23.03.2020 à 15:00

FootballAtalanta - Valence: le match qu’il n’aurait jamais fallu jouer

Le 19 février dernier, ce 8e de finale de Ligue des champions disputé à Milan a pu être un accélérateur dans la propagation du coronavirus en Lombardie et en Espagne.

Les supporters bergamasques à San Siro, le mardi 19 février dernier. Pour certains spécialistes, le match Atalanta - Valence a été «une bombe biologique».

Les supporters bergamasques à San Siro, le mardi 19 février dernier. Pour certains spécialistes, le match Atalanta - Valence a été «une bombe biologique».

AFP

Pour tous les amoureux de foot, l’inédit huitième de finale de Ligue des champions entre Atalanta et Valence a été un vrai moment de bonheur. Nombreux sont en effet ceux qui, à cette occasion, ont découvert avec plaisir le jeu spectaculaire et efficace de cette équipe italienne atypique où évolue le Suisse Remo Freuler. Ce mardi 19 février, la révélation de cette saison européenne avait d’ailleurs balayé Valence (4-1) et enchanté les spectateurs.

Un rendez-vous historique pour tous les supporters bergamasques, qui avaient été quelque 43'000 à s’être déplacés à Milan, au stade San Siro (le stade de Bergame n’est pas homologué pour de telles rencontres). Et personne n’imaginait bien sûr alors qu’il resterait à jamais inscrit dans toutes les mémoires pour d’autres raisons que strictement sportives. Car la question que la protection civile italienne et nombre de médecins se posent aujourd’hui fait froid dans le dos: et si la propagation express du virus était simplement due à cette rencontre?

Les supporters se sont mélangés

Plusieurs éminents spécialistes pensent en effet que cet match pourrait bien être l'une des causes majeures du chaos qui règne actuellement à Bergame. «J’ai entendu plein de théories (ndlr: à propos de la propagation plus rapide qu’ailleurs du virus dans la ville italienne), voici la mienne, a répondu Fabiano Di Marco, responsable du département pneumologie de l’hôpital Papa Giovanni XXIII de Bergame, au «Corriere della Sera». Ce 19 février, plus de 40'000 Bergamasques ont rejoint San Siro pour assister au match Atalanta - Valence. En bus, en train, en voiture. Atalanta - Valence a été une bombe biologique.»

En cause: la promiscuité entre supporters dans un métro milanais bondé, dans les tribunes, autour des food-trucks. Et pas seulement entre les sympathisants du même club, selon une journaliste présente ce soir-là. Alors que ce huitième de finale avait été placé à haut risque par l’UEFA, la rencontre dans le métro, puis devant le stade, entre supporters des deux camps s’était vite transformée en une réunion amicale où l’on s’échangeait les bières et les accolades. Or, parmi les quelque 2500 sympathisants espagnols, certains étaient très probablement déjà porteurs d'un virus qui était alors déjà bien présent dans la région de Valence, comme l’ont prouvé des autopsies faites une quinzaine de jours plus tard.

Sans parler uniquement des fans, puisque le journaliste espagnol Kike Mateu, atteint du coronavirus, était lui aussi à San Siro, où il a côtoyé ses confrères et consœurs dans les coursives du stade et en salle de presse. Un virus qui circulait déjà chez les joueurs également. Si Ezequiel Garay (premier joueur infecté en Liga) n’était pas du voyage en Italie, près de 35% de l’effectif de Valence est infecté aujourd'hui. Cela fait déjà bien des coïncidences.

Plusieurs déclencheurs

Médecin à l’hôpital Umberto I de Rome, Francesco Le Foche n’écarte d’ailleurs pas non plus cette hypothèse. «Il y a probablement eu plusieurs déclencheurs et catalyseurs pour expliquer la diffusion du virus, explique-t-il au «Corriere dello Sport». Le match Atalanta - Valencia aurait très bien pu être l'un d'entre eux. Il a été le point culminant de l'euphorie collective dans une saison de football unique pour ce club. Un mois s'est écoulé depuis ce match, le timing est donc pertinent. Le regroupement de milliers de personnes, à quelques centimètres les unes des autres, se livrant à des manifestations d'euphorie comme des étreintes ou des cris, tout cela a pu favoriser la propagation du virus.»

André Boschetti

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