France: Assassinat à la madeleine: des doutes surgissent
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FranceAssassinat à la madeleine: des doutes surgissent

Jeudi, le sexagénaire français accusé d’avoir tué une nonagénaire, dont il possédait la maison en viager, a entendu le médecin légiste expliquer comment la vieille dame était morte.

Des morceaux de madeleine ont été retrouvés dans la trachée de la nonagénaire.

Des morceaux de madeleine ont été retrouvés dans la trachée de la nonagénaire.

AFP

Trachée «complètement obstruée»: le médecin légiste a décrit, jeudi aux Assises à Tours, les circonstances suspectes de la mort d’une nonagénaire, étouffée par une madeleine en 2019, mais des doutes sont apparus sur le mobile financier supposé de l’accusé, un ancien pompier de Paris.

Au lendemain d’une audience qui avait pointé des défauts de l’enquête et déjà instillé le doute, l’audition du médecin légiste a permis à la Cour d’assises d’Indre-et-Loire de découvrir les éléments qui avaient éveillé les soupçons des policiers. Yvette B., 92 ans, résidente d’une unité Alzheimer d’un Ehpad tourangeau, avait été retrouvée morte le 13 mai 2019 dans son lit, des morceaux de madeleine dans la bouche.

«Obstruction mécanique de la trachée»

L’accusé, désormais âgé de 63 ans, venait de lui rendre visite, apportant un paquet de madeleines industrielles. Le passionné de moto avait verrouillé la porte de la chambre, un comportement qui avait suscité des interrogations chez le personnel soignant. L’ancien pompier de Paris avait contracté un viager en 1995 sur une maison de famille de la victime.

Avec force détails, le médecin légiste a raconté l’autopsie, la «quantité importante» de débris de madeleine dans les poumons et «l’obstruction mécanique de la trachée». Il a aussi évoqué la présence d’une ecchymose au niveau de la bouche et une petite lésion sur le cou. Il n’est «pas possible d’écarter l’intervention d’un tiers», a avancé l’expert.

Des éléments compatibles avec une main plaquée sur la bouche? lui demande la présidente Aude Cristau. «Oui, Madame la Présidente», assure le médecin. Avec une main sur le cou? Même réponse affirmative. Le légiste a ensuite décrit une nonagénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis 2012, qui ne pesait plus que 39 kilos et n’était plus du tout autonome.

«C’était trop rapide»

L’ancien militaire avait-il un intérêt financier à l’assassiner, lui qui voulait se lancer dans un nouveau projet immobilier à la campagne à l’approche de la retraite? Les enquêteurs avaient orienté l’instruction en ce sens. Les auditions du notaire et de la femme de l’accusé ont jeté un nouveau doute.

L’épouse, visiblement émue, a assuré qu’elle avait elle-même effectué les recherches immobilières, pointées par la police, dans le cadre d’un projet «sur le long terme». Pas d’urgence, insiste-t-elle: son mari voulait de toute façon encore travailler «un ou deux ans de plus, car il adorait son travail» de gardien et d’homme à tout faire dans une résidence seniors tourangelle. En outre son mari «tenait énormément à cette maison». «Il ne l’aurait pas vendue», a-t-elle témoigné.

Le notaire de l’accusé a, lui, souligné que les obstacles s’opposant à la vente de la maison en viager ne semblaient pas rédhibitoires. Pas de quoi constituer un éventuel mobile pour un assassinat. L’après-midi, consacrée aux interrogatoires du personnel soignant présent au moment du drame, n’a pas levé les zones d’ombre de ce procès, notamment sur le minutage des faits et l’horaire du décès.

«La règle, c’est d’attendre»

Les avocats de la défense, Mes Abed Bendjador père et fils, ont pointé les incohérences et approximations des témoignages des salariées. Une aide-soignante a ainsi admis avoir pratiqué la toilette mortuaire, très rapidement, à la demande de la directrice, avant l’arrivée du médecin venu constater le décès. «La règle, c’est d’attendre que le médecin passe, mais là, c’est vrai qu’on n’a pas attendu. (…) En effet, c’est trop rapide», a reconnu la jeune femme.

Les salariées, dont la plupart ne travaillent plus dans cet Ehpad du groupe Korian, ont toutefois juré ne pas avoir couvert une faute de l’établissement ou de l’une d’entre elles. Le verdict est attendu vendredi. Alain J. encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

(AFP)

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