Elections législatives  - Au Mexique, des indigènes bravent les cartels pour voter
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Elections législatives Au Mexique, des indigènes bravent les cartels pour voter

«Oui, il a eu peur, mais il était déterminé à voter»: dimanche, les indigènes d’un village isolé du Mexique ont réussi à voter malgré la menace des gangs.

Une femme de l’ethnie Wixárika vote à Mezquitic, dans l'État de Jalisco, au Mexique, le 6 juin 2021, après plusieurs heures de marche sur des chemins de terre, pour les élections législatives.

Une femme de l’ethnie Wixárika vote à Mezquitic, dans l'État de Jalisco, au Mexique, le 6 juin 2021, après plusieurs heures de marche sur des chemins de terre, pour les élections législatives.

AFP

Après avoir marché jusqu’à quatre heures et bravé la menace des narcotrafiquants, les indigènes d’un village isolé de l’ouest du Mexique ont réussi dimanche à voter aux élections législatives. Les membres de l’ethnie Wixárika, l’une des plus emblématiques du Mexique, se sont rendus au bureau de vote ouvert à Mezquitic, une municipalité de l’État de Jalisco, à laquelle on accède par des chemins de terre.

Par l’intermédiaire d’un interprète, Valeriano Carillo Cruz, ancien gouverneur de Santa Catarina Cuexcomatitlán, admet qu’il s’est rendu aux urnes avec crainte. «Oui, il a eu peur, mais il était déterminé à voter», fait valoir le traducteur, employé par le bureau de vote du village de Nueva Colonia, dans la Sierra Madre Occidentale.

Les habitants ont identifié depuis longtemps la présence du cartel de Sinaloa – fondé par Joaquín «El Chapo» Guzmán, condamné à la prison à vie aux États-Unis – et du cartel de Jalisco Nouvelle Génération. Les deux organisations se disputent un secteur clé dont la topographie permet d’échapper à d’éventuelles opérations des forces de l’ordre. Prises dans cette rivalité, les populations indigènes de la région dénoncent un harcèlement constant de la part des gangs qui travaillent pour ces cartels. À Mezquitic, il est fréquent d’apprendre que des individus armés érigent des barrages routiers sur les autoroutes à bord de véhicules 4x4 et dépouillent les passants au volant de leurs voitures.

Candidat enlevé

La population locale a fait l’expérience de la violence électorale avec l’enlèvement d’Álvaro Madera López, candidat à la mairie, alors qu’il assistait à une réunion politique dans une ville voisine. On ignore où se trouve Álvaro Madera López, membre du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), parti d’opposition, mais quatre agents de la police municipale sont en détention dans le cadre de cette affaire. La candidature a été reprise par son frère, Hugo Madera López, qui s’est efforcé de maintenir un profil bas. Le candidat a voté dimanche après-midi, après s’être assuré qu’il n’y avait pas grand monde dans le bureau de vote, selon une source du parti.

La campagne pour l’élection des députés fédéraux et de plus de 20’000 fonctionnaires locaux a vu 91 politiciens tués, dont 36 candidats ou pré-candidats, selon Etellekt, un cabinet de conseil. Des menaces criminelles ont également contraint deux candidates à la mairie de Jilotlán de los Dolores, également à Jalisco, à démissionner, laissant José Manuel Cárdenas, du parti Morena au pouvoir, comme seul candidat.

En raison de l’absence de conditions de sécurité, il a été impossible de mettre en place cinq bureaux de vote dans cette municipalité dimanche, selon l’Institut électoral. Selon le recensement de 2020, 7,3 millions de personnes au Mexique parlent une langue indigène, principal critère pour déterminer l’identité de ce secteur de la population.

(AFP)

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