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Crise de la detteAthènes refuse de brader sa souveraineté

La Commission européenne a annoncé samedi qu'elle voulait renforcer la surveillance des finances publiques grecques, mais Athènes s'inquiète de perdre sa souveraineté.

Les tractations avec le lobby bancaire mondial pourrait déboucher sur un accord la semaine prochaine.

Les tractations avec le lobby bancaire mondial pourrait déboucher sur un accord la semaine prochaine.

Keystone

Perdant manifestement patience vis-à-vis de la Grèce, plusieurs pays de la zone euro, dont l'Allemagne, veulent un contrôle européen de son budget. Athènes ne l'entend pas de cette oreille.

"La Commission est résolue à renforcer à nouveau ses capacités de surveillance et est en train d'accroître ses capacités sur le terrain", a déclaré le porte-parole des affaires économiques de la Commission, Amadeu Altafaj. Les décisions doivent toutefois "rester de la pleine responsabilité du gouvernement grec", a-t-il nuancé.

Plus tôt dans la journée, une source européenne sous couvert d'anonymat avait évoqué "des discussions et des propositions au sein de la zone euro, dont une de l'Allemagne" pour intensifier la surveillance de la Grèce, avec notamment une "expertise externe sur place" pilotée par les institutions européennes et qui serait dotée de "certains pouvoirs de décision".

Allemands divisés

Le ministère allemand des Finances n'a fait aucun commentaire. En revanche, en Allemagne, les politiciens restent divisés.

"Confier directement des mesures d'économies à des représentants étrangers en contournant les institutions démocratiques du pays, et cela durant 10 ans, cela ne marchera pas", a déclaré au "Frankfurter Allgemeine Sonntagzeitung" Florian Toncar, vice-président du groupe parlementaire FDP, le parti libéral allié de Mme Merkel.

Au contraire, pour Martin Schulz, le président du Parlement européen et membre du parti social-démocrate SPD, interrogé par le même journal, "la Grèce va devoir vivre avec le fait que ceux qui donnent beaucoup d'argent pour assainir le pays doivent davantage être inclus dans les décisions sur la répartition" de cet argent. Cela signifie "sûrement une limitation temporaire de sa souveraineté", a-t-il ajouté.

A Athènes, des sources gouvernementales grecques ont refusé toute perte future de souveraineté budgétaire. "La Grèce ne discute pas d'une telle éventualité, il est exclu que nous l'acceptions, ces compétences sont de la souveraineté nationale", ont-elles souligné. Ces sources ont également fait valoir qu'une telle prise de contrôle "requerrait une modification des traités européens".

Vers un accord

Les créanciers privés de la Grèce se sont pour leur part déclarés samedi proches d'un accord avec le gouvernement grec sur un abandon partiel de leurs droits via un échange de titres. Les discussions pourraient aboutir dans le courant de la semaine prochaine, selon le communiqué de l'Institut de la finance internationale (lfi).

L'objectif des négociations avec les banquiers et les assureurs est que ces derniers renoncent à une partie de leurs créances afin d'alléger le fardeau de la dette du pays, menacé de faillite. L'UE et le Fonds monétaire international exigent un tel accord avant de débloquer une nouvelle aide financière, probablement supérieure aux 130 milliards d'euros initialement envisagés.

Athènes espère pouvoir présenter le cadre d'un accord lors du sommet européen de lundi en vue d'un aval de ses partenaires et bailleurs de fonds publics qui insistent pour que l'opération assure au final la baisse de la dette souveraine aux alentours de 120% du PIB en 2020 contre 160% actuellement.

Mise sous tutelle depuis mai 2010 par la zone euro et le FMI en échange de son maintien sous perfusion financière pour lui éviter la faillite, la Grèce négocie actuellement sur deux fronts.

D'une part, elle marchande avec ses créanciers privés, d'autre part, elle négocie avec ses bailleurs de fonds publics pour la mise en oeuvre d'un second plan d'aide, promis par les Européens, mais dont le versement dépendra de ses efforts pour se réformer. Tractations

Samedi, le ministre grec des Finances Evangelos Venizelos a participé à une nouvelle rencontre avec la "troïka" composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI).

Selon l'agence de presse grecque Ana, les discussions menées jusqu'ici au niveau du ministère grec du Travail butent sur les exigences de la "troïka" de baisses de salaires dans le privé.

(ats)

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