FOOTBALL - Au FC Sion, le coach doit d’abord savoir jongler
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FOOTBALLAu FC Sion, le coach doit d’abord savoir jongler

Accroché par Lucerne, Sion, qui a parfois proposé de belles séquences, n’est pas parvenu à remporter son match du rachat (1-1). A Tourbillon, Marco Walker dirige un contingent pléthorique qui ne facilite pas la cohésion.

par
Nicolas Jacquier

On ne peut s’empêcher d’avoir une chaleureuse pensée pour le speaker officiel de Tourbillon, qui a usé de tous les artifices et s’est donné beaucoup de peine jeudi soir pour chauffer une ambiance glaciale teintée d’indifférence. Cela ne devait nullement décourager le préposé au micro ni empêcher celui-ci de lancer l’une de ses tirades favorites quelques secondes avant le coup d’envoi: «Un tonnerre d’applaudissements pour l’entrée des joueurs du FC Sion», l’a-t-on entendu hurler à l’intention d’une foule inexistante. En lieu et place, clap, clap, clap discret d’une poignée de fans goguenards, et c’est tout, presque déjà trop. Dans la sinistrose ambiante, on aurait entendu une escadrille de diptères voler…

Pour le FC Sion, on doit à la vérité d’affirmer que le contexte lui-même - retrouver Tourbillon après la déculottée subie en Coupe (4-0 contre le SLO) – s’avérait particulier, peu propice à l’expression collective. Reconnaissons lui d’y être pourtant en partie parvenu. Contre des Lucernois branchés sur l’alternatif, tout n’a bien sûr pas été frappé du sceau de l’excellence - ne rêvons quand même pas – mais tout n’était pas à jeter non plus. A défaut de se rassurer dans les points, les Valaisans ont pu trouver quelques motifs de satisfaction, nichés notamment dans leur faculté de résilience et de rebondir, ce qui n’était pas gagné d’avance après avoir vécu un tel traumatisme.

Gradins toujours plus clairsemés

Il faut répéter ici que l’environnement n’incitait pas forcément au dépassement de soi. Entre bouderies des supporters, grève des ultras, demeurés à l’extérieur du stade en guise de boycott contre la nouvelle politique en matière de billets personnalisés instaurée cette saison, feux d’artifices et pétarades tirés derrière des gradins toujours plus clairsemés - l’annonce des 4000 spectateurs très généreusement recensés a fait sourire la maigre assistance –, Sion a dû constamment slalomer pour mieux s’adapter.

Les ultras ont offert un feu d’artifices tiré derrière la tribune nord. Jeudi soir, il y a souvent eu plus de bruits et d’animation à l’extérieur de Tourbillon que sur la pelouse. 

Les ultras ont offert un feu d’artifices tiré derrière la tribune nord. Jeudi soir, il y a souvent eu plus de bruits et d’animation à l’extérieur de Tourbillon que sur la pelouse.

Martin Meienberger/freshfocus

Eu égard à ce que ses joueurs ont su proposer par bribes, sans doute aurait-il mérité de remporter son match du rachat, un match qu’il aurait néanmoins tout aussi bien pu perdre si les attaquants de Fabio Celestini s’étaient montrés plus inspirés à la finition. Un constat aussi valable pour Wesley, se brisant deux fois sur le portier lucernois.

Du cœur à l’ouvrage

Le locataire de Tourbillon a cependant montré suffisamment de coeur à l’ouvrage, de caractère en partie retrouvé et parfois de savoir-jouer pour s’extraire d’une crise dans laquelle l’aurait enfoncé un nouvel échec.

On peut aisément le deviner, le rendez-vous était aussi important sinon décisif pour Marco Walker, qui y jouait en partie son avenir sur le banc valaisan. Autant le coach s’était fourvoyé dans ses choix samedi à la Pontaise, autant il a davantage eu la main heureuse en relançant par exemple Hoarau. Afin d’asseoir son autorité et envisager la suite avec davantage de sérénité, il va surtout lui falloir jongler avec un effectif pléthorique.

S’il convient toujours de se méfier d’un FC Sion qui n’est jamais là où on l’attend, son entraîneur est confronté à la quadrature du cercle des footballeurs disparus, placardisés, relancés ou anonymes, victimes d’une politique de brassage permanent qui ne facilite pas une cohésion et la recherche d’une formation-type.

Déjà… 28 joueurs utilisés

Jeudi soir, le prometteur Vagner Dias, international cap-verdien débarqué de Metz (L1), est-il ainsi devenu le 28e joueur déjà utilisé par le FC Sion depuis le début du championnat – ne cherchez pas, aucun autre club n’en a consommé autant (Servette en est à 20 joueurs répertoriés tout comme Saint-Gall, Zurich à 21, Young Boys à 22, Lausanne à 24). Voilà qui ne surprendra personne tant le club valaisan, en multipliant les transferts dans l’espoir de réussir un coup qui lui garantirait le jackpot comme cela avait été le cas avec Matheus Cunha, fait de l’import-export de joueurs son fond de commerce. Une politique assumée qui ne date pas d’hier, le phénomène n’est pas nouveau.

Résultat? Depuis l’été 2017, pas moins de 137 éléments ont enfilé au moins une fois le maillot du FC Sion. A titre indicatif, Young Boys, dans la même période, n’en a utilisé que 103 pour aligner quatre titres de champion.

Un grand écart de nature à expliquer beaucoup de choses. Et qui condamne le jongleur Marco Walker à parfaire son art du bricolage perpétuel dès dimanche contre Grasshopper au Letzigrund.

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