Après la tech, Pékin durcit le ton contre le secteur éducatif privé
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ChineAprès la tech, Pékin durcit le ton contre le secteur éducatif privé

Les actions des géants chinois de l’éducation privée chutent lundi, après ce durcissement réglementaire, qui rappelle celui en cours dans le domaine de la tech.

En Chine, l’enseignement est particulièrement compétitif.

En Chine, l’enseignement est particulièrement compétitif.

Photo d’illustration/AFP

Nouveau tour de vis réglementaire: après avoir recadré ses géants technologiques, Pékin durcit le ton contre le lucratif secteur éducatif, dont les actions dévissent lundi. L’industrie des cours de soutien et des préparations d’examens est un créneau extrêmement juteux en Chine, où l’enseignement est particulièrement compétitif et élitiste. Le secteur pesait en 2018 quelque 260 milliards de dollars (238 milliards de francs), selon le cabinet d’étude L.E.K. Consulting.

Obsédés par la réussite de leurs enfants, les parents chinois ont pour habitude de dépenser sans compter dans les activités de soutien scolaire, ce qui a permis à des géants de l’éducation de voir le jour – certaines firmes sont même cotées aux États-Unis. Mais la charge de travail excessive des écoliers chinois et les coûts prohibitifs liés à l’éducation sont de plus en plus décriés. Selon de nouvelles directives publiées samedi par le gouvernement, les entreprises de soutien scolaire devront dorénavant s’enregistrer en tant qu’associations à but non lucratif. Et elles ne pourront plus donner de cours le week-end, les jours fériés et pendant les vacances scolaires.

Ce tour de vis a fait plonger en Bourse, lundi, les actions des champions chinois de l’éducation privée. New Oriental Education, l’un des leaders du marché, a perdu en séance jusqu’à 40% à la Bourse de Hong Kong. Koolearn Technology, spécialisé dans les cours en ligne, a cédé 35%; tandis que China Maple Leaf Educational, qui prépare notamment à l’admission dans les universités étrangères, reculait de 16%. Ces valeurs ont fait plonger la Bourse de Hong Kong qui perdait plus de 3%, lundi, en début d’après-midi.

Les nouvelles mesures, qui visent à alléger la surcharge de travail des écoliers chinois et la pression financière sur leurs parents, sont décrétées au moment où Pékin cherche à stimuler la natalité sur fond de ralentissement économique. Le fardeau financier est souvent ce qui rebute le plus les jeunes couples chinois à avoir un enfant.

«Rectifier»

Ce durcissement réglementaire dans le secteur éducatif n’est pas sans rappeler celui en cours dans le domaine de la tech, où une législation relativement laxiste sur les données, et l’absence de concurrents étrangers, ont permis à des géants locaux d’émerger. Ces derniers mois, le pouvoir a fait preuve de davantage de fermeté et a lancé des procédures à l’encontre de plusieurs poids lourds du secteur, priés de «rectifier» des pratiques jusque-là tolérées.

Alibaba, le géant chinois du commerce en ligne fondé par le fantasque milliardaire Jack Ma, a ainsi été condamné en avril à payer plus de 2,4 milliards de francs d’amende pour entrave à la concurrence. Didi, qui domine en Chine le marché de la réservation de voitures avec chauffeur (VTC), est lui visé par une enquête en lien avec sa collecte de données privées. Signe du sérieux de la procédure: régulateurs et enquêteurs de plusieurs ministères ont débarqué au siège de Didi, plus tôt dans le mois, pour passer en revue les questions de sécurité autour des données personnelles. Ces déboires interviennent après la levée de 4,4 milliards de dollars (4 milliards de francs) par Didi lors de son entrée fin juin à la Bourse de New York – à laquelle Pékin n’était pas favorable.

Le mastodonte de l’Internet Tencent est la dernière entreprise à se retrouver dans le collimateur de Pékin. Le groupe, ultradominant en Chine sur le marché du streaming musical, a été épinglé samedi par le régulateur pour pratiques anticoncurrentielles et prié de renoncer à ses droits musicaux exclusifs. Lundi en début d’après-midi, l’action Tencent perdait plus de 7,6% à la Bourse de Hong Kong.

(AFP)

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