Royaume-Uni: Au congrès des Tories, le Brexit divise

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Royaume-UniAu congrès des Tories, le Brexit divise

Les députés conservateurs ayant voté avec l'opposition pour obliger Boris Johnson à repousser le Brexit en cas de «no deal» ont été vilipendés lundi.

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La large victoire promise au Premier ministre conservateur britannique Boris Johnson aux législatives lui laisse les coudées franches pour définir quel type de Brexit il compte mettre en oeuvre, en restant plus ou moins proche de l'UE. (Vendredi 13 décembre 2019)

La large victoire promise au Premier ministre conservateur britannique Boris Johnson aux législatives lui laisse les coudées franches pour définir quel type de Brexit il compte mettre en oeuvre, en restant plus ou moins proche de l'UE. (Vendredi 13 décembre 2019)

AFP
Une diplomate britannique chargée du Brexit à l'ambassade de Washington a démissionné, fatiguée des «demi-vérités». (Vendredi 6 décembre 2019)

Une diplomate britannique chargée du Brexit à l'ambassade de Washington a démissionné, fatiguée des «demi-vérités». (Vendredi 6 décembre 2019)

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Le débat télévisé de vendredi était le dernier avant les législatives anticipées de jeudi. En toile de fond, le Brexit était présent. (6 décembre 2019)

Le débat télévisé de vendredi était le dernier avant les législatives anticipées de jeudi. En toile de fond, le Brexit était présent. (6 décembre 2019)

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«Emprisonnez-les!»: au congrès annuel des conservateurs britanniques, des militants ont vilipendé les 21 députés modérés qui ont aidé l'opposition à contrarier la stratégie du Premier ministre Boris Johnson sur le Brexit, signe des profondes fractures sur la sortie l'UE au sein des tories.

Leur tort? Avoir voté avec l'opposition une loi obligeant le chef de gouvernement à demander à Bruxelles un report de trois mois du Brexit en l'absence d'accord de divorce avec Bruxelles le 19 octobre, afin d'éviter des retombées potentiellement chaotiques pour l'économie britannique.

«Ils ont agi (...) contre l'intérêt national», a accusé le député Steve Baker, Brexiter dans l'âme, lors d'un événement en marge de la grand-messe annuelle des conservateurs, qui se tient jusqu'à mercredi à Manchester (nord-ouest de l'Angleterre) en l'absence de nombre de ces modérés.

Ses propos ont déclenché la colère de participants - «Emprisonnez-les!» - qu'il a appelés à la «modération». Avant de poursuivre: «l'adoption de (cette loi) a radicalement changé l'attitude de l'UE» dans les négociations sur un accord, désormais moins disposée à faire des concessions selon lui.

«Capitulation abjecte»

Début septembre, Boris Johnson avec exclu sans autre forme de procès ces 21 députés de son Parti conservateur, dont des poids lourds comme l'ex-ministre des Finances Philip Hammond ou Nicholas Soames, le petit-fils de Churchill, héros du conservatisme britannique révéré par Boris Johnson. Une purge sans précédent pour la formation pourtant en proie à des décennies de divisions sur l'UE.

N'hésitant pas à recourir à une rhétorique belliqueuse, le chef de gouvernement a dénoncé une «loi de capitulation abjecte». Il a assuré qu'il la respecterait... tout en excluant de reporter le Brexit, actuellement prévu pour le 31 octobre.

Au congrès, les conservateurs semblent tous se rallier derrière leur porte-parole en chef. «Réalisons le Brexit» («Get Brexit done» en anglais), répètent-ils à l'envi. «Je ne reconnais plus ce parti de radicaux», a récemment regretté Philip Hammond dans le journal «The Times». «Finie, la coalition détendue accueillant une diversité de courants, unie par la foi dans le libre-échange, l'ouverture des marchés, la discipline fiscale et la peur des effets pernicieux du socialisme. (...) A la place, il y a un puritanisme idéologique qui ne tolère aucune différence d'opinion».

«Partez!»

L'ancien chancelier de l'Echiquier n'a pas fait le déplacement à Manchester, tandis que d'autres, maintenus à l'écart des interventions officielles, ont tenu à faire entendre leur voix discordante. Trois d'entre eux ont pris la parole lundi soir dans une salle comble en marge du congrès, plaidant pour un Parti conservateur plus tolérant et pragmatique.

«Le parti est devenu beaucoup plus agressif, il recherche beaucoup plus la confrontation et il est beaucoup plus clivant», a dénoncé l'ex-ministre de la Justice David Gauke. «Nous ne sommes plus le parti de Churchill, nous sommes davantage le parti de Trump», a-t-il déploré, déclenchant des applaudissements mais aussi des «n'importe quoi!» dans l'audience.

Pour le député Dominic Grieve, un des meneurs de la fronde parlementaire sur le Brexit, l'atmosphère délétère «est carrément encouragée par le leader du Parti conservateur (Boris Johnson)». Pendant son intervention, il a reçu un message sur son téléphone portable qu'il a lu à haute voix: «Vous êtes un traitre infâme». «Ce n'est pas très gentil», a-t-il commenté, en souriant.

Un choc «catastrophique»

Défendant un accord de sortie, sans lequel le Royaume-Uni risque de subir un choc «catastrophique» dans un mois, Dominic Grieve a estimé qu'être loyal au parti signifiait de faire primer l'intérêt du pays «quand c'est nécessaire». «J'ai perdu la bataille. Le parti a décidé qu'il veut quitter l'UE», a lui concédé l'europhile Alistair Burt, ancien secrétaire d'Etat au ministère des Affaires étrangères. «Mais ce processus (du Brexit) est devenu une obsession au point de toucher à l'irrationalité, ce qui m'inquiète vraiment», a-t-il regretté.

Pourtant, la stratégie de Boris Johnson d'appeler du pied les électeurs partisans du «Leave» semble faire mouche: les sondages donnent aux tories une dizaine de points d'avance par rapport au Parti travailliste, dans l'opposition.

Le moral de la finance britannique au plus bas depuis 2008

La confiance des entreprises du secteur financier britannique est tombée en septembre à un plus bas depuis la crise internationale de 2008 en raison des incertitudes entourant le Brexit, selon une étude publiée mardi. Ce secteur est l'un des plus puissants de l'économie britannique.

(AFP)

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