Football: Arbitre agressé: «Prétendre au risque zéro n’est pas réaliste»
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FootballArbitre agressé: «Prétendre au risque zéro n’est pas réaliste»

Président de l'ACGF, Pascal Chobaz s'exprime à son tour sur l'agression dont a été victime un arbitre dimanche à Onex.

par
Christian Maillard
Président de l'ACGF depuis 2011, Pascal Chobaz n'a pas de solution pour stopper cette violence gratuite dans les stades de ligues inférieures.

Président de l'ACGF depuis 2011, Pascal Chobaz n'a pas de solution pour stopper cette violence gratuite dans les stades de ligues inférieures.

OLIVIER VOGELSANG

Président de l’Association cantonale genevoise de football (ACGF), Pascal Chobaz l’a répété à plusieurs reprises: s’il comprend parfaitement l’émotion des arbitres après l’agression d’un d’entre-eux dimanche à Onex, il n’est pas favorable à ce que la corporation se mette en grève sur les terrains genevois ce week-end. «Je n’ai rien contre le fait qu'une amicale se transforme en syndicat, mais j’aurais préféré le dialogue, que la commission d’arbitrage de l'ACGF ait été mise au courant avant, lâche le dirigeant. Malgré tout, on laissera le soin aux arbitres de décider s’ils veulent ou pas être sur le terrain samedi et dimanche. On leur demande juste de nous avertir ce jeudi s’ils renoncent à diriger leur match...» En tout état, les matches du football des enfants (juniors D, E et F). qui sont dirigés par de jeunes arbitres, sont tous maintenus.

Pour rappel: les trois joueurs du FC Tordoya auteurs de l'agression ont en outre été immédiatement dénoncés à la Commission de contrôle et de discipline (CDD) de I' ASF et ont été provisoirement suspendus. A l'issue de la procédure, ces trois joueurs feront l'objet d'une décision de suspension définitive de longue durée de la part de la COD de l'ASF. Une instruction pénale a par ailleurs été ouverte par le Ministère public suite à la plainte déposée par l'arbitre agressé.

Pascal Chobaz, va-t-il bientôt falloir faire appel à des agents de sécurité lors des matches de cinquième ligue?

Non, bien sûr. Sinon qui supporterait les frais? Ce n’est pas envisageable. Maintenant, si on a des doutes et des craintes sur le déroulement d’un match parce que le précédent s’était mal déroulé ou qu’il y a eu des menaces sur des réseaux sociaux, à ce moment là, comme pour l’élite, on peut prévoir qu'il s'agit d'un match à risques et le prévoir au niveau de la sécurité. Cela dit, il est évident qu’on ne va pas spécialement cibler la cinquième ligue, sous prétexte qu’il n’y a pas forcément les meilleurs joueurs et les meilleurs arbitres à ce niveau. Il peut aussi y avoir des incidents dans d’autres catégories de jeu, que ce soit les actifs ou les seniors et même des juniors.

Il est vrai qu'au mois de juin, à Versoix, il s'agissait d'une rencontre de 4e ligue...

Oui et il y a deux ans il s'agissait d'une partie de deuxième ligue. Pourquoi faudrait-il généraliser? Aujourd’hui, comme la pose de défibrillateurs dans les stades, on cherche de prévenir un maximum de choses, mais prétendre au risque zéro n’est pas réaliste. Il y aura toujours des problèmes d’arbitres qui se font agresser, ce n’est pas nouveau, malheureusement. Avant d’être président de l’ACGF, je me suis occupé de la commission de jeu, je lisais le rapport des arbitres et je prenais des sacntions. Aujourd’hui, il y a des formes de violence qui émanent des joueurs, d’entraîneur, des parents ou des pseudos-supporters. Il y a une forme de dangerosité différente à ce qu’on a connu par le passé. Il n’y a pas seulement un joueur qui s’en prend à l’arbitre mais un, deux ou trois voire un effet de meute dans le cas de la bagarre générale à Versoix en juin.

Et cela fait peur! Doit-on craindre, comme le relevait l’arbitre agressé dimanche à Onex, qu’un jour on découvre un cadavre sur un terrain?

On ne peut pas écarter cette hypothèse, mais je ne vois pas de solution ou alors tout arrêter. Personne n’a encore sorti une arme au bord d’un terrain, heureusement d’ailleurs. Pour prendre un événement récent, on peut aussi se faire tabasser à la sortie d’une boîte de nuit. Le risque zéro n’existe pas. Maintenant, je rappelle aux clubs qu’ils ont un un rôle important à jouer.

Quel est le rôle des clubs?

Celui de rappeler systématiquement les règles et les valeurs de leur club à leurs membres: aux joueurs, aux parents des juniors ainsi qu’à leurs supporters. Les dirigeants ne doivent pas hésiter à se séparer d’un entraîneur qui ne satisfait pas à ces critères . Ou de virer des joueurs si le comportement des parents est inadapté comme on l'a vu récemment avec Servette et la famille Lungoyi. Il s’agit de continuer de sensibiliser tout le monde au fair-play, de mettre en oeuvre le concept «les jeunes arbitrent les jeunes» dans le football des enfants, d’augmenter la sévérité des sanctions pour toutes les infractions relevant de la voie de fait comme coups de poing ou coups de boule (8 à 10 matches de suspension minimale) et de collaborer avec les communes et la ville, ne serait-ce pour gérer cette violence dans le sport.

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