Bande-dessinée: Au nom du père, du fils et de Roger Federer
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Bande-dessinéeAu nom du père, du fils et de Roger Federer

Dans leur bande dessinée «Rodger - L’enfance de l’art», Herrmann et Vincent mythifient notre héros national. Un bon choix, osé et assumé.

par
Camille Destraz
Trois tomes devraient suivre cet album, qui dépeint les jeunes années du champion.

Trois tomes devraient suivre cet album, qui dépeint les jeunes années du champion.

Hermann Vincent

La première planche annonce la couleur. «Au commencement est Hans-Ruedi…» Dans une église résonne la voix d’un homme perché sur une chaise d’arbitre. Devant une assemblée attentive, il conte la genèse de la famille Federer, en remontant au grand-père. Derrière lui, une raquette dressée vers les cieux. Et sur les vitraux, la silhouette de notre héros: Roger.

Aucun doute, nous pénétrons dans une bande dessinée qui divinise le plus grand joueur de tennis de tous les temps. Et pour cause: le Genevois Herrmann, dessinateur à La Tribune de Genève et scénariste de «Rodger - L’enfance de l’art», avoue être «un adorateur de Roger Federer. C’est le Père Noël, en mieux puisque c’est un cadeau toute l’année! Ce type est parfait, il a un statut invraisemblable. J’ai eu envie de faire un Roger à moi, encore plus beau que le vrai, encore plus divin. D’inventer un Federer qui ne mourra jamais. Il y a quelque chose de religieux! On est tous Roger Federer.» Mais même si cet amour infini est le point de départ, rien de sérieux dans la démarche. Le but est de se moquer de cette mythification tout en évitant d’égratigner la star.

Côté crayons, Herrmann considère son trait trop statique et a préféré celui de Vincent Di Silvestro (Vigousse et Le Courrier) qui croque les situations de manière très comique et caricature plutôt bien le roi de la balle jaune.

Touche pas à mon Federer!

«Il y a une corde raide, explique Herrmann. Quand j’ai commencé à parler de mon projet, les gens m’ont dit: «Attention, tu ne touches pas à MON Federer!» Exercice réussi? Tout dépend des sensibilités…

L’ouvrage se concentre sur les jeunes années du joueur, jusqu’à ses 16 ans, à qui l’auteur imagine, par exemple, un jumeau mort à la naissance. Expliquant ainsi, via le personnage du docteur Jungfrau, que «toute sa vie, il sera condamné à chercher cet autre absent, ce miroir de lui-même qu’il tentera vainement de retrouver de l’autre côté du filet».

Herrmann et Vincent mettent également en scène deux rencontres avec Martina Hingis: un match dans l’enfance (sous les yeux du papa de Roger et d’une Melanie Molitor, la mère de Martina, névrosée) et une partie de strip tennis poilante. De leur côté, les parents de Roger apparaissent comme des personnages gentiment manipulateurs, un brin irresponsables. «Cela m’intéressait de décrire le processus de fantasme de la part des parents et de l’entourage. Chez certains joueurs de tennis, les parents ont décidé à quoi leurs enfants allaient servir même avant qu’ils soient nés!»

Alors qu’ils terminaient l’album, suite à des remarques inquiètes de leurs premiers lecteurs, le duo a demandé conseil à l’avocat Marc Bonnant. «Il nous a conseillé de modifier des scènes. Je ne sentais pas d’irrespect, mais j’ai vu que cela faisait mal à quelques personnes.» Imaginer, malaxer, fantasmer l’existence de l’immense Roger Federer, n’était-ce finalement pas la seule solution? «Il aurait été impossible de s’y prendre autrement! Les biographies sont très frustrantes. Les auteurs insistent sur le fait qu’il a toujours été simple. Je connaissais principalement trois choses: il est émotif, il était un enfant colérique, et il est universellement doué. Ce type est un mystère.»

Jusqu’ici, personne n’avait croqué Federer en bande dessinée. Ce premier tome déboule donc tel un smash dans le neuvième art, et trois autres au moins devraient suivre. Le prochain verra l’apparition (divine?) de Mirka.

D’ici là, Herrmann, fan numéro un de «Rodger», enverra sa BD à son héros. Et puisque ce dernier est la classe incarnée, gageons qu’il ne la balaiera pas d’un revers de la main.

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