Football - Au FC Sion, il est cette fois minuit moins cinq
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FootballAu FC Sion, il est cette fois minuit moins cinq

Tenu en échec par Lausanne (1-1), le club valaisan n’a pas su profiter de la défaite de Vaduz. Il devient toujours plus difficile d’y croire. Même si rien n’est perdu mathématiquement…

par
Nicolas Jacquier

Quand on possède une balle de match - voire carrément de maintien -, mieux vaut la transformer sans sourciller. C’est précisément ce que n’est pas parvenu à faire un FC Sion pour lequel les planètes s’étaient pourtant alignées la veille avec les défaites conjointes de Saint-Gall et surtout Vaduz.

Mais les Valaisans, s’ils n’ont pas perdu leur bâton d’immunité contre Lausanne, n’ont pas pu fêter cette victoire qui leur aurait permis d’abandonner la lanterne rouge en se glissant dans la place - tellement désormais enviée - de barragiste.

Cela ne signifie nullement que Sion est condamné après cette 32e journée: si l’étau se resserre, le maintien demeure possible, en tout les cas mathématiquement (il reste 12 points en jeu), mais son opération sauvetage s’avère toujours plus compliquée à envisager. Christian Constantin a toujours affirmé qu’il faudrait atteindre la barre des 40 points pour se sauver. Son équipe en comptant 31, on vous laisse effectuer le calcul sans erreur...

Pour la lanterne rouge de Tourbillon, il va surtout falloir encaisser les conséquences de ce nouvel échec à domicile - Sion en reste à une seule victoire obtenue chez lui en 2021, ce qui en fait une moyenne de relégué - avant d’entreprendre le très périlleux voyage de Saint-Gall, alors qu’un succès n’aurait pas manqué de renforcer la dynamique positive qui avait accompagné ses dernières sorties.

Le nouveau penalty raté de Grgic

On parle ici d’une balle de match non transformée, mais le pluriel collerait mieux à la réalité, tant Sion s’en est créé un nombre impressionnant, qu’il a toutes galvaudées avec une régularité désespérante. A l’image du penalty raté de Grgic, pas son premier de la saison. Le No 14 en a certes réussi quatre, mais il avait aussi connu deux échecs précédemment (contre Bâle et Zurich).

Trop facile à lire pour un gardien, sa frappe a été arrêtée presque «logiquement» par Mory Diaw, qui a su anticiper les intentions du tireur. Dans ces circonstances, pourquoi ne pas avoir confié à Hoarau la transformation du penalty? Peut-être l’attaquant aurait-il dû s’emparer lui-même du cuir…

Avant cela, Karlen, lui aussi très malheureux durant tout son après-midi, n’avait pas su exploiter une sortie de Diaw boxant du genou la tête du malheureux Nanizayamo (victime d’un traumatisme crânien). Jusqu’à la fin, si l’on songe au raté ahurissant de Martic, trouvant moyen d’expédier une mine par dessus, là où un plat du pied semblait s’imposer naturellement (85e), les protégés de Marco Walker ont souffert de leur manque d’efficacité à convertir les occasions qui se sont présentées. Lorsque l’on lutte pour sa survie, voilà qui ne pardonne pas. Il n’est pas question ici d’état d’esprit – rien ne peut leur être reproché dans ce domaine – mais de déficit technique.

Lausanne est en train de refuser l’Europe

Ce derby, peut-être le dernier pour Sion dans l’élite, devait aussi montrer les difficultés rencontrées par les Valaisans à faire le jeu quand ils en ont la possibilité. Un jeu qu’ils ont d’abord refusé d’ailleurs, préférant agir en ruptures, miser sur les balles arrêtées ou spéculer sur une erreur adverse en première période. Quand il s’agit de mettre le pied sur le ballon dans l’intention d’amorcer un mouvement construit, personne ne sait vraiment quoi faire ni comment procéder… D’où un nombre élevé de ballons joués trop systématiquement en retrait, souvent jusqu’à Fickentscher, un gardien transformé en distributeur par ses relances au pied.

Paradoxalement, il aura ainsi fallu attendre la seconde mi-temps, plus débridée, pour voir Sion enfin lâcher la bride et se mettre à jouer à l’énergie, fût-elle du désespoir. Dans ce registre, Jared Khasa, multipliant les déboulés, n’a pas été le moins avare de ses efforts.

Dans cette opposition de styles, Lausanne allait proposer un jeu plus conventionnel, plus soigné aussi mais guère plus efficace. A force de répéter que leur objectif se bornait au seul maintien et qu’un strapontin européen relevait d’une invention sinon d’un délire journalistique, les Vaudois sont peut-être en train de passer à côté d’une magnifique opportunité qui leur tendait les bras.

Plus fort quand tout paraît perdu?

Si le néo-promu vaudois peut continuer cahin-caha son bonhomme de chemin sans se soucier du classement, le compte à rebours est enclenché en Valais. Avec un tunnel devenu chaque week-end plus sombre et une lumière toujours plus lointaine.

Adepte du quitte ou double, son exercice favori, Sion se retrouve plus que jamais plongé dans son élément. Celui où, placé au pied du mur, il est le plus fort? Cela reste à prouver. S’il relève le défi, on parlera d’exploit. Si le destin l’expédie en Challenge League, on dira que c’était couru d’avance. Dans les deux cas, une escouade d’experts ne manquera pas de glisser à l’oreille de Christian Constantin tout ce qu’il devrait changer dans sa gouvernance, oubliant qu’il ne changera jamais. Parce qu’il est ainsi fait et que Sion restera à jamais Sion, unique et à nul autre pareil, faisant qu’on peut autant l’aimer que le maudire.

En attendant, il est dorénavant minuit moins cinq, le grand balancier du destin fait inexorablement résonner son tic-tac et il reste quatre échéances - Saint-Gall et Lugano à l’extérieur, Lucerne et Bâle à la maison - pour éviter la chute finale. A Sion de se persuader que c’est encore possible, même si cela devient toujours plus difficile d’y croire.

Il reste pourtant 12 points à prendre. Bien assez pour se sauver mais bien trop peu pour galvauder la prochaine balle de match.

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