04.08.2020 à 07:13

FootballAu final, le FC Sion n’aura joué qu’une demi-saison

En dominant Servette, le club valaisan a assuré son maintien directement, sans passer par les barrages. Voilà qui pose la question de son inconstance sur la durée d’un championnat.

par
Nicolas Jacquier

Quand Paolo Tramezzani a retrouvé le 2 juin dernier ce FC Sion qu’il avait dû quitter moins de trois ans plus tôt pour défaut de résultats, le technicien transalpin s’était vu assigner un seul objectif: le maintien du club valaisan dans l’élite helvétique à tout prix, peu importe comment. Que Sion n’ait pas dû emprunter la dangereuse voie du barrage pour atteindre cet objectif-là équivaut bien sûr à un énorme soulagement.

Joueurs, membres du staff et dirigeants ne s’y sont du reste pas trompés, fêtant à la Praille leur victoire inestimable comme une finale de Coupe. «C’est un poids qui est tombé», devait convenir Fickentscher dans les travées du Stade de Genève. Et bravo aussi au FC Zurich qui a pleinement joué le jeu contre Thoune et sans le coup de pouce duquel Sion serait toujours plongé dans les soucis ce matin. En signe de reconnaissance, les Valaisans seraient bien inspirés d’envoyer à Ludo Magnin une caisse de leur meilleur vin!

Tramezzani a donné tort aux sceptiques

Garantissant toujours la présence de trois clubs romands en Super League à la rentrée (le promu Lausanne y remplacera le relégué Xamax), cette délivrance représente aussi une revanche éclatante pour Tramezzani qui a réussi à surmonter pas mal d’obstacles et à vaincre les préjugés: pour cela, il a dû composer avec les nombreuses réticences que sa nomination avait suscitées pour donner tort aux sceptiques, dont nous faisions partie, reconnaissons-le.

A sa manière, sans jamais se laisser démonter, le Mister a su faire émerger un groupe suffisamment soudé qui, débarrassé des éléments qui le minaient de l’intérieur cet hiver encore, s’est retrouvé au bon moment. N’étant peut-être jamais aussi fort que dos au mur, lorsque tout parait lui échapper. Son mérite aura aussi été de relancer des éléments sur lesquels plus personne ne misait, à l’image de Bamert, d’Itaitinga ou d’Uldrikis, que l’on a senti impliqués comme jamais.

Paolo Tramezzani porté en triomphe par ses joueurs lundi soir à Genève.

Paolo Tramezzani porté en triomphe par ses joueurs lundi soir à Genève.

KEYSTONE

A Tourbillon, Tramezzani, qui a oeuvré dans l’urgence, l’enchaînement des matches le privant de pouvoir travailler sereinement durant la semaine à l’entraînement, s’est retrouvé en mission, condamné à rembourser la dette sportive qu’il avait contractée lors de son premier passage en Valais. Afin de se racheter de son échec initial, on l’a vu fédérer les énergies et il n’a pas dérogé à la ligne de conduite qu’il avait imposée à un groupe qui, en signe d’allégeance, ne l’a jamais lâché un retour. En dépit des critiques ayant pu sanctionner quelques performances moins abouties (contre Lugano et Thoune à domicile par exemple), ses joueurs n’ont jamais quitté le cercle vertueux ainsi formé, ne laissant personne y pénétrer pour semer le doute.

Pajtim Kasami, ce leader tant décrié

Si chacun a amené sa contribution à l’édifice, Fickentscher se faisant l’auteur lundi soir dans les ultimes secondes d’une parade permettant à Sion d’éviter les barrages, un homme a fait plus particulièrement la différence durant ces dernières semaines de combat. Cet homme, c’est Pajtim Kasami sans qui Sion n’en serait pas là aujourd’hui. Alors qu’il est pourtant en fin de contrat, le No7 de Tourbillon s’est pleinement investi là où d’autres, à sa place, auraient déjà levé le pied.

Présenté à tort comme un vil mercenaire quand on ne l’accuse pas de carrément traîner les pieds, le bonhomme a du génie au bout des crampons et quand il l’exprime, cela fait très mal, Servette pourrait en témoigner. Après la panne de courant qui avait plongé la Praille dans le noir, c’est lui qui a rallumé l’espoir. Très proche de Kasami avec lequel il a établi une relation de confiance très particulière, Tramezzani n’a pas manqué de saluer son héros comme il se doit. «Si on ne connait pas Pajtim, on ne peut pas imaginer la somme de travail qu’il réalise chaque jour pour être ce qu’il est.» Soit un joueur qui, lorsqu’il évolue à ce niveau, pourrait à nouveau prétendre à l’équipe de Suisse.

Pajtim Kasami a marqué le but de l’espoir, celui de l’égalisation, contre Servette lundi.

Pajtim Kasami a marqué le but de l’espoir, celui de l’égalisation, contre Servette lundi.

KEYSTONE

Alors que Servette n’avait pour sa part plus rien à prouver, ce final de folie, acquis au terme d’une soirée aussi riche en émotions qu’en suspense, ne doit pas occulter ce qu’aura été la saison 2019-2020 du FC Sion. Une saison ponctuée de hauts spectaculaires et de précipices vertigineux. Une saison durant laquelle Sion a surtout payé très cher ses longs mois d’égarements. Pour faire simple, les Valaisans ont réussi leur début – se retrouvant, avec Stéphane Henchoz sur le banc, co-leaders à égalité avec Bâle après sept journées - et leur fin de championnat, lorsqu’il leur a fallu cravacher pour sauver leur place en Super League (8 matches/15 points).

Un passage à vide de 21 matches

Entre les deux, un grand marasme à grands coups de n’importe quoi et de choix erronés, un interminable passage à vide de 21 matches (entre la 8e et la 28e journée) durant lesquels ils n’ont récolté que 8 points. On vous laisse faire le compte: si Sion n’avait pas remporté la palme de l’inconstance, son destin aurait pu être européen, ce qui doit autant aviver les regrets que susciter les bonnes questions.

Voilà qui en tout cas nécessite une indispensable prise de conscience afin de faire naître une nouvelle réalité dans un environnement qui promet d’être fluctuant. Car Sion, c’est certain, va considérablement changer de visage en cet été d’incertitudes sanitaires, perdre des joueurs (on pense à Toma en premier lieu), en accueillir d’autres. La question du coach n’est elle-même pas tranchée. Plutôt que de vivre dangereusement, Sion aurait tout intérêt à définir les contours d’une approche plus réfléchie, moins tape à l’œil.

Un exercice rendu peut-être encore plus indispensable au moment de préparer une saison 2020-2021 dont personne ne peut savoir à quoi elle ressemblera. Sans le retour partiel du public dans les stades, c’est tout le football suisse, bien au-delà du particularisme valaisan, qui pourrait se retrouver sifflé hors-jeu peut-être plus vite que prévu.

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16 commentaires
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MarcelGlovelier

04.08.2020 à 10:01

Bravo au FC Sion, comme quoi c'était possible de de sauver sur le terrain...

Jememarre

04.08.2020 à 09:48

Les mecs jubilent comme si ils étaient champions du monde ! L'entraineur est porté en triomphe... Le président écrase une larme et aurait eu un début d'érection... Tout cela pour une 8ème place au goal-average en SL helvétique... on a le droit de se marrrer tu vois comment ou bien?

Nicolas Schneider

04.08.2020 à 08:37

Je suis le plus Grand Supporter du Servette mais j’ai une immense admiration pour Monsieur Christian Constantin qui fait énormément pour son club Je suis très content pour lui Bravo à la famille à l’entraîneur et à l’équipe