Publié

Crise de la detteAthènes n'obtient rien lors de sa tournée européenne

Malgré des signes défavorables, le premier ministre et le ministre des Finances grecs vont tenter de renégocier avec l'Europe le plan d'assistance internationale à la Grèce.

Le ministre des Finances grec Yanis Varoufakis espère obtenir le soutien des Allemands.

Le ministre des Finances grec Yanis Varoufakis espère obtenir le soutien des Allemands.

AFP

La tournée du ministre grec des Finances Yanis Varoufakis n'a rien fait pour éclaircir l'horizon d'une Grèce aux abois. L'entrevue ce jeudi 5 février avec son homologue allemand Wolfgang Schäuble a mis en lumière des désaccords, au lendemain de la décision de la BCE de couper une partie des vivres aux banques grecques.

«Nous ne sommes pas encore vraiment d'accord sur ce que nous devons faire maintenant», a reconnu Wolfgang Schäuble à Berlin lors d'une conférence de presse commune. Il pensait être tombé d'accord avec Yanis Varoufakis «sur le fait que nous sommes pas d'accord», mais même cela serait aller trop loin, l'a corrigé son visiteur grec.

«Nous sommes d'accord pour commencer des délibérations, en tant que partenaires», a rectifié Yanis Varoufakis. Autant dire pas grand-chose, alors que la situation financière d'Athènes paraît de plus en plus délicate, au lendemain d'une décision de la BCE qui coupe une partie de leurs vivres aux banques grecques.

Le ministère grec des Finances a déclaré que la décision prise par la BCE mercredi visait à mettre sous pression l'ensemble de l'Eurogroupe, l'instance qui réunit les ministres des Finances des 19 pays de la zone euro, pour qu'il conclue un accord profitant à la fois à Athènes et à ses partenaires.

Yanis Varoufakis était auparavant passé par Francfort, Rome, Paris et Londres tandis que son premier ministre Alexis Tsipras, visitait lui Rome, Bruxelles et Paris. Objectif: convaincre les Européens de renégocier la dette de 300 milliards d'euros (317 millards de francs) et de laisser Athènes en finir avec la rigueur qui bride la croissance.

Maigre bilan

En fin de parcours, le bilan n'est pas très convaincant. Une décote de la dette grecque n'est «pas d'actualité», a asséné Wolfgang Schäuble. Quant au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, il n'a pas ouvert la bouche à l'issue de sa rencontre avec Alexis Tsipras mercredi, tandis que le président français François Hollande a insisté tout autant sur «la solidarité» que sur «le respect des engagements pris». L'Italien Matteo Renzi s'est montré chaleureux envers Alexis Tsipras, mais sans prendre d'engagement.

Malgré ces signes défavorables, le premier ministre grec a réitéré dès son retour à Athènes qu'il allait renégocier avec l'Europe le plan d'assistance internationale à la Grèce, abondé par l'UE et le FMI, en respectant le programme de son parti et le vote des Grecs.

Wolfgang Schäuble a lui enjoint Athènes de continuer à négocier avec la Troïka, représentante tripartite (BCE, UE, FMI) des créanciers de la Grèce. Athènes ne veut plus y avoir affaire.

Prêts d'urgence

Athènes espérait que la BCE allait assurer pendant les mois à venir le financement des banques, lui laissant les coudées franches le temps de négocier avec ses partenaires. A Berlin, Yanis Varoufakis a répété que son pays avait besoin d'un «pont» financier jusqu'à fin mai, pour avoir «un peu d'air» pendant les négociations.

La BCE a envoyé un geste politique fort mais ne laisse pas le système bancaire grec à sec. Selon une source bancaire, elle est prête à accorder, par le biais de la banque de Grèce, jusqu'à 60 milliards d'euros de prêts d'urgence aux banques grecques.

Pour le président de la Bundesbank allemande, Jens Weidmann, le financement d'urgence des banques grecques doit être considéré comme une mesure temporaire. Ce mécanisme peut être interrompu si une majorité des deux tiers du Conseil des gouverneurs de la BCE en décide ainsi. Mais une telle décision pourrait provoquer probablement l'effondrement rapide du système bancaire grec, et peut-être la sortie de la Grèce de la zone euro.

(ats)

Ton opinion