BD: Après Spirou, Munuera s’attaque à Melville
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BDAprès Spirou, Munuera s’attaque à Melville

Le dessinateur espagnol adapte formidablement «Bartleby le scribe», court roman de l’auteur de «Moby Dick», qui parle d’une forme incroyable de refus.

par
Michel Pralong
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L’atmosphère de New York et plus particulièrement de Wall Street est magnifiquement évoquée.

L’atmosphère de New York et plus particulièrement de Wall Street est magnifiquement évoquée.

Munuera/Dargaud
Munuera a l’art du détail, que ce soit dans les décors ou pour varier la physionomie de ses personnages.

Munuera a l’art du détail, que ce soit dans les décors ou pour varier la physionomie de ses personnages.

Munuera/Dargaud
Bartleby a un mélange de fragilité et de beauté angélique.

Bartleby a un mélange de fragilité et de beauté angélique.

Munuera/Dargaud

José-Luis Munuera enchante les lecteurs de BD par son trait gracieux, vif et élégant depuis des années. L’Espagnol de 48 ans a débuté en France grâce au scénariste Joann Sfar, dont il dessine «Les Potamoks», puis «Merlin». Avec Morvan, rencontré sur cette dernière série, il signera quatre albums de «Spirou» entre 2004 et 2008. Il reviendra à cet univers en étant l’auteur complet de la série «Zorglub» depuis 2017. Et récemment, il a dessiné une épatante reprise des «Tuniques bleues».

Aujourd’hui, on le retrouve adaptant un roman d’Herman Melville. Ayant traité de pirates dans sa série «Les Campbell», le voir s’attaquer à Moby Dick n’aurait rien eu de surprenant. Mais non, c’est un récit bien moins connu qu’il a choisi de mettre en images: «Bartleby, le scribe». Et qui a un cadre nettement plus urbain puisque le roman a pour sous-titre: «Une histoire de Wall Street».

«Je préférerais pas»

C’est donc dans le sud de Manhattan que se déroule l’action (façon de parler), avec des ambiances graphiques qui ne sont pas sans rappeler les plus beaux plans de «Il était une fois en Amérique». Mais les décors de rue laissent vite la place à des intérieurs de bureaux, peuplés de ronds de cuir. Au cœur de la finance mondiale, c’est dans l’étude d’un conseiller à la Cour suprême que débarque un jeune homme, Bartleby. Semblant sans histoire, terne même malgré son physique engageant, le nouveau venu va soudain faire sensation: lorsque son chef va lui demander d’accomplir une tâche, il lâchera un «Je préférerais pas». C’est un séisme dans cet univers où travail et devoir sont les fondements de la société. Et la suite de l’histoire est incroyable. Une forme de résistance à l’idée que l’on se fait de tenir sa place dans le monde.

C’est un très grand texte, semblant partir d’une situation anodine, qui se révèle bouleversant. Un peu comme l’était le film «Les gens de Dublin», de John Huston, adaptation du roman «Les morts» de James Joyce. Pas facile de mettre ce Bartleby en image, dès lors. Tout n’est qu’ambiance, regards, décors. Munuera le fait à la perfection, signant peut-être là son plus bel album. C’est beau à voir, c’est passionnant à lire et cela donne vraiment à réfléchir. Chapeau!

«Bartleby le scribe», de José-Luis Munuera, d’après Herman Melville, Éd. Dargaud, 72 pages.

«Bartleby le scribe», de José-Luis Munuera, d’après Herman Melville, Éd. Dargaud, 72 pages.

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