Tourisme: Après le «cauchemar» d’Ischgl, les saisonniers privés de Tyrol

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TourismeAprès le «cauchemar» d’Ischgl, les saisonniers privés de Tyrol

Devenu tristement célèbre pour être un des plus gros foyers de coronavirus d’Europe, la station de ski d’Ischgl va rouvrir ses portes en janvier.

En mars, quelque 6000 vacanciers disent avoir été contaminés dans ce village huppé. Certains sont morts. D’autres réclament des comptes. (image d’archive)

En mars, quelque 6000 vacanciers disent avoir été contaminés dans ce village huppé. Certains sont morts. D’autres réclament des comptes. (image d’archive)

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Les Autrichiens rechausseront leurs skis à Noël après le traumatisme des contaminations massives du Tyrol, un semblant de normalité qui ne permettra pas de faire retravailler les milliers de saisonniers habitués des cimes.

La France, l’Italie et l’Allemagne ont beau laisser à l’arrêt leurs équipements de sports d’hiver, les remontées mécaniques ont rouvert jeudi dans ce pays alpin, où la glisse fait figure de sport national.

Une question de vie ou de mort, plaide-t-on. Avec six millions de visiteurs chaque hiver pour seulement 750’000 habitants, les 80 stations du Tyrol (ouest) contribuent à 3% du PIB annuel de l’Autriche et font vivre 31’000 travailleurs étrangers.

A tout prix, il faut tourner la page du «cauchemar» d’Ischgl: en mars, quelque 6000 vacanciers disent avoir été contaminés dans ce village huppé. Certains sont morts. D’autres réclament des comptes. Là bas, la reprise n’aura finalement lieu qu’en janvier.

Insouciantes beuveries

De nombreux Européens restent en colère contre la manière dont le gouvernement et les autorités locales ont géré l’un des premiers foyers géants d’Europe, qui colle à la peau de l’Autriche. Tandis que le coronavirus ravageait le nord de l’Italie voisine, les réjouissances enneigées d’Ischgl battaient encore leur plein en toute insouciance.

Après le test positif d’un barman le 7 mars, les décideurs auraient dû siffler la fin des festivités, selon un récent rapport indépendant. Mais les beuveries ont continué comme si de rien n’était. «Évidemment derrière, il faut chercher des motivations financières», avance un travailleur originaire de Croatie interrogé par l’AFP, qui n’a pas voulu révéler son identité par peur de ne plus trouver d’emploi.

«Ischgl a infecté la moitié de l’Europe»

tonne régulièrement le gouverneur de la Bavière voisine, Markus Soeder,

«Vous ne pouvez pas imaginer les sommes d’argent gagnées quotidiennement là-bas», souffle-t-il, alors que cinq jours se sont écoulés avant la mise sous cloche de la station.

Dès le confinement local décrété, le flot de touristes a eu à peine une heure pour évacuer la vallée dans des bus, trains et avions bondés, dans un vent de panique, sans savoir s’ils étaient porteurs du virus.

«Ischgl a infecté la moitié de l’Europe», tonne depuis régulièrement le gouverneur de la Bavière voisine, Markus Soeder, dont les reproches irritent les Autrichiens.

«Abandonnés comme des chiens»

Pendant ce temps, les saisonniers sont restés pour beaucoup piégés dans la station. Car une fois le village déserté, les petites mains d’Ischgl ont éteint les fourneaux, ripoliné les comptoirs et vidé les poubelles, dans des hôtels cinq étoiles vides.

Pour ceux tombés malades, avec parfois des difficultés respiratoires, l’accès à un médecin était loin d’être garanti. «Une fois les vacanciers partis, on ne valait plus rien, un fardeau en fait», résume amèrement un serveur allemand. Un Croate bloqué là-bas plus de trois semaines, qui se fait appeler Predrag, n’y va pas par quatre chemins: «C’est simple, on nous a abandonnés comme des chiens», lâche-t-il.

Le responsable de l’office du tourisme d’Ischgl réfute ces accusations. «Nous nous sommes occupés d’eux», assure calmement Andreas Steibl, col roulé rouge et cheveux longs. «Ils ont pu utiliser partiellement les infrastructures hôtelières comme le font les clients», précise-t-il.

Une chose est sûre, l’affaire a aggravé la précarité des saisonniers: les trois quarts d’entre eux pointaient au chômage dès la fermeture administrative décidée, avec des difficultés inhérentes à la mobilité pour faire ouvrir leurs droits.

Nostalgie

Pourtant, la plupart des travailleurs interrogés par l’AFP se disent prêts à remettre le tablier. À effacer leurs griefs en échange de fiches de paie au salaire «Made in Austria». «Contre mauvaise fortune bon coeur», ironise Vojtech Katona, un Slovaque qui officiait comme pizzaïolo à Ischgl et a cherché en vain des postes dans la région pour cet hiver.

Avant la pandémie, les stations autrichiennes avaient souvent recours à une main-dœuvre des pays de l’Est, offrant des conditions d’embauche sans comparaison avec celles de leur pays d’origine.

Au plus fort de la demande, on s’arrachait les meilleurs éléments en surenchérissant ici avec des forfaits de ski, là par l’accès à la salle de fitness.

Predrag y repense d’ailleurs avec un peu de nostalgie. En attendant des jours meilleurs, il tente de joindre les deux bouts et se réjouit de passer pour une fois les fêtes certes loin des montagnes, mais au plus près des siens.

(ATS/NXP)

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