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JusticeAttac réclame réparation après son espionnage par Nestlé

L'affaire de l'espionnage d'Attac par Securitas sur mandat de Nestlé passe devant la justice civile à Lausanne. Les militants exigent entre autres d'être dédommagés.

Manifestation devant le siège de Nestlé à Vevey

Manifestation devant le siège de Nestlé à Vevey

Deux ans et demi après le classement du volet pénal de l'affaire d'espionnage de l'organisation internationale par Nestlé, la justice vaudoise se penche à nouveau sur le dossier. Neuf membres de la section vaudoise d'Attac se sont présentés mardi devant la Cour civile du Tribunal de Lausanne pour réclamer des réparations pour atteinte à leur sphère privée. La «taupe» de Securitas qui les a espionnés durant la rédaction d'un livre contre Nestlé a témoigné devant le tribunal. Le procès se poursuit mercredi.

S'estimant lésés dans leur droit à la protection de la personnalité, les altermondialistes réclament au total 27'000 francs de dommages et intérêts. Tous se sont dit très «affectés» suite à l'infiltration par une agente de Securitas de leur groupe de travail occupé en automne 2004 à la rédaction d'un ouvrage critique contre Nestlé, intitulé «Attac contre l'empire Nestlé».

Sentiment d'insécurité

Les intéressés ont tous évoqué un sentiment d'insécurité, de trahison, de méfiance et même des angoisses suscitées par cette affaire. «Cette invasion de mon espace personnel et professionnel m'a profondément choquée. Si des entreprises réalisant des milliards de bénéfice peuvent ainsi nous surveiller, cela veut dire que des siècles de luttes citoyennes ne comptent pour rien. Cela signifie pour moi un échec personnel», a expliqué l'écrivain et militante franco-américaine Susan George, actuellement présidente d'honneur d'Attac.

D'après un ex-secrétaire de l'organisation, la crédibilité d'Attac suisse a également souffert de cette infiltration. Il lui est devenu difficile d'obtenir des informations et ses activités ont par conséquent été freinées. Un climat de suspicion s'est installé au sein de l'organisation, engendrant de nombreuses discussions sur les mesures à prendre.

Convoquées à la barre, deux des «taupes» de Securitas ayant infiltré Attac ont fait faux bond, invoquant notamment leur crainte d'être exposées au «lynchage médiatique» et leur inquiétude pour leur intégrité physique. Seule «Sara Meylan», l'agente qui avait infiltré sous un faux nom le groupe de travail rédigeant le livre, s'est présentée devant la justice.

Profils détaillés

L'espionne a reconnu avoir rédigé de nombreux rapports sur les réunions du groupe et s'être rendue aux domiciles des membres où elles avaient lieu. Elle a admis avoir établi des profils détaillés des rédacteurs. «Ils ne m'ont jamais rien demandé. Ils avaient confiance en moi». Elle a mis fin à sa mission parce qu'il était devenu très compliqué de mener une double vie.

L'un des anciens responsables du service de communication de Nestlé a quant à lui affirmé avoir ignoré cette opération d'infiltration. Il pensait relire des projets du livre à des fins de correction, a-t-il assuré. Son supérieur a quant à lui déclaré qu'il ne s'était plus occupé des questions de sécurité après le G8 d'Evian en été 2003.

L'affaire avait été révélée en juin 2008 par l'émission «Temps Présent» de la Télévision suisse romande (TSR). Il apparaissait qu'une agente de Securitas, agissant sous le couvert d'un faux nom, avait infiltré le groupe de travail à partir de l'été 2003 pour le compte de Nestlé.

Après plusieurs rebondissements, l'affaire a été définitivement classée sur le plan pénal en été 2009. L'ancien juge d'instruction cantonal vaudois Jacques Antenen a rendu une ordonnance de non-lieu, estimant que la seule infraction pénale susceptible d'entrer éventuellement en ligne de compte dans cette affaire - une violation de la loi sur la protection des données - était prescrite, ce qui entraînait le classement de la procédure pénale.

(ats)

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