Hockey sur glace: Au Canada, ils se fichent du Mondial
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Hockey sur glaceAu Canada, ils se fichent du Mondial

Au pays du hockey, il n'y a pas de passion pour le championnat du monde et la sélection qui fera face à la Suisse en quart de finale jeudi à Kosice.

par
Emmanuel Favre
Le Mondial est considéré par nombre de Canadiens comme celui des joueurs exclus des play-off de NHL.

Le Mondial est considéré par nombre de Canadiens comme celui des joueurs exclus des play-off de NHL.

AFP

Il suffit de tendre l'oreille, ou le deux, dans le train, au bureau ou au bistrot: en Suisse, le quart de finale des Championnats du monde entre le Canada et la sélection de Patrick Fischer est devenu un sujet de débat.

-Dis, tu crois que la Suisse peut refaire le coup de l'an dernier, battre les Canadiens et espérer décrocher une médaille?

-C'est clair, t'as vu les joueurs qu'on a!

-Ouais, mais les Canadiens aussi, ils doivent avoir pas mal de joueurs de la NHL.

-On verra bien...

-Oui, on verra.

Jeudi, dès 16h, de Scuol à Herzogenbuchsee, de Melide à Naters, la Suisse sera hockey. On reverra même des chandails de l'époque où Didier Massy était hockeyeur et de celle où Reto Pavoni s'illustrait devant le filet.

Laurent Perroton, le consultant de la RTS à Genève, se produira probablement devant un public record et les bars sportifs se rempliront dès la sortie des bureaux. Il n'y aura plus grand monde pour rabâcher cette phrase si souvent entendue d'un ton narquois: le hockey, au mois de mai, c'est nul. En réalité, le hockey au mois de mai n'a jamais été nul: il était simplement un peu moins affriolant quand il était écrit d'avance que les hockeyeurs à croix blanche allaient perdre 3-1 en quart de finale contre la Slovaquie.

Le climat, et on ne fait pas référence à celui qui se traduit sur un thermomètre, sera fort différent dans le pays des adversaires de la Suisse.

«C'est quoi, c'te game?»

Au Canada, les bars sportifs, quand ils seront ouverts, seront aussi peu garnis que le crâne de Kojak. Alors qu'il fallait faire preuve de patience, voire de roublardise, afin de dénicher une table pour assister à un match des Mondiaux M20 en décembre et en janvier, ou pour assister à une partie du championnat de NHL, il sera aisé de s'asseoir à la meilleure table de la Cage du Centre Bell à Montréal pour revoir Nico Hischier dans l'uniforme helvétique. Et si un autre client devait entrer, il demandera très probablement: «C'est quoi, c'te game?»

«C'est un peu le même phénomène tous les ans, témoigne Jean-François Chaumont, journaliste au «Journal de Montréal», qui suit les activités du Canadien sur une base quotidienne. Ce tournoi ne suscite pas de passions au Canada en raison de sa date. Les Mondiaux se déroulent en même temps que les séries de la NHL.» Il suffit de tourner les pages du «JDM» pour mesurer les propos de Chaumont: une grosse photo, une colonne de texte sur le Canada et une ligne sur le fait que la sélection d'Alain Vigneault se frottera à la Suisse en quart de finale. Mais au moins, il est écrit «Suisse», et non pas «Suède».

Notre interlocuteur brandit un autre argument pour expliquer le fait que le duel entre l'unifolié et la Suisse suscite autant de passion qu'un concert de Jeannot et son accordéon au pays du hockey. «Pour nous, c'est le championnat du monde des joueurs exclus, de ceux qui ne prennent pas part aux séries.» Il ajoute: «En plus, plusieurs gros noms comme Crosby, McDavid, Marner, Letang, Giordano et Price ont refusé de s'y rendre. Il n'y a donc pas de fibre patriotique pour le Mondial.» Chroniqueur au «Journal de Montréal», Marc De Foy abonde dans le même sens: «On accorde plus d'importance au tournoi olympique et à la Coupe du monde qu'au Mondial.»

On a quand même trouvé un site Internet canadien qui semble accorder de l'importance à l'avant-dernier tournoi de l'ère Fasel: celui de Hockey Canada...

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