Actualisé 04.12.2018 à 11:00

Astérix à la sauce Kaamelott, c'est délicieux

Cinéma

Créé par Alexandre Astier, ce «Secret de la potion magique» est digne des meilleurs albums. On se régale du début à la fin.

par
Michel Pralong
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Le druide Zurix, son élève Téléférix, des chaussettes rouges: cela sent l'Helvétie, sans la nommer.

Le druide Zurix, son élève Téléférix, des chaussettes rouges: cela sent l'Helvétie, sans la nommer.

Mikros Image, SND
Si Panoramix est le personnage central du film, tous les habitants du village y ont leur place.

Si Panoramix est le personnage central du film, tous les habitants du village y ont leur place.

Mikros Image, SND
L'extraordinaire potion magique, goutte dorée dans laquelle se reflètent Astérix et Obélix, fascinés.

L'extraordinaire potion magique, goutte dorée dans laquelle se reflètent Astérix et Obélix, fascinés.

Mikros Image, SND

Un type qui revisite la légende du roi Arthur en substituant aux chevaliers de la table ronde des bras cassés ne pouvait que se sentir à l'aise dans un village de Gaulois, certes irréductibles, mais plus forts en gueule qu'en subtilité. Alexandre Astier, célèbre grâce à sa série «Kaamelott», a prouvé une première fois son accointance avec l'oeuvre de Goscinny et Uderzo en adaptant en dessin animé l'album «Le domaine des dieux».

Il revient, toujours accompagné de son coréalisateur Louis Clichy, pour cet «Astérix et le secret de la potion magique». Sauf que cette fois, l'histoire est un scénario original. Ce n'est pas une première, «Les 12 travaux d'Astérix», dessin animé sorti en 1976, n'était pas non plus tiré d'un album. Mais l'histoire était toutefois signée par les créateurs du petit Gaulois, Goscinny et Uderzo (avec en plus, Pierre Tchernia).

Les pirates, les pirates!

Sacré danger donc pour un autre auteur que de s'aventurer sur un récit inédit. D'ailleurs, Astier était persuadé qu'on lui dirait non. Mais Uderzo ayant aimé son premier film lui a dit banco. Et autant vous le dire tout de suite, le résultat est parfait. C'est jouissif de la première à la dernière minute. Même le final, pourtant énorme, n'est la que conclusion en feu d'artifice géant d'un spectacle éblouissant. «Nous nous sommes fait plaisir, nous avoue Louis Clichy. Avec Alexandre, nous avons aussi baigné, enfants, dans les dessins animés japonais, donc nous nous sommes lâchés, mais rien n'est jamais gratuit.»

Tout, dans le film, a en effet son importance. Tout, vraiment? Pas tout à fait. «Si vous enlevez les scènes avec les pirates, le film fonctionne aussi très bien. Ils ne sont pas indispensables à l'histoire, mais comme ils n'apparaissaient déjà pas dans «Le domaine des dieux», nous tenions à les avoir ici.»

Un rôle pour chaque villageois

C'est un des plaisirs du film: tous les personnages récurrents du village des Gaulois y trouvent un joli rôle: Astérix, Obélix et Panoramix s'en vont? Les autres hommes du village finissent par les rejoindre. Les femmes veillent sur le foyers avec un chef ad interim: Assurancetourix. Même les enfants, apparitions fugaces dans les albums, jouent un rôle un peu plus important ici, surtout une: Pectine. «Nous aurions voulu davantage de scènes avec les gamins, mais la durée du film et le budget nous ont contraint à faire des choix. Pareil avec les Romains, que l'on aurait voulu encore plus présents. »

Ceux qui, en revanche, trouvent plus de place dans un dessin animé que dans un livre, ce sont les animaux. Avec eux, on peut multiplier des scènes d'action sans parole: impensable en BD. Louis Clichy, animateur sur «Wall-E» et «La-haut» (Disney-Pixar), a pour le coup apprécié le graphisme animalier d'Uderzo. «Il a une parfaite connaissance des volumes. Mais ses sangliers sont moins empathiques que les miens. Il était bien obligé, il ne faut pas trop s'attacher à la nourriture d'Obélix. Moi, j'avais besoin de leur donner davantage d'expressions». Et, pour la première fois, Obélix se verra interdire de dévorer certains de ses menus préférés, auxquels les deux auteurs ont trouvé une nouvelle fonction originale.

La bande-annonce du film.

Pour résumer, le film est donc centré sur Panoramix, inquiet – suite à un accident – que le secret de la potion magique se perde après lui. Il décide de trouver un successeur, un apprenti. Débute alors un tour d''Europe, sorte d'«Objectif Top Druide», magnifique prétexte à un défilé de tocards.

Un druide suisse?

S'il y a un bémol dans ce dessin animé, il réside dans l'accent de l'un des favoris au concours, le dénommé Téléférix. D'où sort ce mélange d'alsacien-yiddish? Est-ce censé être du suisse-allemand? Car oui, sur une carte que l'on voit brièvement dans le film, le jeune druide vit sur la droite d'une ville nommée «Geneva».

«Je le confesse, dit Louis Clichy. Nous voulions ramener Astérix et Obélix en Helvétie. D'ailleurs, son maître s'appelle Zurix, ils ont des chaussettes rouges, ils sont dans le montagnes. Mais le temps et le budget nous ont manqué pour faire un vrai clin d’œil à cet album qui est vraiment génial. Et lui coller un accent suisse à la façon française, si lent, ne collait pas avec le rythme rapide du film. Du coup, nous situons l'action à l'est de la Gaule, sans plus de précision. Alex Lutz, qui prête sa voix à Téléférix, a proposé plusieurs accents. Alexandre a aimé celui-ci, j'étais moins convaincu, mais bon.»

Trois autres raisons de courir voir le film

Que cet acte d'helvétitude manqué ne vous freine pas, tant les raisons d'aimer ce film sont encore nombreuses. Comme:

1) Un bon méchant inspiré graphiquement du «Devin», mais plus terrible, avec la voix de Daniel Mesguich.

2) Un casting voix resté le même que pour «Le domaine des dieux», avec de nombreux ex de Kaamelott (le paysan joue Abrarcourcix, le Burgonde Obélix, le beau-père d'Arthur Cétautomatix, Arthur le chef des légionnaires Oursenplus, etc.). Seule différence fondamentale: Roger Carel, éternelle voix d'Astérix, a pris sa retraite, laissant la place à un autre Astérix au cinéma: Christian Clavier.

3) Des références à «Kaamelott» appuyées ou plus discrètes, viennent encore enrichir l'univers de Goscinny, comme cette désopilante discussion entre Astérix et Obélix, qui n'est pas sans rappeler celles entre Arthur et Perceval.

Bref, vous l'avez compris, cet Astérix est une potion de bonne humeur assurée.

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