04.09.2020 à 12:14

FranceAu procès Charlie, le principal accusé se dit «innocent»

Accusé de «complicité» dans les attentats de janvier 2015, Ali Riza Polat a déclaré être innocent et vouloir «se défendre et s’expliquer» au troisième jour du procès qui se tient à Paris.

1 / 34
Traits tirés, regard sombre et barbe fournie sous son masque, Ali Riza Polat, diagnostiqué positif fin octobre au nouveau coronavirus, a repris place en dernier dans le box vitré mercredi. (Mercredi 2 décembre 2020)

Traits tirés, regard sombre et barbe fournie sous son masque, Ali Riza Polat, diagnostiqué positif fin octobre au nouveau coronavirus, a repris place en dernier dans le box vitré mercredi. (Mercredi 2 décembre 2020)

AFP
Le procès des attentats de janvier 2015, suspendu depuis lundi alors que trois accusés ont été testés positifs au Covid-19, ne reprendra pas avant le 12 novembre au moins, a-t-on appris mardi de sources proches du dossier. (Mardi 3 novembre 2020)

Le procès des attentats de janvier 2015, suspendu depuis lundi alors que trois accusés ont été testés positifs au Covid-19, ne reprendra pas avant le 12 novembre au moins, a-t-on appris mardi de sources proches du dossier. (Mardi 3 novembre 2020)

AFP
Le vétéran du djihad Peter Cherif a opposé vingt longues minutes de silence à la cour d’assises spéciale de Paris. (Vendredi 23 octobre 2020)

Le vétéran du djihad Peter Cherif a opposé vingt longues minutes de silence à la cour d’assises spéciale de Paris. (Vendredi 23 octobre 2020)

AFP

Ali Riza Polat, accusé de «complicité» des crimes terroristes des frères Kouachi et d’Amédy Coulibaly, s’est dit vendredi «innocent» et s’en est pris aux «balances mythomanes», au troisième jour du procès à Paris des attentats de janvier 2015.

«Je tenais à dire que je suis innocent des faits qu’on me reproche», a déclaré d’emblée ce Franco-Turc de 35 ans, un proche d’Amédy Coulibaly, alors que la Cour d’assises spéciale commençait son interrogatoire de personnalité.

«Je suis là à cause de certaines personnes, des balances mythomanes qui ont raconté n’importe quoi. (…) Ils balancent mais ils mentent», s’est énervé Ali Riza Polat, crâne rasé et masque blanc lui barrant le visage. Mais ces «balances», il refusera d’en donner le nom aux parties civiles qui cherchent à comprendre, les sommant de «patienter». «C’est pas encore l’interrogatoire sur les faits, non?», fanfaronne Polat.

«Pas les vrais complices»

Il est le seul des onze accusés présents devant la Cour d’assises – trois autres suspects sont jugés par défaut – à devoir répondre de «complicité», un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. «On ne poursuit pas les vrais complices», avait estimé son avocate Isabelle Coutant-Peyre, à l’ouverture du procès mercredi.

Souçonné par les juges antiterroristes d’avoir eu un rôle central dans les préparatifs des attentats, et d’avoir joué le rôle de «bras droit» d’Amédy Coulibaly et d’avoir joué un rôle central dans les préparatifs des attaques contre l’Hyper Cacher (quatre morts) et contre une policière de Montrouge (sud de Paris), mais aussi celle de l’hebdomadaire Charlie Hebdo (12 morts), commise par les frères Saïd et Chérif Kouachi.

Ali Riza Polat a assuré, véhément, qu’il allait «(se) défendre» et «(s')expliquer». «Je paie mon amitié à Amédy (Coulibaly). Je me désolidarise de ce qu’il a fait, il a fait n’importe quoi», a affirmé Ali Riza Polat.

Plusieurs séjours en prison

Né à Istanbul, il est arrivé à l’âge de trois ans en France et a grandi à Grigny, en banlieue parisienne, où il a rencontré à «22 ans» selon lui l’auteur des attaques contre une policière de Montrouge et contre un magasin Hyper Cacher. «Ce n’était pas mon ami d’enfance», a insisté Ali Riza Polat.

«Tombé» dans la délinquance «vers 13, 14 ans» avec des «petits larcins», l’accusé a expliqué être passé assez rapidement «aux stups» par «attrait de l’argent», des délits qui lui ont valu plusieurs séjours en prison.

Comme les autres accusés présents dans les box vitrés, Ali Riza Polat n’a jamais été condamné pour des faits de terrorisme.

Trois grands absents

Le débat quitte vite le terrain de la délinquance pour dévier sur celui de la religion. «Croyant», issu d’une famille musulmane, Ali Riza Polat explique pourtant s’être «converti» en 2014: «Avant je mangeais du porc. Tu peux pas être musulman et manger du porc», argumente-t-il.

Le président s’étonne: «Vous faites des escroqueries, mais après, par le biais des prières, vous demandez pardon?» «Ça reste des péchés» mais «on fait tous des conneries», s’agace Ali Riza Polat. «Une personne judéo-chrétienne, elle fait des péchés, mais elle fait des prières à côté», assure l’accusé, relancé par les parties civiles, insistantes.

Isabelle Coutant-Peyre, avocate d’Ali Riza Polat, s’en mêle: «Je m’étonne qu’on fasse un débat sur les questions de religion dans une enceinte judiciaire laïque». «Y a-t-il une autre question que celle-là? Vous n’avez pas honte! Devant des victimes!", s’insurge sur les bancs des parties civiles l’avocate Nathalie Senyk.

La cour d’assises examinera dans l’après-midi les personnalités des trois grands absents au procès: Hayat Boumeddiene, compagne d’Amédy Coulibaly, et les frères Belhoucine, dont l’aîné Mohamed est également jugé pour «complicité».

Ce procès historique se tient plus de cinq ans après les sanglantes attaques contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, qui ont fait 17 morts en janvier 2015 et semé l’effroi dans le monde.

(AFP/NXP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!