Cinéma: Après les Lego, les Playmobil aussi ont droit à leur film
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CinémaAprès les Lego, les Playmobil aussi ont droit à leur film

Réalisateur de «Playmobil, le film», Lino DiSalvo, nous raconte comment il a donné vie aux figurines toutes raides, après avoir baigné dans leur univers durant son enfance.

par
Christophe Pinol

La bande-annonce du film.

Après le succès de deux films tirés de l’univers Lego, «La grande aventure Lego» et sa suite, on se demandait quand les concurrents allemand de chez Playmobil allait dégainer l’artillerie lourde. C’est aujourd’hui chose faite avec «Playmobil, le film» (sortie mercredi sur les écrans), un long métrage au rythme effréné, mélangeant aussi bien des séquences live, de comédie musicale et d’animation assez folle.

A la barre? Un ex as de chez Disney: Lino DiSalvo. Après avoir œuvré sur des films comme «Volt, star malgré lui», «Raiponce» ou encore le film live de dragons, «Le règne du feu», et surtout après avoir été l’un des responsables de l’animation de «La reine des neiges», il signe ici son premier film en tant que réalisateur.

Quel est votre rapport aux Playmobil? Vous rappelez-vous comment vous les avez découverts?

Pendant mon enfance, les jouets n’étaient pas vraiment distribués aux Etats-Unis. C’était plutôt un marché de niche et on ne les trouvait que dans des enseignes spécialisées. Mais ma famille étant italienne, j’y jouais chaque été quand j’allais passer mes vacances là-bas. Vous vous souvenez de la scène du film à la station-service, avec ce vaisseau spatial old school d’où bondit Rex Dasher, le super agent secret? C’est un jouet d’époque, qui date des années 70, et je me revois très bien en train de jouer avec, balançant des «pee-pee pee-pee-pee» en guise de bruitage pour les rayons laser… C’est d’ailleurs mon premier souvenir avec les Playmobil et c’est pourquoi j’ai voulu le placer dans le film.

Cette passion pour les Playmobil, l’avez-vous transmise à vos enfant?

Et comment! D’autant plus que dès le moment où j’ai signé pour réaliser le film, Playmobil a commencé à m’envoyer tous les jouets de la collection, à Los Angeles, et ma maison a vite été envahie. J’ai une petite fille de 2 ans et demi et un garçon de 5 ans et demi, et les regarder jouer, en changeant constamment de décors, de tenues et bien plus encore, a été une grande source d’inspiration.

Les Lego ont eu droit à leurs films avec «La grande aventure Lego» et sa suite. Aujourd’hui c’est au tour des Playmobil… Votre long métrage s’en détache clairement mais comment avez-vous justement cherché à vous éloigner du film des briques danoises?

Déjà, il y a bien entendu des différences fondamentales entre les jouets eux-mêmes. Mes enfants jouent aussi bien avec les uns que les autres et ce qu’ils apprécient avec les Lego, c’est avant tout le processus de construction. Pour les Playmobil – et croyez-moi, je suis devenu un expert en parcourant la planète afin de parler avec leurs plus grands fans –, ce que tous relèvent, mes enfants compris, c’est le fait de pouvoir incarner différents personnages, de jouer un rôle avec cette figurine tout à coup capable de vivre toutes les aventures possibles et imaginables. Elle ne peut peut-être pas se plier complètement mais c’est justement ce qui suscite leur imagination. Et la première chose que je souhaitais avec ce film, c’est qu’il reflète vraiment cette idée… tout en y apportant beaucoup d’émotion, à la manière des films des années 80 qui m’ont fait rêver, gamin. On vit aujourd’hui dans une époque très cynique, où les personnages passent leur temps à se moquer d’eux-mêmes, balancent des blagues toutes les 15 secondes… Je voulais revenir à quelque chose de plus sincère, plus émotionnel, où les protagonistes se retrouvent à effectuer un parcours initiatique, comme Tom Hanks, piégé dans le corps de ce gamin dans «Big», le jeune Eliott d’«E.T. L’extraterrestre» ou les gamins des «Goonies»

Le côté comédie musicale dont est doté le film allait dans ce sens?

Le truc, c’est que je suis justement devenu animateur parce que j’adore cet aspect des dessins animés Disney: quand un personnage déborde tellement d’émotion qu’il doit l’exprimer en chanson. C’est quelque chose qui me fascine. Donc très vite, aux prémices du projet, j’ai décidé de construire le film autour d’une série de chansons, avant tout là pour renforcer l’histoire.

Vous avez passé 17 ans chez Disney en tant qu’animateur. Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir tout quitter?

