Actualisé 16.12.2017 à 08:13

Au nom du père, du fils et du Slim Shady

Musique

En novembre, Eminem a été récompensé du prix du meilleur artiste hip-hop de l’année aux MTV EMA, alors qu’il n’avait rien produit depuis quatre ans. Enfin, «Revival», son 9e album, est sorti hier. On vous raconte.

par
Caroline Piccinin
Depuis ses débuts, Eminem a su imposer un style et un flow unique en démontrant un amour des mots sur lesquels le rappeur passe des mois.

Depuis ses débuts, Eminem a su imposer un style et un flow unique en démontrant un amour des mots sur lesquels le rappeur passe des mois.

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Il y a des sorties de disques qui passent plus inaperçues que d’autres. Ce n’est en aucun cas celle de «Revival», 9e album studio de Marshall Mathers, 45 ans. Le 11 octobre, l’excitation était montée d’un cran après sa vidéo freestyle pour les BET Hip-hop Awards. Vidéo dans laquelle The Real Slim Shady se payait Donald Trump.

«Maintenant, nous avons un kamikaze à la Maison-Blanche, ce qui va probablement causer un holocauste nucléaire et pendant que le drame surgit, il attendra que la merde se calme en faisant des tours dans son avion (…) Nous aimons nos militaires, nous aimons notre pays, mais nous détestons ce putain de Trump.» Si on avait momentanément «oublié» l’existence et la verve d’Eminem depuis «The Marshall Mathers LP 2», sorti en 2013, on ne tenait plus d’entendre ce «Revival». Impatience augmentée d’un cran il y a un mois quand il balançait «Walk on Water», un premier single formaté radio en featuring avec Beyoncé, qui dépasse déjà les 50 millions de vues, tous supports confondus.

Du pardon et de la haine

Depuis ses débuts, Eminem a su imposer un style et un flow unique en démontrant un amour des mots sur lesquels le rappeur passe des mois. Pour trouver la rime qui fait sens ou clash. Unique, mais toujours surprenant, à l’image de «Remind Me», en featuring avec X Ambassadors, qui sample sans complexe «I Love Rock’n’Roll», le tube intersidéral de Joan Jett and the Blackhearts. Tube qu’elle avait elle-même emprunté au groupe Arrows. Et même s’il avait déjà sorti les gros riffs de guitares comme sur «Lose Yourself», B.O. du film «8 Miles», on en reprend une couche à l’écoute de la piste 17, «In you Head». Au loin, en ouverture, la voix de Dolores O’Riordan, qui scande «In your heaaaaaaad, zombie, zombie (…)», puis le rappeur arrive pour raconter comment la célébrité, les erreurs, les errances ont fait de lui un zombie.

«Fuck it, I’ve done enough in this rap shit, recovery brought me nothing. But back, to where I was and perhaps, this could’ve been my victory lap if I wasn’t on the verge of relapse», rapport à ses albums de 2009 et 2010, période où le natif de Saint Joseph est au plus bas et s’aide à grands coups de Valium et autres substances peu recommandables. Plus loin dans la chanson, il s’excuse auprès de sa fille Hailie, tout comme sur «Bad Husband», où il se questionne: «Comment se fait-il que tu puisses être un seigneur et un perdant? Comment se fait-il que tu puisses être un menteur et un bon père? Un bon père, mais un mauvais mari.»

Le rock encore, ses deux fers de lance sur cet album: la rédemption et la haine. Des guitares toujours donc, sur «Untouchable», où Eminem rappe son dégoût de l’extrême droite américaine, se mettant notamment dans la peau d’un policier raciste et blanc. Sur «Like Home», en duo avec la douce Alicia Keys, on retrouve tour à tour les mots «arien», «nazi», «svastika» et la phrase «so basically, you Adolf Hitler». Le tout lié à Donald Trump, sans jamais le nommer. Après cela, le rappeur est certainement impatient de voir si le principal intéressé lui répondra sur Twitter…

Des duos et de la scission

Sur le reste des 19 titres, on s’étonne à nouveau – après son featuring avec N.E.R.D. –, de la présence d’Ed Sheeran, Britannique préféré des rappeurs sur un «River» un peu plus fade, tout comme «Nowhere Fast», en featuring avec Kehlani, alors que «Tragic Endings», avec Skylar Grey, nous rappelle «Stan», un de ses duos d’anthologie avec Dido. Avec Pink, une vieille copine, il aborde (encore) dans «Need Me» la question d’un couple qui part en vrille alors que la chanson monte tranquillement en puissance jusqu’à l’union de leurs voix. Pour clore, on dira que sur ce «Revival», il y a des hauts, des bas, quelques incompréhensions («Believe», «Offended»), quelques bon gros beats («Chloraseptic», «Framed» et «Arose»).

Si Eminem dit ne pas être Jésus sur «Walk on Water», c’est peut-être simplement parce qu’actuellement en plein high, il se place en tout-puissant du rap. Et comme Dieu avec les adeptes et les athées, en distribuant cette nouvelle hostie musicale, il divise. Mais nous, sur ce coup-là, on y croit.

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