Gymnastique - Ariella Kaeslin: «J’aime une femme»
Publié

GymnastiqueAriella Kaeslin: «J’aime une femme»

L’ancienne gymnaste Ariella Kaeslin veut pouvoir vivre ouvertement son amour. La Lucernoise a annoncé vendredi son homosexualité sur les réseaux sociaux.

par
Thibaud Oberli
Ariella Kaeslin lors d’un shooting en 2015.

Ariella Kaeslin lors d’un shooting en 2015.

Valeriano Di Domenico/ Archives

«Je ne veux plus me cacher» Ariella Kaeslin en a assez. L’athlète qui a éclaboussé la gymnastique suisse de son talent entre 2002 et 2011 a décidé de faire son coming out. Pour se faire, une photo publiée sur Instagram, renvoyant à une longue interview accordée à «Das Magazin» et Christof Gertsch.

«J’ai toujours trouvé les femmes attirantes, mais si j’en aimais particulièrement une, je pensais que c’était parce que je voulais être comme elle», commençait-elle. «Peut-être que c’était également vrai dans le passé. Puis il y a quelque temps, j’ai remarqué que quelque chose était en train de changer. Je suis tombée amoureuse», livrait la native de Lucerne. Une prise de conscience qui a amené à d’autres questionnements.

Elle parle ensuite d’une lecture qui a été déterminante dans son cheminement: «J’ai lu «Vorbild und Vorurteil», (en français: Modèle et préjugés) un livre sur les athlètes lesbiennes suisses, j’ai suivi ces femmes sur Instagram et en ai rencontré certaines pour prendre un café. Ça a l’air stupide, mais ça m’a fait du bien. C’était comme rentrer à la maison», racontait l’ancienne championne.

Une pionnière

Ouvrir le débat, casser les codes, Ariella Kaeslin n’en est pas à son coup d’essai. Déjà dans sa carrière sportive, où ses performances ont émerveillé toute la Suisse. Elle avait notamment brisé un tabou, en publiant «Souffrir dans la lumière» quatre ans après la fin de sa carrière.

Elle y dénonçait la face cachée du sport et son étendue, comme la dépression, le harcèlement, la violence psychologique et les abus de pouvoir qui ont éclaté au grand jour ces derniers mois, notamment au centre national de sport à Macolin.

«C’est un sujet, jusqu’à ce que ce ne soit plus un problème»

En plus des lectures, les relations humaines ont joué un rôle central dans le cheminement de l’ancienne athlète. «Une autre sportive lesbienne m’a dit à propos de l’homosexualité en public: «C’est un sujet jusqu’à ce que ce ne soit plus un problème.» J’ai alors compris qu’en tant que personne publique, je devais aussi faire mon coming out publiquement, sinon je ne pourrai jamais vivre mon amour pour une femme en toute liberté. Mais j’ai aussi peur», expliquait Ariella Kaeslin.

L’interview explore encore énormément de thèmes: l’attirance pour les hommes, la bisexualité, l’injonction à la féminité dans la pratique de la gymnastique «Il s’agissait toujours de plaire aux hommes» ou encore l’acceptation récente – et partielle – de l’homosexualité dans les instances sportives.

Le fait d’en parler et de partager son vécu l’a aussi orientée vers une communauté qui a pu l’aider à se sentir plus libérée: «J’avais une telle image cliché des femmes dans ma tête – probablement du monde de la gymnastique – que j’ai senti une énorme libération lorsque j’ai découvert la communauté queer, dans laquelle personne n’a à jouer de rôle ni à prouver quoi que ce soit.»

«Je pense que beaucoup de personnes queer comme moi ont ressenti la même chose: vous grandissez en pensant que vous êtes tout seuls. Ensuite, vous apprenez à connaître ce monde, qui est encore beaucoup trop peu visible dans la société, et vous vous rendez compte: il est parfaitement normal de s’écarter de la norme».

«Il ne s’agit pas de découvrir qui je suis une fois pour toutes. Je peux être comme ça et parfois comme ça. Je peux toujours me redécouvrir»

Ariella Kaeslin

Ariella Kaeslin a maintenant 33 ans, elle est établie à Zurich et se forme pour devenir physiothérapeute. Si sa vie a été déjà bien chargée, l’expérience est quelque chose qu’on ne s’arrête pas d’engranger: «Heureusement, je sais maintenant qu’il existe un terme pour désigner ce qui me dérange parfois: il s’agit de l’homophobie intériorisée. Cela dénote des sentiments négatifs envers sa propre homosexualité. Les sentiments surgissent parce que nous grandissons avec des normes qui dévalorisent l’homosexualité. Ils se nichent dans la perception, sont dirigés contre sa propre psyché.»

«Savoir que le phénomène a un nom et que je ne suis pas la seule femme amoureuse à ressentir cela m’aide. Je suis moins en colère contre moi-même quand il m’arrive à nouveau d’avoir honte de mon homosexualité.»

Avant de conclure: «Il ne s’agit pas de découvrir qui je suis une fois pour toutes. Je peux être comme ça et parfois comme ça. Je peux toujours me redécouvrir. Et tout le monde peut le faire aussi.»

Votre opinion