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ÉthiopieAppels à protéger la population à l’aube de la bataille pour Mekele

La perspective d’un assaut contre la capitale de la région du Tigré, qui compte 500’000 habitants et de nombreux réfugiés du conflit inquiète la communauté internationale.

Le conflit a déjà poussé quelque 40’000 habitants du Tigré à se réfugier au Soudan.

Le conflit a déjà poussé quelque 40’000 habitants du Tigré à se réfugier au Soudan.

KEYSTONE/AP/Nariman El-Mofty

Les appels à la médiation et à la protection des populations civiles du Tigré se faisaient plus pressants mardi, à la veille de l’expiration de l’ultimatum donné par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed aux dirigeants de la région dissidente pour se rendre.

L'«opération militaire» lancée le 4 novembre par le pouvoir fédéral éthiopien contre les autorités du Tigré, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), est entrée dans une phase décisive, selon Addis Abeba. Le pouvoir fédéral assure être en mesure de lancer la bataille de Mekele, la capitale de la région, afin d’en déloger les dirigeants du TPLF et de les remplacer par une nouvelle administration.

Dimanche soir, Abiy Ahmed leur a lancé un ultimatum de 72 heures pour se rendre, auquel le président du président du Tigré et chef du TPLF, Debretsion Gebremichael, a répondu: «Nous sommes un peuple de principes et prêts à mourir».

La perspective d’un assaut contre Mekele, qui compte 500’000 habitants, outre un nombre indéterminé de déplacés qui s’y sont réfugiés depuis le début du conflit, inquiète la communauté internationale et les organisations de défense de droits de l’Homme.

«Tandis que les troupes fédérales éthiopiennes entament leurs préparatifs pour encercler Mekele, Amnesty International rappelle à toutes les parties qu’attaquer délibérément des civils (…) est interdit par le droit humanitaire international et constitue un crime de guerre», a souligné Deprose Muchena, responsable Afrique de l’Est et australe pour l’organisation.

La haute commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet, s’est alarmée mardi de «la rhétorique hautement agressive» des deux camps, craignant qu’elle ne «mène à de nouvelles violations du droit humanitaire international». Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU a appelé les parties à permettre aux civils en quête d’une aide humanitaire de traverser les frontières internationales et nationales.

40’000 réfugiés

À l’ONU, Européens et Africains ont étalé leurs divisions. La première réunion du Conseil de sécurité sur le conflit organisée mardi a d’abord été annulée à la demande des pays africains, pour donner plus de temps à la médiation de l’UA.

Mais les Européens membres du Conseil – Belgique, Allemagne, France, Estonie, Royaume-Uni – soutenus par les États-Unis, ont annoncé que la réunion se tiendrait bien: «À un moment donné, on doit mettre (le dossier éthiopien) à l’agenda, même si ça ne plaît pas aux Africains», a souligné un diplomate européen sous couvert d’anonymat.

La réunion a bien eu lieu, sans donner lieu toutefois à une déclaration commune. «Les Européens ont fait part de leurs préoccupations, condamné les violences à caractère ethnique et demandé la protection des civils», a affirmé un diplomate européen.

Interrogé sur les hésitations qui semblent dominer au Conseil de sécurité sur le conflit du Tigré, le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a souligné que l’Union africaine était en première ligne dans les efforts internationaux et que le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres soutenait cette approche.

Un nouveau communiqué d’Antonio Guterres a souligné son inquiétude face à une possible offensive militaire dans la capitale régionale de Mekele. Le secrétaire général «exhorte les dirigeants de l’Éthiopie à faire tout ce qui est possible pour protéger les civils, respecter les droits humains et assurer un accès humanitaire» aux populations, indique ce communiqué.

L’UA, dont le siège est installé dans la capitale éthiopienne, a chargé les anciens présidents mozambicain Joaquim Chissano, libérienne Ellen Johnson-Sirleaf et sud-africain Kgalema Motlanthe d’une médiation.

Mais lundi, le porte-parole de la cellule de crise gouvernementale pour le Tigré, Redwan Hussein, a réitéré en substance le refus d’Addis d’ouvrir des pourparlers à ce stade, tout en précisant que le gouvernement «parlerait avec ces envoyés par respect pour (…) les dirigeants africains».

Les États-Unis et la France ont dit soutenir les efforts de l’UA. Paris a également appelé à des «mesures de protection des populations civiles».

«Massacre atroce»

Le conflit a déjà poussé quelque 40’000 habitants du Tigré à se réfugier au Soudan et provoqué d’importants déplacements internes à la région, sans qu’on en connaisse l’ampleur exacte. La vérification sur le terrain et de source indépendante des affirmations de l’un et l’autre camp est très difficile, le Tigré étant quasiment coupé du monde depuis le début du conflit. Aucun bilan précis des combats, qui ont fait au moins des centaines de morts, n’est non plus disponible.

Mardi, la Commission éthiopienne des droits de l’homme (EHRC), administrativement indépendante mais dont le directeur Daniel Bekele a été nommé par le Premier ministre, a déclaré qu’au moins 600 personnes avaient été tuées lors d’un «massacre atroce» perpétré par des miliciens tigréens le 9 novembre à Mai Kadra, localité du Tigré.

Amnesty International avait déjà rapporté que «probablement des centaines» de civils avaient été poignardés ou tués à la hache le 9 novembre à Mai Kadra. Sans se prononcer sur les auteurs du «massacre», Amnesty avait cité des témoignages l’attribuant aux forces pro-TPLF. Cependant, des habitants de la localité ayant fui les combats vers le Soudan ont accusé les forces gouvernementales d’y avoir commis des atrocités.

Les tensions entre Addis Abeba et le TPLF, qui a contrôlé durant près de trois décennies l’appareil politique et sécuritaire éthiopien, ont culminé avec l’organisation en septembre au Tigré d’un scrutin qualifié d'«illégitime» par le gouvernement fédéral.

(ATS/NXP)

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