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SuisseAntisociaux, les parkings d'hôpitaux?

A l'hôpital universitaire vaudois, les familles d'enfants cancéreux n'ont pas droit au parcage gratuit, dénonce un groupe de députés.

par
Benjamin Pillard

Conduire son enfant atteint de leucémie au CHUV pour qu'il puisse y subir son traitement. Et devoir débourser près de 10 fr. de parking avant de reprendre le volant. Quand ce n'est pas une trentaine de francs, lorsque la prise en charge nécessite d'y passer la journée. Et ce plusieurs fois par semaine pendant deux à trois ans. «Une très lourde charge», estime la députée vaudoise Véronique Hurni, dans une résolution soutenue par une quarantaine d'élus de tous bords, qui sera débattue cet après-midi au Grand Conseil. Les signataires demandent au Conseil d'Etat de trouver une solution avec la direction du CHUV et la société Parking des Hôpitaux SA, qui gère les places de parc de l'établissement. Car les jeunes cancéreux se voient dans l'impossibilité d'être véhiculés en transports publics: leur traitement fragilisant leurs défenses immunitaires, le risque d'une infection par contamination bactérienne ou virale serait trop élevé.

Un parking qui perd de l'argent

Si l'élue PLR s'est focalisée sur les jeunes patients souffrant d'une tumeur, c'est parce que la maladie n'est pas reconnue comme un handicap par l'AI. Les familles ne touchent donc aucune prestation invalidité ou perte de gain. Des familles qui voient déjà leurs revenus diminuer afin d'assumer une présence auprès de leur enfant malade. «Soit l'un des deux parents – souvent la femme – arrête de travailler, soit il ou elle diminue fortement son temps de travail, détaille Véronique Hurni, ancienne assistante médicale. Cela engendre des dépenses multiples comme les frais de garde pour le reste de la fratrie, et met les familles dans une situation catastrophique!»

Du côté de l'entreprise PMS, qui englobe Parking des Hôpitaux SA, on estime avoir déjà fait un geste en 2008 en adaptant les prix des places de parc du CHUV à ceux de la «voie publique lausannoise»: 3 fr. l'heure au lieu de 4 fr. 50. Et de permettre aux parents concernés d'obtenir un rabais de 66% sur une carte de débit d'une valeur de 20 fr. «Nous sommes une société privée qui a déjà dû subir deux assainissements», explique son président, Pierre Palley. Qui ne cache pas que le parking du CHUV fait perdre de l'argent à PMS, le lieu étant «vide» la nuit. «Pour qu'un parking fonctionne, il doit être aussi plein le soir.»

Seulement voilà: dans la pratique, certaines familles d'enfants leucémiques se seraient vu refuser le soutien financier car cette aide ne serait accordée qu'aux patients qui exigent une présence ambulatoire de plus de cinq heures par semaine. «Ils n'y ont pas droit car ils font des allers-retours», déplore la députée Hurni. «Des trajets voulus par la politique hospitalière qui tend à garder moins longtemps les patients.» Au CHUV, on dit «connaître et reconnaître» le problème. «Dans la pratique, je pense qu'il n'y a aucun parent à qui l'on dit que leurs enfants sont hors critère, estime son porte-parole, Darcy Christen. Nous essayons d'être le plus souples possible; j'espère qu'on l'est.»

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