Actualisé

Proche-OrientArrestations en masse après le triple rapt

L'armée israélienne ratisse la Cisjordanie à la recherche de trois jeunes, vraisemblablement enlevés par le Hamas. Elle a procédé à plus de 240 arrestations.

Quelque 200'000 Israéliens habitent des quartiers de colonisation à Jérusalem-Est.

Quelque 200'000 Israéliens habitent des quartiers de colonisation à Jérusalem-Est.

(photo d'archives), Keystone

Israël a arrêté mercredi des dizaines de Palestiniens après l'enlèvement de trois jeunes Israéliens en Cisjordanie. Le président Mahmoud Abbas a accusé de son côté les responsables de ce rapt, imputé par Israël au mouvement islamiste Hamas mais qui n'a pas fait l'objet de revendication fiable, de vouloir «détruire les Palestiniens».

Au sixième jour de son opération baptisée «Gardien de nos frères», l'armée a capturé dans la nuit de mardi à mercredi 65 Palestiniens. Cela porte à plus de 240 le nombre d'arrestations depuis l'enlèvement des trois adolescents israéliens, un de 19 ans et deux de 16, le 12 juin.

Selon les médias israéliens, ils ont disparu près du Goush Etzion, un bloc de colonies situé entre les villes palestiniennes de Bethléem et Hébron, entièrement sous contrôle israélien.

Retour à la case prison

Les Palestiniens capturés sont en majorité des militants et des dirigeants du Hamas islamiste. Parmi eux, on compte le président du Parlement palestinien Aziz Dweik.

Dans la dernière vague figurent aussi 51 prisonniers libérés en 2011 en échange du soldat Gilad Shalit, enlevé en 2006 et détenu par le Hamas à Gaza. Parmi eux, Naël Barghouthi qui était alors le plus ancien prisonnier palestinien d'Israël, ayant été incarcéré pendant 33 ans.

«On va lui demander des comptes»

Mahmoud Abbas, qui avait déjà condamné l'enlèvement, a dénoncé ses auteurs mercredi. «Celui qui a enlevé les trois jeunes Israéliens cherche à nous détruire et on va lui demander des comptes», a-t-il déclaré à l'ouverture à Jeddah, en Arabie saoudite, d'une réunion de l'Organisation de la coopération islamique (OCI).

«Il est dans notre intérêt d'avoir une coordination en matière de sécurité avec Israël, car cela nous protège», a-t-il ajouté, réaffirmant son hostilité à une troisième Intifada.

Propos fustigés

Le Hamas n'a pas tardé à réagir. «Les déclarations du président Abbas sur la coordination en matière de sécurité sont dépourvues de justification, nuisent à l'intérêt national et contreviennent à l'accord (de réconciliation, NDLR) du Caire», a affirmé un porte-parole du Hamas à Gaza, Sami Abou Zouhri.

Le Hamas a officiellement renoncé au pouvoir dans la bande de Gaza à la suite de la formation le 2 juin d'un gouvernement d'union composé de personnalités indépendantes, en vertu d'un accord de réconciliation avec l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dirigée par M. Abbas.

Affaiblir le Hamas

Selon des commentateurs, Israël, déterminé à faire échouer la réconciliation, tire parti de l'opération en cours, son plus important déploiement en Cisjordanie depuis la fin de la deuxième Intifada en 2005, pour y démanteler les réseaux du Hamas.

«Nous sommes au milieu d'une opération de longue haleine. Elle va inclure de nombreuses actions contre les terroristes qui commettent des attentats, des meurtres, des enlèvements et qui cherchent à détruire l'Etat d'Israël», a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une rencontre avec une délégation internationale de maires.

Près de 800 bâtiments ont déjà été fouillés, avec une attention particulière portée aux institutions économiques et sociales du Hamas, parallèlement aux opérations de recherche des trois jeunes Israéliens.

Châtiment collectif dénoncé

De son côté, Amnesty International a appelé dans un communiqué à «la libération immédiate et inconditionnelle des trois adolescents israéliens», tout en exhortant Israël à «cesser toutes les mesures constituant un châtiment collectif et infligées à la population palestinienne depuis le rapt», notamment le bouclage de Hébron et l'interdiction pour les travailleurs palestiniens d'entrer en Israël.

Mardi toujours, la mairie israélienne de Jérusalem a approuvé la construction de 172 logements dans le quartier de colonisation de Har Homa, à Jérusalem-Est occupée et annexée. Dernière étape avant la mise en chantier, cette décision a été dénoncée par l'opposition.

Un précédent programme de 50 logements dans ce quartier de Jérusalem-Est avait été annoncé le 26 mai, pendant la visite du pape en Terre sainte.

La semaine suivante, le gouvernement israélien avait annoncé le déblocage d'un plan de construction pour 3200 logements dans les colonies de Cisjordanie et Jérusalem-Est, en représailles à la formation le 2 juin d'un gouvernement d'union palestinien composé de personnalités indépendantes, avec le soutien du Hamas et agréé par la communauté internationale.

(ats)

Ton opinion