Canal de Suez - Après le blocage du canal, quelle facture pour les assureurs?
Publié

Canal de SuezAprès le blocage du canal, quelle facture pour les assureurs?

Le porte-conteneurs géant Ever Given, qui bloquait depuis une semaine le canal de Suez, a été remis lundi à flot. Mais le flou demeure quant à la facture pour les assureurs.

Le navire Ever Given a bloqué une partie du trafic maritime mondial durant  près d’une semaine.

Le navire Ever Given a bloqué une partie du trafic maritime mondial durant près d’une semaine.

AFP

Quel que soit leur mode de transport, les marchandises et les machines sont exposées à de nombreux risques: accidents, incendie, vol… Dans le secteur maritime, plusieurs types d’assurance entrent en jeu pour couvrir les dommages aux navires ou aux marchandises durant le transport, depuis le site de provenance jusqu’à la destination finale.

Les assureurs proposent notamment des couvertures «coque et moteur» des navires contre le risque de dommages physiques. D’autres types de contrats, équivalents de la responsabilité civile, permettent aussi d’assurer les dommages aux tiers durant le transit. Les assureurs peuvent aussi couvrir les dégâts causés à l’environnement, ou dans certains cas les risques politiques et de guerre.

Quels coûts pour les assureurs?

Impossible de donner un chiffre précis à ce stade: des expertises sont toujours en cours et de longues procédures judiciaires à prévoir. «Ça risque de prendre dix ans», résume Bertrand Faurisson, directeur de l’activité navire du courtier en assurances français Siaci Saint Honoré. Pour lui toutefois, «à l’échelle de l’assurance maritime, ce devrait être un événement important, mais pas extrême».

«Les pertes totales assurées vont rester gérables (pour les assureurs), compte tenu de la période relativement courte de blocage du canal, des limitations et franchises de certaines couvertures», a pour sa part estimé mardi DBRS Morningstar. Cette agence de notation rappelle notamment que la plupart des contrats d’assurance prévoient un montant maximal au-delà duquel les assureurs ne couvrent plus: généralement entre 100 à 140 millions de dollars pour la coque et le moteur d’un navire du type de l’Ever Given, par exemple.

Quels sont les sinistres en jeu?

En premier lieu, il va falloir déterminer si le navire a subi des dommages physiques, une procédure relativement simple. S’y ajoute le coût du sauvetage, estimé à un peu moins de 10 millions de dollars, selon Siaci Saint Honoré -- assez peu en comparaison aux 500 millions d’euros du sauvetage du navire de croisière Costa Concordia, qui avait fait naufrage en 2012 au large de la Toscane.

Il faudra ensuite déterminer les dégâts éventuels sur les biens transportés par l’Ever Given. L’assureur allemand Allianz fait état de premiers rapports «optimistes sur le fait qu’il n’y a pas eu de dommage physique important à la cargaison». Mais «la vraie question, ça va être ce qui va concerner les 300 ou 400 navires bloqués, qui vont eux-mêmes subir des pertes et qui vont rechercher à se retourner contre un responsable pour obtenir des indemnités. Ça va être une bataille d’avocats», souligne M. Faurisson.

«Y a-t-il eu une avarie machine? Une erreur du capitaine? Des problèmes moteurs avant le départ du navire ou pendant son voyage? Tout cela est susceptible de changer la nature de la responsabilité», ajoute cet expert. Les demandes d’indemnisation pour retards de livraison peuvent «prendre beaucoup de temps, car il va falloir démontrer que le décalage du passage du canal a eu un impact réel sur la date de livraison de la marchandise et vérifier qu’il n’y a pas d’autres raisons que celle-là», explique Didier Giraud, expert maritime pour le groupe français de services à l’assurance Stelliant.

Quant aux cargaisons, par exemple «peut-être qu’il va y avoir des décès de moutons. Combien de moutons vont mourir, compte tenu du retard? C’est difficile de le dire. Et combien meurent habituellement dans un transit? Il faut prendre en compte tous ces éléments-là», selon M. Giraud.

Le gigantisme des navires en question

«Les assureurs avertissent depuis des années que la taille croissante des navires entraîne une accumulation plus importante de risques», souligne Rahul Khanna chez Allianz. «Ces navires génèrent des économies d’échelle pour les armateurs, mais aussi un coût disproportionné lorsque les choses tournent mal», selon cet expert: la gestion des incidents impliquant de grands navires, tels que les incendies, les échouements et les collisions, devient en effet plus complexe et plus coûteuse.

(AFP)

Votre opinion