20.01.2017 à 13:04

Château-hôtel de Divonne (F)Après le feu, les stalactites

La luxueuse et historique bâtisse est dans un triste état. Les pompiers n’ont pu que maîtriser les flammes qui ont progressé de manière fulgurante par – 6 degrés.

von
Evelyne Emeri
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Hier matin, 10 h, les pompiers commencent à remballer les lances d'incendie. Les camions s'apprêtent à quitter les lieux.

Hier matin, 10 h, les pompiers commencent à remballer les lances d'incendie. Les camions s'apprêtent à quitter les lieux.

Christian Bonzon
Les flammes ont ravagé l'édifice et laissent derrière elles des décors improbables.

Les flammes ont ravagé l'édifice et laissent derrière elles des décors improbables.

Christian Bonzon
Les flammes ont ravagé l'édifice et laissent derrière elles des décors improbables.

Les flammes ont ravagé l'édifice et laissent derrière elles des décors improbables.

Christian Bonzon

«Vers 18 h 30, il y a eu une coupure de courant. Je suis sorti de ma chambre située au 2e étage. J’ai vu de la fumée et des flammes qui provenaient d’une autre pièce, à côté. Une pièce de service, je crois. Je suis allé chercher ma femme, je lui ai dit de prendre nos passeports et nous avons quitté le bâtiment.» Christian Chevalley, Franco-Suisse résidant en Thaïlande, fait partie des six clients du Château de Divonne (un septième n’était pas présent), qui ont été évacués sans heurts et sans la moindre égratignure mercredi soir. Un petit miracle. «Nous n’avons pas eu peur. Tout s’est passé calmement. Mais j’ai mal au cœur. Je suis originaire du Pays de Gex. Quand nous revenons dans la région, nous logeons ici. C’est une étape incontournable qui nous rappelle l’une ou l’autre fête de famille.» Triste retour d’une journée glaciale à Grimentz (VS).

Un court-circuit à la lingerie?

Relogé à La Villa du Lac, il est venu, tôt hier matin, pour récupérer ses affaires et celles de son épouse asiatique. D’autres touristes l’ont suivi. Comme ce diplomate arménien, désabusé, qui «patine» en chaussures de ville dans le parc congelé par les lances d’incendie. Et qui aimerait, lui aussi, repartir avec «ses nombreux bagages et, surtout, ses valeurs». Sur place, les autorités de Divonne, les gendarmes, les pompiers, la direction de l’hôtel qui surplombe la ville-frontière et une poignée des 13 salariés du quatre-étoiles tentent de gérer. L’entrée dans le Château de Divonne – propriété du groupe Grandes Étapes Françaises – est interdite.

«Les eaux d’extinction ont fragilisé l’intérieur. Les risques d’effondrement sont sérieux», explique le chef des opérations, le commandant Olivier Gostomski. Puis, en fin de matinée, contre toute attente et après une évaluation de la stabilité de l’édifice, les sapeurs-pompiers ont commencé à pénétrer dans le bâtiment. Objectif: récolter les biens de la clientèle, ce qui a pu être partiellement réalisé. A priori, les flammes ont dû couver avant d’envahir insidieusement et soudainement la bâtisse. «Les dégâts collatéraux sont importants. Complètement détruits, la toiture et les combles se sont partiellement effondrés dans la portion centrale du 2e étage. Avec l’eau, une partie des planchers du second étage ont fini au 1er étage, où se sont formées des stalactites. Il faisait – 6 degrés. Les deux tours latérales ont par contre été mieux préservées des eaux et de la fumée. Enfin, les œuvres d’art (ndlr: tableaux) ont été retirées de leurs supports et placées à l’abri», détaille encore le commandant Gostomski.

Mercredi soir, plus de 80 hommes du feu ont été dépêchés sur place pour circonscrire cet incendie hors norme. Les pompiers français ont reçu le soutien d’une trentaine de leurs homologues de Nyon, de Genève et même de l’aéroport. Les équipes ont été maîtresses du feu entre minuit et 1 h. S’agissant de l’origine du sinistre, il est trop tôt. Une enquête judiciaire a été ordonnée. Les premiers éléments convergent certes vers cette fameuse pièce sise au 2e étage et évoquée par notre témoin. Il s’agirait d’une lingerie. À ce stade, les enquêteurs ne confirment ni n’infirment cette information du lieu de départ du feu. Quant aux circonstances, la Mairie de Divonne reste prudente et parle «d’un problème électrique».

Patrimoine affectif

Première adjointe au maire de Divonne, Véronique Baude est émue aux larmes: «Nous sommes rassurés. Il n’y a pas de victimes. Mais c’est un coup dur pour le patrimoine et le tourisme. Pour les Divonnais, ce lieu est affectif. Chacun y a vécu un moment joyeux. Un mariage, un baptême, un anniversaire…» Elle n’est pas la seule à avoir les yeux embués. Bouleversés aussi, les employés du prestigieux établissement. Et toute une population qui a assisté de nuit, impuissante, au pied du promontoire, à un light show bien noir.

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