06.02.2020 à 06:56

DrameApples (VD): le père a étranglé son fils et étouffé sa femme

En juin 2019, la police découvrait trois corps sans vie dans une maison du village vaudois. L'enquête a établi les causes des décès et reconstitué le scénario morbide de ce huis clos familial.

par
lematin.ch
La maison du drame, à Apples (VD) où les corps ont été découverts en juin 2019.

La maison du drame, à Apples (VD) où les corps ont été découverts en juin 2019.

Keystone

Stupeur et tremblements. Les rapports des limiers de la police cantonale vaudoise et de la médecine légale sont tombés ce début de semaine. La tragédie, qui s'est jouée dans le quartier résidentiel de Chatagnis à Apples (district de Morges), a révélé ses secrets. Derrière la porte et les murs de la coquette maison où vivait depuis 2017 cette famille belge - un couple et son fils unique -, le pire s'est produit. Tous ont péri. Dans des circonstances particulièrement atroces pour l'enfant de 13 ans et sa mère, âgée de 50 ans. Le père, en arrêt maladie pour dépression, est ,«selon toute probabilité», l'auteur de ce double crime, ainsi que nous le confirme Jean-Marie Ruede, premier procureur pour l'arrondissement de La Côte.

Avec des sacs poubelle

La macabre découverte des trois cadavres, c'est une patrouille de la gendarmerie qui la fera au soir du lundi 17 juin 2019. Un voisin a fini par donner l'alerte, inquiet de ne plus voir le moindre mouvement dans la villa des trois ressortissants belges. La scène sur laquelle tombent les policiers est tristement réelle. Le père gît à terre près du salon, mort. La maman et l'adolescent sont retrouvés à l'étage. Ils ont été déposés, côte à côte, sur le lit de la chambre parentale. Morts, également. Pas une seule trace de sang. Pas trace d'une bagarre ou de lésions défensives. Pas d'armes. Pas de couteaux. Pas d'objet contondants. Mais deux sacs poubelles près des cadavres du garçon et de sa maman, qui laisse présager l'horreur.

Asphyxiés et drogués

Les preuves techniques et les autopsies des corps ont permis aux enquêteurs de déterminer les causes des trois décès. «Madame est décédée des suites d'une asphyxie par confinement, précise le représentant du Ministère public, à l'aide d'un sac plastique placé sur sa tête. Elle avait également des médicaments de type somnifères dans le sang en valeur thérapeutique, pas en surdose, poursuit le magistrat. Le fils a succombé à une asphyxie par compression au niveau du cou. Là aussi un sac poubelle a été utilisé ainsi que des médicaments pour l'endormir.» Autrement dit, le jeune a été étranglé. Quant au père, «il a avalé une dose massive de médicaments, potentiellement létale.»

L'épouse a t-elle adhéré?

Les investigations ont également permis de reconstituer un scénario hautement vraisemblable et de dater les événements. Dans la journée du jeudi 13 juin 2019, le mari – cadre dans la biopharma et ex-manager chez Merck – s'en est d'abord pris à son épouse. Une épouse qui était en rémission d'un cancer du sein. A t-elle adhéré à ce départ définitif ou pas? Est-ce bien son époux qui l'a tuée? «Je ne peux pas être affirmatif même si cela paraît le plus vraisemblable.», indique le procureur Ruede. Ensuite, le père s'en est pris à sa propre chair. «Le fils est rentré de l'école en fin d'après-midi. L'on présume qu'il lui a fait ingérer à son insu des médicaments avant de passer à l'acte et d'aller le déposer auprès de sa mère. Là, les indices confirment à 99,99% qu'il est l'auteur.»

Une lettre d'adieux effroyable

Le quadragénaire (43 ans), lui, s'ôtera la vie plus tard, dans la soirée de ce même jeudi, en avalant une surdose de substances médicamenteuses. Un SMS, envoyé à son frère pour lui signifier qu'il ne pourrait pas aller ensemble à un Salon d'aviation le week-end à venir, en atteste. A t-il profité de ce laps de temps pour écrire la lettre d'adieux retrouvée sur place? On ne le saura jamais. Ces écrits ont été authentifiés et laissent clairement entendre qu'il voulait en finir avec la vie «qui n'était plus possible pour lui (ndlr. professionnellement)». «Il en avait marre de travailler, sa femme souffrait à cause de son cancer et il voyait mal son fils se débrouiller seul», précise encore le procureur Jean-Marie Ruede. Un mobile égoïste, couché sur papier, et qui, qu'elle que soit la détresse de cet homme, dépasse tout entendement.

Evelyne Emeri

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