France: Après la rave party, l’impuissance de l’État en question
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FranceAprès la rave party, l’impuissance de l’État en question

Les Français se demandent pourquoi leurs forces de l’ordre n’ont rien su avant la tenue de la géante fête sauvage du Nouvel-An près de Rennes, alors que plus de 100’000 policiers et gendarmes étaient mobilisés et scrutaient les réseaux sociaux.

Une rave party a réuni au Nouvel-An environ 2500 personnes en Bretagne, dans l’ouest de la France.

Une rave party a réuni au Nouvel-An environ 2500 personnes en Bretagne, dans l’ouest de la France.

AFP

Un point de chute secret, des forces de l’ordre dispersées: la rave party qui a réuni au Nouvel-An environ 2500 personnes en Bretagne, dans l’ouest de la France, a montré l’impuissance de l’État à empêcher ce type d’événement en temps de Covid-19.

Samedi midi, après 36 heures de fête, il ne restait plus rien à l’intérieur des deux grands hangars de la commune de Lieuron, au sud de Rennes, excepté quelques tags, une chaise en bois, des bouteilles et, au sol, une grande boule à facettes artisanale.

Comment cette fête a-t-elle pu se tenir, pourquoi les centaines de véhicules, venus parfois de très loin, n’ont-ils pas été interceptés malgré les restrictions liées à l’épidémie de Covid-19?

Le soir du 31 décembre, alors que le couvre-feu a démarré à 20 h dans toute la France pour empêcher les rassemblements illicites, 100’000 policiers et gendarmes étaient mobilisés et les réseaux sociaux scrutés de près par les forces de sécurité.

Réseaux sociaux scrutés

Les forces de l’ordre s’étaient réparties dans la région sur plusieurs points de chute potentiels de fête, selon le général Pierre Sauvegrain, à la tête de la gendarmerie de Bretagne, qui pointe une «organisation extrêmement fugace» de l’événement de Lieuron.

Le lieu du rassemblement n’est en effet connu qu’au dernier moment.

«Il a été diffusé après 20 h 00, après le déclenchement du couvre-feu», et «les forces de sécurité l’ont enregistré en même temps que les participants potentiels», a indiqué le préfet de la région Bretagne, Emmanuel Berthier, qui avait interdit la manifestation.

«Jo», un des participants à la fête, venu d’Alsace, avait expliqué à l’AFP vendredi avoir rejoint jeudi soir à 19 h 30 un point de rendez-vous sur le parking d’un centre commercial avant que le top départ ne soit donné et qu’ils ne soient guidés vers Lieuron.

Les gendarmes ont tenté d’interdire l’accès au site «mais très rapidement des heurts violents» ont éclaté, explique le préfet. «Manifestement les organisateurs s’étaient préparés à cette action violente vis-à-vis des forces de l’ordre», selon M. Berthier.

Action violente préparée

Trop peu nombreux, ils essuient des jets de projectiles, trois membres des forces de l’ordre sont blessés légèrement, un véhicule de gendarmerie est brûlé. Le choix est fait de «désengager» pour ne pas risquer «de faire dégénérer la situation», explique le général Sauvegrain.

«Un contrôle strict de la zone» est alors assuré et jeudi à partir de 22 h 00, «plus aucun véhicule n’est entré sur la zone», assure le préfet.

«Une fois que c’est parti avec 2000 personnes ça ne peut pas s’arrêter», indique à l’AFP dimanche une source proche des milieux festifs.

Côté organisation, «ce sont des techniques de base, ce n’est pas supercompliqué à mettre en œuvre, à moins de mettre des gros moyens de surveillance qui risqueraient de causer de graves préjudices, avec des renseignements généraux infiltrés, ce qui ne se fait pas. C’est quasiment impossible», souligne cette source.

Fallait-il intervenir la nuit? «Les conditions d’intervention la nuit sont très difficiles», rappelle le préfet. Une réunion est convoquée au Ministère de l’intérieur vendredi soir, des renforts sont envoyés sur place.

«Ça ne peut pas s’arrêter»

Samedi matin, une manœuvre est engagée dans le calme par les gendarmes mobiles venus en nombre alors que le son de la fête s’est tu dans la nuit et que les premiers fêtards ont commencé à quitter les lieux vers 05 h 30. Le site est sous contrôle à 10 h 15. Du matériel est saisi et les gendarmes contrôlent systématiquement les participants qui quittent les lieux.

Des amendes pour participation à un rassemblement illicite, non-respect du couvre-feu et du port du masque et usage de stupéfiants sont dressées par centaines.

Les investigations se poursuivent pour «identifier et interpeller l’ensemble des organisateurs», selon le procureur de la République de Rennes, Philippe Astruc.

Dimanche soir, un des organisateurs présumés était toujours en garde à vue après une perquisition samedi qui avait permis la saisie d’argent pouvant provenir de la caisse de l’événement, de produits stupéfiants, de matériel de sonorisation ainsi que d’un véhicule poids lourd.

(AFP)

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