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MaliAttentat à Bamako: les deux soldats suisses dans un état critique

Le groupe islamiste Al-Mourabitoune, dirigé par Mokhtar Belmokhtar, a revendiqué samedi l'attentat qui a fait cinq morts à Bamako. Les deux militaires suisses blessés sont dans un état critique et ont été transférés à Dakar.

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Les deux soldats suisses sont arrivés dimanche 8 mars à l'aéroport de Berne-Belp à bord d'un avion de la REGA. (Photo d'illustration)

Les deux soldats suisses sont arrivés dimanche 8 mars à l'aéroport de Berne-Belp à bord d'un avion de la REGA. (Photo d'illustration)

Keystone
L'intérieur du bar-restaurant «La Terrasse», un établissement apprécié des expatriés à Bamako. (Samedi 7 mars 2015)

L'intérieur du bar-restaurant «La Terrasse», un établissement apprécié des expatriés à Bamako. (Samedi 7 mars 2015)

Keystone
Le bar-restaurant «La Terrasse». (Samedi 7 mars 2015)

Le bar-restaurant «La Terrasse». (Samedi 7 mars 2015)

AFP

Les islamistes ont revendiqué ce samedi 7 mars l'attentat sur le site internet mauritanien d'informations Al Akhbar. Le site mauritanien, qui reçoit fréquemment les communiqués des groupes djihadistes, précise détenir une vidéo qu'il diffusera plus tard. Le groupe Al-Mourabitoune a été fondé en 2013 par l'islamiste algérien Mokhtar Belmokhtar.

Selon la police malienne, au moins un homme armé est entré peu après minuit dans le bar-restaurant «La Terrasse», un établissement apprécié des expatriés, et a ouvert le feu. Il est ensuite monté à bord d'un véhicule dans lequel un complice l'attendait, a raconté un officier de police présent sur place.

Ils ont continué à tirer alors qu'ils fuyaient et ont jeté une grenade contre un véhicule de la police, a-t-il ajouté. Au total, deux étrangers - un Français et un Belge travaillant comme officier de sécurité de la délégation de l'Union européenne (UE) à Bamako - et trois Maliens ont été tués dans cette opération.

La police a bouclé la rue du restaurant en raison de la présence de grenades qui n'ont pas explosé. Deux suspects ont peu après été arrêtés par la police malienne. Mais il s'agissait de délinquants maliens de droit commun. Ils ne sont «pas impliqués» dans l'attentat, a appris l'AFP de source policière.

Militaires suisses transférés à Dakar

Une dizaine de personnes ont également été blessées. Parmi elles figurent deux militaires suisses - un Romand et un Alémanique - en habits civils, blessés par des tirs. Ces deux experts en munitions sont actuellement dans un état «stable mais critique», selon le Centre de compétences de l'Armée suisse pour les missions à l'étranger (SWISSINT).

Ils ont d'abord été pris en charge d'urgence et opérés par des médecins de l'ONU à Bamako puis ont été transférés à Dakar au Sénégal voisin. L'armée est en contact avec la Rega pour les rapatrier en Suisse dès que leur état sera «suffisamment» stable, a précisé à l'ats une porte-parole de SWISSINT.

Un troisième militaire suisse se trouvait dans le restaurant au moment de l'attaque. Il n'a pas été blessé et restera au Mali.

Une source policière malienne citée par l'AFP a par ailleurs rapporté qu'une Suissesse a été «très grièvement touchée» dans l'attaque. Cette information n'a toutefois pas pu être confirmée dans l'immédiat. Selon SWISSINT, les Suisses n'étaient pas la cible directe de l'attaque.

Nombreuses condamnations

La Suisse a «condamné fermement» cet attentat. Le chef de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) Mongi Hamdi a dénoncé une «attaque odieuse et lâche», précisant que parmi les blessés se trouvaient «deux experts internationaux travaillant avec le Service des Nations unies de lutte contre les mines (UNMAS) de la Minusma».

Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders a condamné «cette terreur lâche, ignoble». «Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour aider les autorités maliennes à ramener le calme. C'est désastreux de voir que dans très nombreux endroits du monde cette terreur continue de frapper lâchement», a-t-il ajouté.

«Ce crime renforce notre détermination à lutter contre le terrorisme, sous toutes ses formes», a renchéri son homologue français Laurent Fabius. Le président François Hollande, qui a condamné «avec la plus grande force le lâche attentat perpétré cette nuit», va «offrir l'aide de la France (...) dans la lutte contre le terrorisme» au président malien Ibrahim Boubakar Keïta, selon un communiqué de l'Elysée.

Les présidents français et malien ont aussi décidé de prendre des mesures communes pour renforcer la sécurité au Mali. Présent à Paris, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a lui aussi fustigé une attaque «horrible et lâche». En soirée, le Conseil de sécurité de l'ONU a «condamné avec la plus grande fermeté» l'attentat qualifié de «terroriste».

Baisse d'intensité

Le nord du Mali était tombé au printemps 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda. Ils ont été en grande partie chassés par l'opération Serval, à laquelle a succédé en août 2014 l'opération Barkhane, dont le rayon d'action s'étend à l'ensemble de la zone sahélo-saharienne.

Des zones entières du nord du pays échappent encore au contrôle du pouvoir central, mais les attaques djihadistes, qui s'étaient multipliées depuis l'été, notamment contre la Minusma, ont diminué d'intensité. L'attentat se produit au moment où la rébellion à dominante touareg est sous forte pression internationale pour parapher d'ici la fin du mois un accord pour la paix, comme l'a déjà fait le gouvernement malien le 1er mars à Alger.

Soldats suisses blessés à l'étranger

L'attaque contre un restaurant de Bamako constitue la deuxième opération dans laquelle des militaires suisses sont blessés à l'étranger. En septembre 2004, deux soldats avaient été légèrement blessés dans une attaque à la roquette en Afghanistan.

Cette attaque avait alors visé une base de l'armée allemande à Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, blessant également trois Allemands. Les soldats suisses participaient à un projet de reconstruction.

D'autres soldats ont été blessés ou ont perdu la vie lors d'engagements à l'étranger, mais souvent lors d'accidents. Le Centre de compétences de l'Armée suisse pour les missions à l'étranger (SWISSINT) a ainsi recensé cinq accidents mortels ces 60 dernières années: trois accidents de la route, un de baignade et un crash d'hélicoptère en Géorgie.

Deux militaires suisses se sont par ailleurs suicidés lors de missions à l'étranger, ajoute SWISSINT.

(ats)

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