Procès «Charlie Hebdo»: Le long silence du djihadiste Peter Cherif

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Procès «Charlie Hebdo»Le long silence du djihadiste Peter Cherif

Présenté par certains comme l’instigateur de la tuerie qui a fait douze morts dans les locaux du journal satirique en janvier 2015, Peter Cherif est resté silencieux pendant plus de vingt minutes lors de son audition ce vendredi au tribunal de Paris.

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Ali R. (en haut à droite) a été condamné à trente ans de réclusion criminelle. (Mercredi 16 décembre 2020, photo d'archives)

Ali R. (en haut à droite) a été condamné à trente ans de réclusion criminelle. (Mercredi 16 décembre 2020, photo d'archives)

AFP
Ali R., principal accusé au procès des attentats de janvier 2015, a clamé lundi une dernière fois son innocence. (Lundi 14 décembre 2020, image d'archives)

Ali R., principal accusé au procès des attentats de janvier 2015, a clamé lundi une dernière fois son innocence. (Lundi 14 décembre 2020, image d'archives)

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Le parquet national antiterroriste français a requis entre 5 ans de prison et la perpétuité à l'encontre des accusés, au procès des attentats de janvier 2015 contre l’hebdomadaire satirique «Charlie Hebdo» et la supérette juive Hyper Cacher. (Mardi 8 décembre 2020)

Le parquet national antiterroriste français a requis entre 5 ans de prison et la perpétuité à l'encontre des accusés, au procès des attentats de janvier 2015 contre l’hebdomadaire satirique «Charlie Hebdo» et la supérette juive Hyper Cacher. (Mardi 8 décembre 2020)

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«Je ne répondrai à aucune question»: le vétéran du djihad Peter Cherif a opposé vendredi vingt longues minutes de silence à la Cour d’assises spéciale de Paris qui l’entendait sur sa possible implication dans les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo.

Ce témoin-clé est présenté par certains comme l’instigateur de la tuerie. Intervenant en visioconférence depuis sa prison, il commence à réciter une prière en arabe, avant d’ajouter en français: «au nom de Dieu le clément et le miséricordieux, le seul témoignage que je vous apporterai aujourd’hui c’est celui de l’unité de Dieu, d’Abraham, de Moïse, de Jésus et du prophète Mahomet.»

Le président de la cour insiste, rappelle qu’il est entendu «comme simple témoin». Après un long monologue du président, ce proche des frères Kouachi affirme avoir été «forcé à venir pour témoigner sur une affaire pour laquelle je n’ai rien à voir». Il assure ne pas vouloir «provoquer, choquer», avant de conclure: «À partir de maintenant, je ne vais plus répondre à aucune question».

Intégration dans Aqpa

Peter Cherif est mis en examen pour «association de malfaiteurs terroriste» criminelle dans un volet disjoint de l’enquête. Il est soupçonné d’avoir facilité l’intégration en 2011 d’un des frères Kouachi au sein d’Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), organisation qui a revendiqué la tuerie de Charlie Hebdo.

L’enquête cherche également à déterminer s’il a joué un rôle dans la préparation des attentats. Peter Cherif avait accepté de répondre aux questions de policiers antiterroristes lors de sa remise aux autorités françaises en décembre 2018, suite à son arrestation à Djibouti. Mais il a ensuite gardé le silence.

Le président lit une de ses dépositions. Peter Cherif disait alors: «Les attentats, ça m’a dégoûté et ce n’est pas l’islam». «Est-ce que vous reconnaissez que vous avez tenu ces propos?» tente le magistrat.

«Toujours dans l’autre camp»

Le président lui pose des questions sur ses liens avec les frères Kouachi, ce qu’il pense des attentats ou de cette «souffrance des victimes» mentionnée lors d’une audition. Mais il n’obtient que de longs silences.

Après plusieurs démarches infructueuses, le président de la cour cède la parole. Un seul avocat de la partie civile, Antoine Casubolo-Ferro, se risque à poser des questions. Peter Chérif maintient son attitude défiante. Après 23 minutes, le président de la cour interrompt la visioconférence.

Une attitude regrettée après l’audience par plusieurs avocats. «Par son refus de communiquer, il nous dit: "eh bien moi je suis toujours dans l’autre camp, je suis toujours votre ennemi et vous êtes toujours des "koufars" (mécréants, ndlr)"», estime Me Casubolo-Ferro.

(ATS/NXP)

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