04.02.2012 à 21:20

Répression syrienneAprès le veto sino-russe, la consternation

La Russie et la Chine ont opposé leur veto samedi au Conseil de sécurité de l'ONU à un projet de résolution présenté par les Occidentaux et des pays arabes et condamnant la répression sanglante en Syrie.

Le secrétaire général des Nations Unies a exprimé sa profonde déception après le veto sino-russe empêchant toute résolution onusienne sur la Syrie.

Le secrétaire général des Nations Unies a exprimé sa profonde déception après le veto sino-russe empêchant toute résolution onusienne sur la Syrie.

Keystone

Ce projet exprimait le "soutien sans réserve" du Conseil au plan de Ligue arabe pour parvenir à une transition démocratique en Syrie et dénonçait les "violations flagrantes et généralisées" des droits de l'Homme commises par le régime syrien. La Chine et la Russie ont opposé leur droit de veto tandis que les 13 autres pays du Conseil ont voté en faveur du texte.

Malgré dix mois de violences qui ont fait au moins 6.000 morts selon les militants, le Conseil a été incapable jusqu'ici d'adopter une résolution sur la Syrie.

Un précédent texte avait déjà été bloqué en octobre dernier par un double veto russe et chinois. Cette fois-ci, l'Inde et l'Afrique du Sud, qui s'étaient abstenus en octobre, ont voté pour la résolution.

Ban ki-moon déçu

Ce double veto "amoindrit le rôle de l'ONU", a estimé samedi le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon. "C'est une grande déception pour le peuple de Syrie et pour tous les défenseurs de la démocratie et des droits de l'homme", a ajouté M. Ban, cité par son porte-parole.

Tour à tour, les ambassadeurs occidentaux ont fustigé ce double veto. Le français Gérard Araud a déploré "un triste jour pour ce Conseil, pour les Syriens et pour les amis de la démocratie". Il a accusé Moscou et Pekin d'être "complices de la politique de répression de Damas" et a affirmé que "l'Histoire (les) jugera sévèrement".

«L'horreur héréditaire»

Rappelant les "massacres" de Hama en 1982, sous la présidence de Hafez el-Assad et de Homs la nuit dernière sous la présidence de son fils Bachar, il a ajouté : "l'horreur est héréditaire à Damas".

Selon l'opposition syrienne, plus de 230 civils ont été tués dans des bombardements de l'armée syrienne à Homs dans la nuit de vendredi à samedi. Damas a démenti, assurant que les civils avaient été tués par des "bandes armées".

Londres «consterné»

L'ambassadeur allemand Peter Wittig a accusé le Conseil "d'avoir une nouvelle fois failli à ses responsabilités" et le britannique Mark Lyall Grant s'est déclaré "consterné".

L'ambassadeur marocain Mohammed Loulichki, seul membre arabe du Conseil, a exprimé sa "déception et son grand regret".

Les USA «écœurés»

Les Etats-Unis sont "écœurés de ce veto qui nous empêche de traiter une crise de plus en plus grave en Syrie", a déclaré l'ambassadrice américaine Susan Rice. Elle a accusé la Chine et la Russie "d'abandonner le peuple syrien et de protéger un tyran". "Toute nouvelle effusion de sang sera de leur responsabilité", a-t-elle estimé.

"Cette intransigeance est d'autant plus scandaleuse, a-t-elle martelé, qu'un de ces membres (la Russie) continue de livrer des armes à Assad".

Un message déséquilibré, selon Moscou

Le Russe Valeri Tchourkine a défendu le veto de son pays en expliquant que le projet "appelait à un changement de régime, encourageant l'opposition à rechercher le pouvoir" et "adressait un message déséquilibré aux (deux) parties", le gouvernement de Bachar al-Assad et l'opposition.

La Russie avait déposé son propre projet qui mettait sur le même plan exactions commises par le régime syrien et attaques des opposants armés, un équilibre que les Occidentaux avaient rejeté.

M. Tchourkine a accusé les Occidentaux d'avoir manqué de "souplesse" et a fait valoir que le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov se rendrait mardi à Damas. Selon des diplomates, Moscou a poussé à un report du vote pour attendre le résultat de cette démarche russe.

Pékin «d'accord»

L'ambassadeur chinois Li Baodong a fait valoir que la résolution n'aurait pas aidé au dialogue politique en Syrie et que Pékin était "d'accord avec les amendements" russes.

Au fil des tractations, les Russes avaient obtenu des concessions majeures sur le projet de résolution. Ainsi, celui-ci ne faisait aucune référence explicite au sort du président Bachar al-Assad et n'évoquait pas de sanctions économiques.

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