Actualisé 08.01.2020 à 17:51

EditorialAu procès de Renens, les absents ont forcément tort

En refusant de participer au procès des activistes de Renens, Ministère public et banquiers laissent le champ libre à leur cause.

Devant le Tribunal de Renens mardi, des manifestants sont venus soutenir les douze activistes du collectif Lausanne Action Climat (LAC), condamnés à des amendes et des peines qu'ils contestent au nom du combat pour le climat.

Devant le Tribunal de Renens mardi, des manifestants sont venus soutenir les douze activistes du collectif Lausanne Action Climat (LAC), condamnés à des amendes et des peines qu'ils contestent au nom du combat pour le climat.

Jean-Christophe Bott, Keystone

Il est rare d'entendre un juge prendre position pour une des parties au début d'un procès. Au Tribunal de Renens, mardi, le magistrat qui traite l'affaire des activistes lausannois impliqués dans l'occupation des locaux de Credit Suisse, a précisé d'emblée qu'il partageait les inquiétudes des accusés, étant «assez favorable au mouvement tels que le vôtre», leur a-t-il dit.

La peur des militants?

Sans doute que cette remarque inédite avait pour objectif de détendre l'atmosphère et de placer les débats sous le signe de la connivence. Le juge n'aurait peut-être pas tenu ces propos, si les parties adverses avaient pris la peine de se présenter au procès. En effet, comment expliquer que le Ministère public et Credit Suisse aient boudé ce rendez-vous? Ont-ils peur des militants? Craignent-ils de devoir débattre d'un sujet qu'ils maîtrisent moins bien que la partie adverse?

Moralité écologique

Cette double défection a laissé le champ libre à des témoins de moralité – dont le prix Nobel Jacques Dubochet – pour étayer à quel point la finance au sens large joue un rôle central dans la poursuite d'une politique plus ou moins au service du climat. Dans le grand public, cette problématique est encore mal connue. Les partis politiques, hormis les Verts, ne s'attardent guère sur le sujet, comme si la finance bénéficiait en Suisse d'un statut à part. Finalement, elle n'aurait de comptes à rendre qu'en termes de performance et non de moralité climatique. Mais cela va changer. La zone du débat est en train de s'élargir.

«La décarbonisation des portefeuilles»

Les documents de l'Alliance climatique Climat-compatibilité des caisses de pensions suisses- attestent de ces préoccupations. L'association a passé le secteur financier suisse au peigne fin pour établir le degré de «décarbonisation des portefeuilles» des investisseurs. Selon l'association, les pratiques actuelles dans des activités «riches» en CO2 correspondent à un réchauffement climatique de 4 à 6 degrés! Un chiffre qualifié de «catastrophique» par rapport à l'objectif de 1,5 degré des Accords de Paris.

Transparence des investissements

Le procès de Renens aboutira sans doute à la confirmation d'une sanction pour les fauteurs de trouble. Mais ceux-ci auront eu une belle occasion pour sensibiliser encore plus l'opinion publique sur ces questions. Les établissements financiers suisses ne peuvent pas se contenter d'afficher dans leurs succursales des slogans verts et des offres de placements éco-responsables (aux côtés d'un Roger Federer au maillot plus blanc que blanc). Ils doivent la transparence sur leurs politiques d'investissements en rapport avec le climat, d'autant plus quand il s'agit de l'argent des retraites et l'épargne des Suisses.

Ce n'est qu'un début.

Eric Felley

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