France: Arnaud Beltrame incarne «l'esprit de résistance»
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FranceArnaud Beltrame incarne «l'esprit de résistance»

Le gendarme qui a été tué dans les attaques djihadistes il y a 5 jours à Trèbes a été honoré lors d'un hommage national aux Invalides.

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Deux hommes de l'entourage de Radouane Lakdim ont été déférés au tribunal de Paris en vue de leur mise en examen. Ils sont soupçonnés d'avoir fourni des armes à l'auteur des attentats de Trèbes et Carcassonne en mars 2017. (Vendredi 28 juin 2019)

Deux hommes de l'entourage de Radouane Lakdim ont été déférés au tribunal de Paris en vue de leur mise en examen. Ils sont soupçonnés d'avoir fourni des armes à l'auteur des attentats de Trèbes et Carcassonne en mars 2017. (Vendredi 28 juin 2019)

AFP
Six personnes - des membres de l'entourage familial et amical de l'auteur des attaques de Carcassonne et Trèbes avaient été interpellées et placées en garde à vue mardi. Trois d'entre elles ont été mises en examen et placées en détention provisoire, a-t-on appris ce samedi.  La garde à vue des trois autres a été levée. (20 octobre 2018)

Six personnes - des membres de l'entourage familial et amical de l'auteur des attaques de Carcassonne et Trèbes avaient été interpellées et placées en garde à vue mardi. Trois d'entre elles ont été mises en examen et placées en détention provisoire, a-t-on appris ce samedi. La garde à vue des trois autres a été levée. (20 octobre 2018)

AFP
Habitants et proches des victimes étaient rassemblés jeudi dans le sud-ouest de la France pour les derniers hommages et les obsèques des quatre personnes tuées par le djihadiste Radouane L. (Jeudi 29 mars 2018)

Habitants et proches des victimes étaient rassemblés jeudi dans le sud-ouest de la France pour les derniers hommages et les obsèques des quatre personnes tuées par le djihadiste Radouane L. (Jeudi 29 mars 2018)

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Arnaud Beltrame, l'officier de police tué par un djihadiste après s'être substitué à une otage lors des attaques de vendredi dans le sud de la France, incarne «l'esprit français de résistance», a salué Emmanuel Macron. Un hommage national lui a été rendu mercredi.

«Il rejoint le cortège valeureux des héros qu'il chérissait», a déclaré le président français dans son éloge funèbre aux Invalides à Paris, affirmant que «sa mémoire vivra». M. Macron a également appelé la France à «un regain de vigilance et de civisme» face à l'islamisme, qualifié «d'ennemi insidieux» par le chef de l'Etat.

La mort de ce colonel de 44 ans a suscité une vague d'émotion et a donné lieu en France à un début de polémique sur la stratégie antiterroriste du gouvernement.

«Ce que nous combattons, c'est cet islamisme souterrain qui progresse par les réseaux sociaux, qui accomplit son oeuvre de manière invisible, qui agit clandestinement sur des esprits faibles ou instables, qui sur notre sol endoctrine par proximité et corrompt au quotidien», a encore indiqué Emmanuel Macron.

«Nous l'emporterons grâce au calme et à la résilience des Français peuple rompu aux morsures de l'Histoire, patient dans le combat, confiant dans le triomphe ultime et de la justice», a ajouté le président français, taxé de naïveté par les chefs de file des Républicains Laurent Wauquiez et du Front national Marine Le Pen.

Hommage national

Escorté de sept motards de la garde républicaine, le convoi funéraire du colonel Arnaud Beltrame est arrivé au monument parisien des Invalides mercredi où la France rendait un hommage national au «héros» qui a donné sa vie lors de l'attaque djihadiste, dans le sud du pays vendredi.

Après une minute de silence observée dans toutes les gendarmeries et préfectures, mais aussi à l'Elysée et au ministère de l'Intérieur, le convoi a quitté le Panthéon à 10h30 devant une foule silencieuse, puis traversé les rues de Paris sous la pluie. Des milliers de personnes, dont plusieurs centaines de lycéens, ont salué son passage, le long d'un trajet jalonné de policiers, gendarmes, cavaliers à cheval et sapeurs-pompiers, en tenues d'honneur.

