TÉMOIGNAGE: «Après 18 h 30, on est payés à ne rien faire»
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TÉMOIGNAGE«Après 18 h 30, on est payés à ne rien faire»

Vendeuse dans une boutique de Crissier (VD), une mère de famille livre ses craintes au «Matin» en vue d’une prolongation des horaires envisagée dans sept centres commerciaux de Migros Vaud.

par
Benjamin Pillard
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Yvain Genevay
La pétition du syndicat Unia a réuni plusieurs centaines de signatures.

La pétition du syndicat Unia a réuni plusieurs centaines de signatures.

Yvain Genevay

«Déjà aujourd’hui, les vendredis, je dis bonne journée à mes enfants quand ils partent à l’école le matin à 8 h, et j’ai juste le temps de leur dire bonne nuit quand je rentre le soir, sachant que nous fermons boutique à 21 h…» Cela fait une dizaine d’années qu’Isabel* officie comme vendeuse dans une enseigne de prêt-à-porter du Centre commercial Migros de Crissier (commune de l’Ouest lausannois) – l’un des sept où le géant orange envisage une extension des horaires de fermeture. Jusqu’à 20 h, trois à cinq soirs par semaine, et, dans celui de cette mère de famille: une deuxième nocturne hebdomadaire jusqu’à 21 h, les jeudis.

Des prolongations qui devaient entrer en vigueur ce lundi, mais auxquelles Migros Vaud a renoncé in extremis après saisie du Service cantonal de l’emploi par le syndicat Unia, qui accuse la coopérative régionale de ne pas avoir suffisamment consulté son personnel au préalable, comme le prévoit la loi fédérale sur le travail. Idem chez Coop, qui avait voulu s’aligner sur son principal concurrent dans ses centres commerciaux de Crissier et d’Écublens, avant de se raviser vendredi dernier en annonçant une prolongation de la période de consultation.

Des chiffres d’affaires en baisse

«Ce n’est qu’une question de temps: ils vont juste respecter les dispositions légales en comptant deux mois à partir de l’annonce qui nous a été faite il y a trois semaines, mais ces changements d’horaire vont entrer en vigueur. Ça fait longtemps qu’on le voyait venir», soupire Isabel, en référence au communiqué de Migros Vaud de mardi précisant que la coopérative compte bien «rester attentive à l’évolution des besoins de sa clientèle».

Une stratégie «complètement absurde, juge la trentenaire. Les petits commerces comme nous ouvriront à perte. C’est déjà le cas à Crissier, où nous fermons à 19 h 30 du lundi au jeudi: pendant la dernière heure, nous sommes payés à regarder les mouches voler. Alors on sort dans le couloir entre collègues d’autres boutiques, et on papote…»

Une baisse d’affluence dans ce centre commercial des abords immédiats de l’autoroute A9 qui se vérifie par la fermeture de nombreuses enseignes partenaires ces dernières années. Et qui se traduit en termes de chiffre d’affaires: –1,65% depuis le début de l’année pour l’ensemble des commerces par rapport à la même période de l’an dernier, et –4,75% rien que pour le mois de juillet. Selon nos informations, ces mauvais résultats n’épargnent pas différentes enseignes Migros présentes dans la grande surface. Mais ce sont surtout les boutiques de prêt-à-porter qui accusent le coup: la moitié d’entre elles affichant pour l’heure un recul jusqu’à 14% par rapport à 2016.

«S’il y avait de la demande, on serait tous très contents, concède Isabel. Car, avec plus de chiffre d’affaires, les magasins pourraient engager davantage de personnel et nous aurions des tournus honnêtes.» Un «monde merveilleux» auquel la vendeuse ne croit pas une seconde: son enseigne cumule déjà des pertes depuis plusieurs années.

* Prénom d’emprunt

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