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SurprenantAu nom du père, du fils et de Mandela

Un sondage indique que les Suisses voient dans le père de l'Afrique du Sud moderne une figure incarnant davantage l'idée de réconciliation que… Jésus!

par
Raphaël Pomey
Disparu en 2013, Nelson Mandela est le meilleur modèle de réconciliation aux yeux des Suisses.

Disparu en 2013, Nelson Mandela est le meilleur modèle de réconciliation aux yeux des Suisses.

Micheline Pelletier / CORBIS

L'époque n'est pas à la joie. Massacre par-ci, crash ou naufrage par-là, l'actualité a rarement été aussi sinistre que ces derniers mois. Dans ce contexte troublé, la rédaction du gratuit Quart d'heure pour l'essentiel, distribué dans 100 000 foyers ces jours, a commandé une enquête aux conclusions pour le moins surprenantes à l'institut Link. Les auteurs de ce sondage ont demandé à plus de 1000 Suisses, tous milieux confondus, quelles figures symbolisaient le mieux l'idée de réconciliation à leurs yeux.

Publié dans un tous-ménages qui se définit comme «bon pour la foi», à l'occasion de Pâques, le résultat des courses ne fait pourtant pas de cadeaux à Jésus, et encore moins à Mahomet. Devancé par Mandela, Mère Teresa et Gandhi dans les esprits, sinon dans les cœurs des Helvètes, Jésus n'apparaît qu'en milieu de classement. Derrière lui, le pape François, suivi de Bouddha et, donc du fondateur de l'islam. «Pour être honnête, on s'est demandé que faire avec ce dernier résultat, reconnaît Christian Willi, le directeur d'Alliance Presse, qui coédite le magazine. Mais nous avons décidé de faire du journalisme jusqu'au bout. Nous aurions aussi publié ces résultats si Jésus était arrivé dernier», explique cette personnalité du monde évangélique.

Plus politique que religieux

Il met cependant en garde: ce sondage n'a pas la valeur d'un test de popularité: «La grande question, pour nous, c'était de savoir ce que les gens allaient mettre dans l'idée de «réconciliation». Visiblement, ils l'ont prise dans un sens géopolitique et ont voté pour des «faiseurs de paix», d'où le succès de Mandela.»

De toute façon, ces résultats n'ont pas l'air de bouleverser Pascal Gemperli, président de l'Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM): «Que Mahomet «score peu», ce n'est pas étonnant quand on voit ce que fait Daech en se réclamant de lui.» Il explique que le prophète est pourtant bel et bien une figure de réconciliation: «C'est en marchant dans ses pas que nous, à l'UVAM, nous engageons beaucoup pour le dialogue interreligieux, même si nous ne sommes pas en conflit avec les autres communautés, à la base. Pour le reste, il voit surtout dans ces données l'expression d'une «logique chronologique»: «Les gens ont vu Mandela à la télé, la politique de réconciliation nationale. Franchement, si on m'avait demandé de prédire les résultats, j'aurais imaginé quelque chose comme ça.»

Le philosophe François-Xavier Putallaz, de l'Université de Fribourg, juge, quant à lui, que le rang de Jésus s'inscrit dans la continuité de son passage sur terre: «S'il avait fait l'unanimité, croyez-vous qu'il eût été mis à mort?» Il estime que, à la foi homme et Dieu, selon la foi chrétienne, le Christ ne peut être qu'un «bouleversant signe de contradiction» en plaçant chacun devant la possibilité du salut.

L'édito

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