Des centaines de personnes ont afflué dans la cour de l'hôtel des Invalides, monument qui abrite une nécropole militaire et la dépouille de Napoléon 1er, devenu lieu des hommages nationaux aux grands hommes et femmes, comme l'ancienne ministre Simone Weil en juillet dernier.

Le président Emmanuel Macron devait y prononcer l'éloge funèbre de cet officier de 44 ans qui «a fait le don de sa vie pour protéger nos concitoyens».

Inconnu il y a une semaine, le gendarme Arnaud Beltrame, promu au grade de colonel et cité à l'ordre de la Nation pour son «courage exemplaire» et sa «totale abnégation», avait pris la place d'une femme otage.

Le temps d'une matinée, cette cérémonie doit mettre entre parenthèses la polémique sur la politique antiterroriste du gouvernement qui n'a cessé d'enfler depuis que Radouane L., un petit délinquant radicalisé, a tué vendredi quatre personnes à Carcassonne et Trèbes.

«Au-delà de la haine»

Des dirigeants de l'opposition comme Laurent Wauquiez (Les Républicains, droite) et Marine Le Pen (Front national, extrême droite) ont pris place dans l'assistance, aux côtés de l'ensemble du gouvernement et des anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Parmi les 1200 invités figurent aussi les familles des victimes, les personnes présentes lors de l'attaque, des élus des communes touchées ainsi que des centaines d'anonymes, dont de nombreux militaires, qui seront autorisée à assister à a cérémonie.

«Ça me semblait important de participer à cette hommage et de rendre les honneurs au lieutenant colonel Beltrame qui nous a permis d'aller au-delà de la colère et de la haine», commentait Victoire, 23 ans, debout le long du trajet.

Le cercueil d'Arnaud Beltrame était accompagné par 200 de ses frères d'armes, des compagnons qui l'ont croisé au cours de sa brillante carrière dans l'armée et la gendarmerie. Témoignant de l'émotion nationale, la cérémonie était retransmise en direct par de nombreuses chaînes de télévision.

Près d'une centaine d'hommes et de femmes se sont également rassemblés mercredi dans la cour de la petite caserne de Carcassonne, où était affecté le colonel Arnaud Beltrame.

Interrogé par l'AFP, un collègue et ami du gendarme a témoigné, sous couvert de l'anonymat: «J'ai une immense tristesse, c'était un homme en or, c'est très dur de gérer tout ça.»

Arnaud Beltrame «se sentait intrinsèquement gendarme. Pour lui, être gendarme, ça veut dire protéger», a déclaré sa veuve Marielle à l'hebdomadaire chrétien La Vie. Sa décision de se livrer au djihadiste, à la place d'une femme prise en otage a été «le geste d'un gendarme et le geste d'un chrétien», a-t-elle ajouté.

«Sens du devoir»

Silhouette élancée et yeux clairs, Arnaud Beltrame était sorti major de son école militaire, avant de rejoindre une unité d'élite de parachutistes en Irak, puis de participer à la sécurité du palais présidentiel de l'Elysée et de commander une compagnie en Normandie.

Ses obsèques seront célébrées jeudi à Ferrals (sud), où il résidait avec son épouse. Les trois autres victimes - Hervé Sosna, Jean Mazières et Christian Medves - seront également inhumées jeudi.

Depuis sa mort, Arnaud Beltrame symbolise pour la presse et les dirigeants politiques le «sens du devoir», la «bravoure», le «courage» et «l'héroïsme», et certaines municipalités ont déjà donné son nom à une rue ou un lieu public.

Mais s'il fait l'unanimité, ce n'est pas le cas de la politique gouvernementale de lutte contre l'islamisme radical et de suivi des plus extrémistes, vivement critiquée par la droite et l'extrême droite.

M. Wauquiez a dénoncé lundi la «coupable naïveté» d'Emmanuel Macron et réclamé le rétablissement de l'état d'urgence et l'expulsion des étrangers fichés «S» (pour «sûreté de l'Etat»).

Le Premier ministre Edouard Philippe leur a répondu en disant se «méfier des réponses juridiques rapides».

Tué vendredi lors de l'assaut de l'unité d'élite de la gendarmerie, Radouane L. était fiché «S» depuis 2014 et inscrit depuis novembre 2015 au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste.

(AFP)

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