23.03.2012 à 09:20

Tueur au scooterAprès la fin du suspense, l'heure est aux questions

La mort de Mohamed Merah ne met pas un terme à l'affaire, loin de là. De nombreuses questions et de tout aussi nombreuses polémiques restent ouvertes.

La police scientifique sur les lieux après le dénouement à Toulouse.

La police scientifique sur les lieux après le dénouement à Toulouse.

AFP

Après les journées haletantes de traque puis de siège de Mohamed Merah, la mort du tueur au scooter ouvre le champ de nombreuses questions, de ses éventuels complices ou soutiens, à des polémiques sur l'efficacité de la police, en amont et pendant le déroulement de l'affaire.

Même s'il ne fait aucun doute que Merah était seul au moment des trois tueries au cours desquelles il a assassiné trois enfants et un enseignants juifs et trois parachutistes en huit jours, les enquêteurs se posent beaucoup de questions sur d'éventuels complices.

Ils cherchent à établir comment ce jeune homme vivant officiellement sur de faibles ressources pouvait avoir plusieurs domiciles, et louer des voitures au mois. Merah leur a dit qu'il vivait de «casses», mais les policiers semblent ne pas se contenter de cette piste.

Son frère aîné Abdelkader, mis en garde à vue mardi avec sa compagne et leur mère, leur a affirmé n'être pas au courant des projets criminels de son frère, alors que plusieurs témoins l'ont présenté comme apparemment plus engagé que lui dans le combat islamiste.

Efficacité des services de renseignement

Se posait par ailleurs la question de l'efficacité des services de renseignement intérieur français à identifier la dangerosité de Merah. Ils le surveillaient après ses séjours de 2010 et 2011 en Afghanistan et au Pakistan, mais lui trouvaient un mode de vie de jeune homme de son âge apparemment incompatible avec l'islam radical.

«Il n'y avait aucun élément permettant de l'appréhender» avant son passage à l'acte, a assuré le Premier ministre François Fillon sur RTL. On a cependant appris qu'aux Etats-Unis, Merah figurait «depuis un certain temps» sur la liste noire des personnes interdites de vol dans le pays, liste dont le critère est de présenter «des doutes raisonnables d'être impliqué dans une activité terroriste» et de paraître «capable de faire s'écraser un appareil».

François Hollande lui-même a suggéré «une faille» dans la surveillance de Merah.

Les choix faits par le Raid dans son attaque, qui a abouti à la mort de Merah après 32 heures de siège, étaient aussi sur la sellette.

Dures critiques d'un ancien du GIGN

Fondateur et ancien patron du GIGN (groupe d'intervention de la gendarmerie nationale), Christian Prouteau a critiqué vertement l'opération vendredi dans Ouest France, la jugeant «menée sans schéma tactique précis», et s'étonnant de l'absence d'utilisation de gaz lacrymogène.

Le ministre de la Défense, Gérard Longuet a lui-même considéré vendredi qu'il y aurait «des leçons à tirer» après cette affaire. Il a dit «s'en vouloir» de ne pas s'être davantage inquiété après le premier meurtre de militaire. «Je crois qu'on aurait peut-être gagné du temps», a-t-il reconnu.

Après un semblant de trêve en début de semaine liée à l'horreur provoquée par la tuerie dans une école juive de Toulouse, la campagne électorale est repartie de plus belle après la mort de Merah, attisée cette fois par l'annonce-éclair par le président et candidat Nicolas Sarkozy de mesures destinées à lutter contre le terrorisme.

A Toulouse, les voisins de Merah étaient toujours empêchés de réintégrer leur appartement, d'où ils ont été évacués mercredi matin en raison du siège du Raid.

Des marches s'organisent pour dimanche. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) en Midi-Pyrénées en prépare une à Toulouse, et la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) et SOS Racisme une autre à Paris.

(AFP)

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