Interview: Arthur H: «Petit, je voulais être cosmonaute»

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InterviewArthur H: «Petit, je voulais être cosmonaute»

L'auteur-compositeur-interprète présentera «Amour chien fou» ce samedi aux Docks de Lausanne. Confidences entre pudeur poétique et drôlerie pop.

par
Caroline Piccinin
«J'ai fait des bêtises qu'on ne pourrait plus faire aujourd'hui», Arthur H, artiste

«J'ai fait des bêtises qu'on ne pourrait plus faire aujourd'hui», Arthur H, artiste

Yann Orhan/AllPoints

À 55 ans, Arthur Higelin vient de sortir «Amour chien fou», un sublime 10e (double) album. Au bout du fil avant son concert à Lausanne, le musicien parolier a accepté de se soumettre à l'interview indiscrète mais a préféré y répondre à l'écrit.

C'est qu'il ne fait pas «que» chanter, il est également illustrateur et auteur notamment de «Le cauchemar merveilleux. Espèces de petits contes». Voici la retranscription du questionnaire qu'il a trouvé «long, mais amusant»!

Arthur H, qui êtes-vous?

Chanteur, musicien, poète, criminologue, amoureux…

Êtes-vous un chien fou?

Oui, je suis un chien fou, bien sûr, je frétille dans la queue, je suis heureux, mais comme dans la chanson, je suis aussi un loup doux.

Pourquoi avoir appelé votre album comme cela?

Parce qu'il y a pour moi les deux images de l'amour: l'enthousiasme, la joie, mais aussi la douleur, la folie.

Votre premier souvenir?

Un énorme sein, un sein magnifique, géant, collé contre mon visage.

Étiez-vous un enfant sage?

En général, oui, très sage, intérieur, ne s'ennuyant jamais tout seul. Mais j'ai fait des bêtises aussi, qu'on ne pourrait plus faire aujourd'hui. Les enfants sont beaucoup plus surveillés maintenant, c'est triste.

Enfant, de quoi aviez-vous peur?

Des voleurs d'enfants cachés dans les couloirs, des crises d'asthme, des méchants à l'école, plus grands et plus forts.

Dans l'enfance, quel fut votre plus grand choc?

Je courrais dans un couloir avec un balai, je me suis pris dedans, ma tête a rencontré la porte, je me suis réveillé à l'hôpital. C'était un assez grand choc!

Votre mère vous disait-elle «Je t'aime»?

Je ne m'en souviens plus. Par contre, je pouvais sentir qu'elle m'aimait très fort.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

Je jouais du clavier dans le restaurant d'un camping pendant que les gens mangeaient. Parfois, ils me jetaient un court regard; c'était très intense!

Que vouliez-vous devenir?

Policier ou cosmonaute. Je suis très content d'être musicien.

L'amour pour la première fois, c'était quand et avec qui?

À 15 ans, avec une femme de 30 ans. J'étais tellement timide que j'avais dû boire pas mal. Je l'avoue, je n'ai pas trop de souvenirs.

Pour vous, c'est quoi, le vrai bonheur?

Profitez pleinement du moment présent. Jouir de ce que l'on vit.

Quelle est la plus belle de vos qualités?

L'humilité. Je suis certainement une des personnes les plus merveilleusement humbles de la planète!

Votre plus grand regret?

J'en ai certains, mais les regrets doivent rester secrets.

Avez-vous déjà volé?

Oui. À l'adolescence, j'ai eu une phase kleptomane. J'ai volé quelques bricoles à droite à gauche. Je me suis fait prendre et j'ai arrêté.

Avez-vous déjà tué?

Je suis un fameux tueur de moustiques. Ils me craignent terriblement maintenant. Même dans les coins très infectés ils m'évitent.

Si vous aviez le permis de tuer quelqu'un, qui serait-ce?

Le roi des Suisses, pour prendre sa place.

Avez-vous déjà payé pour l'amour?

En souffrance, en larmes, en pleurs, oui j'ai payé très cher.

Avez-vous déjà menti à la personne qui partage votre vie?

Oui, par omission. Plus maintenant.

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

Ma femme, bien sûr. C'est un être sublime et adorable (ndlr: la plasticienne sonore Léonore Mercier).

Qui trouvez-vous sexy?

Ma femme bien sûr. C'est un être sublime et adorable.

Pour qui était votre dernier baiser?

Devinez? J'en ai parlé juste avant.

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

Les moments où on pleure, c'est intime et personnel. C'est difficilement partageable. Et ça doit sûrement rester secret, c'est indicible.

De quoi souffrez-vous?

Parfois d'un petit mal de vivre. Parfois de rien.

Avez-vous déjà frôlé la mort?

Je ne crois, mais il faudrait lui demander. Elle doit mieux savoir que moi.

Croyez-vous en Dieu?

Oui. Mais pas avec le filtre d'une religion. Pour moi, c'est assez blasphématoire de revendiquer une emprise, une préférence, un lien privilégié avec l'Inconnaissable, l'Invisible. En tout cas, certainement un péché d'orgueil.

Trois objets culturels (livres, CD ou DVD) que vous emmenez sur une île déserte?

Des intégrales alors. Ravel, Fellini et «Anthologie de la poésie française».

Combien gagnez-vous?

Connaissance, joie, expériences, désillusions, nouveaux désirs, je ne peux pas tout compter, mais ça fait beaucoup!

Pensez-vous que vous gagnez assez par rapport au travail que vous fournissez?

Oui, ça me va.

Qui sont vos vrais amis?

Mes amis musiciens et toutes les personnes merveilleuses à qui on a ouvert son cœur.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

Qu'ils deviennent sages, tranquilles. Que l'on devienne les meilleurs amis possibles.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Je ne souhaite à personne cette torture mentale, qu'on appelait autrefois le supplice chinois!

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