le public, ce mercredi. Alors, goinfrez-vous rapidement de boulettes de viande et allez l'écouter.

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