Parce que je suis fou (il rit)! Non… mais mettez-vous à ma place: j’ai eu la chance d’assister à la conception de bon nombre de grands films du studio et en 17 ans, j’ai tout appris des meilleurs animateurs… Partant de là, je crois qu’il était tout simplement temps pour moi de sortir de leur giron et de tenter ma chance. Après le succès de «La reine des neiges», sur lequel j’avais de grandes responsabilités, j’ai eu beaucoup d’opportunités et j’ai soudain eu envie de mettre à profit tout ce que j’avais appris jusqu’ici pour mon propre film.

J’ai lu que vous aviez beaucoup de mal avec le dessin pur, manuel j’entends… Comment êtes-vous parvenu à faire carrière dans l’animation dans ces conditions?

(Il éclate de rire) Vous savez, j’ai grandi en regardant les cartoons Warner Bros, ceux de Bugs Bunny, de Bip Bip et du Coyote. A l’évidence, j’adore aussi ceux de Walt Disney. L’animation m’a très vite fasciné et je m’y suis lancé tête baissée, espérant y faire carrière. Mais effectivement, le dessin manuel n’était pas mon fort. Et alors que j’étais à l’école, en train de batailler pour maîtriser la technique, «Toy Story» est sorti en salles. Et là, ça a été une évidence: «C’est exactement ce que je veux faire!». Ce film a changé ma vie… Je suis alors parti à Vancouver apprendre l’animation par ordinateur, j’ai envoyé mon portfolio à Disney en sortant et j’ai eu la chance d’être engagé, à 22 ans, encore gamin. J’étais l’un de leurs tous premiers animateurs sur ordinateur.

Dans un récent tweet, vous expliquiez qu’après 20 ans de travail, vous n’aviez que 14 minutes effectives d’animation à votre crédit… C’est une manière extrêmement dure de résumer votre carrière, non?

Je sais… C’est fou, non? Le truc, c’est que l’animation demande énormément de temps. J’ai passé la moitié de ma carrière chez Disney en tant que superviseur, un job pour lequel vous ne travaillez que sur quelques rares plans du film, et sur «La reine des neiges», j’étais animateur principal mais plus impliqué sur l’aspect scénario, personnages et jeux avec les acteurs… Alors oui, question animation pure, ma carrière se résume un peu à ça.

Dans la version originale de «Playmobil, Le film», Rex Dasher est campé par Daniel Radcliffe («Harry Potter»). Pourquoi l’avoir choisi lui et comment l’avez-vous convaincu?

Je me rappelle avoir lu un article, il y a quelques années, où il expliquait avoir toujours rêvé incarner James Bond. Et quand on s’est mis à réfléchir à ce personnage, je me suis immédiatement rappelé ce détail. On s’est rencontré, il se trouve qu’il aimait aussi les Playmobil et je l’ai convaincu en lui proposant d’être à la fois James Bond et un Playmobil! Il n’a pas pu résister.

Qu’est-ce que ça vous fait, de tenir aujourd’hui entre vos mains les jouets dérivés de votre film, comme justement le personnage de Rex et sa Porsche Mission E, que vous avez créez pour le film?

Vous n’imaginez pas à quel point je suis fier! C’est fou de réaliser que ces personnages étaient dans ma tête à peine trois ans auparavant, qu’ils sont nés dans un petit bureau de Los Angeles et qu’aujourd’hui, des gamins de tous horizons se retrouvent à les commander pour leur faire vivre des tas de nouvelles aventures. Rien que d’y penser, ça me fascine.

Publicité efficace pour les jouets

Après le décès de ses parents, Marla, en fin d’adolescence, se retrouve seule à veiller sur son petit frère Charlie. Mais au fil des ans, face à ces nouvelles responsabilités, leur complicité s’est peu à peu détériorée… Un beau jour, tentant de fuguer en ville, Charlie se retrouve au cœur d’une exposition Playmobil, et le voilà bientôt parachuté dans le monde irréel des jouets, Marla sur ses talons.

Surfant clairement sur la vague de «La grande aventure Lego», «Playmobil, Le film» débarque à son tour sur les écrans (mercredi 7 août), lui aussi en animation 3D. Mais oubliez l’humour décalé du film adapté des briques danoises. Ici, le réalisateur américain Lino DiSalvo et ses producteurs français Dimitri Rassam et Anton Soumache, ont optés pour un ton très sage, sans aucune prise de risque, ciblant ouvertement les enfants. Et tant pis pour les parents qui se seraient aventurés à les accompagner.

Cela n’empêche pas quelques aspects réussis, notamment avec un visuel très riche (du Far West aux dinosaures, en passant par le Colisée de Rome où règne l’infâme Maximus, on bascule ainsi d’un univers à l’autre, comme on changerait de boîte de jeu), mais d’autres, comme les chansons – oui, c’est une comédie musicale! –, sont tout de même difficiles à avaler.

Reste que la machine a beau être bien huilée, elle ne dépasse jamais son concept de base: une pub d’enfer pour les jouets. En ce sens, le film devrait sans peine parvenir à en faire vendre une pleine cargaison.

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