Interview - Audrey Fleurot: «J’essaie d’entretenir un état de connerie permanente»
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InterviewAudrey Fleurot: «J’essaie d’entretenir un état de connerie permanente»

L’actrice française était l’invitée du Festival de Télévision de Monte-Carlo, dimanche. Elle est revenue sur le succès fou de «HPI», la fin d’«Engrenages», «Kaamelott» et les séries de son enfance.

par
Laurent Flückiger, Monte-Carlo
Audrey Fleurot a quitté les Vosges et le tournage de «Les combattantes», une série d’époque pour TF1, pour participer à la 60e édition du festival.

Audrey Fleurot a quitté les Vosges et le tournage de «Les combattantes», une série d’époque pour TF1, pour participer à la 60e édition du festival.

AFP via Getty Images

Annulé en 2020 à cause de la pandémie, le Festival de la télévision de Monte-Carlo a pu débuter, cette année, le 18 juin. L’événement, qui fête sa 60e édition, est un peu tronqué, privé de ses stars américaines habituelles et présentant en grande majorité un panel de comédiennes et comédiens français. Mais qu’importe, car la star en 2021 est une actrice de TF1: Audrey Fleurot. Avec son personnage de consultante pour la police dans «HPI», elle a offert à la chaîne des succès d’audience plus atteints depuis très longtemps.

Elle a également augmenté son capital sympathie auprès de fans aussi différents que le sont ses rôles dans de nombreuses séries. «Les fans de «Kaamelott», qui sont plutôt des geeks, je les vois arriver de loin, confie-t-elle. Ceux d’«Un village français» sont étonnamment jeunes et c’est un public plutôt urbain qui regarde «Engrenages».

Alors qu’elle tourne en ce moment dans les Vosges «Les combattantes», une série d’époque encore pour TF1, Audrey Fleurot avait quelques jours de libre pour venir devant les journalistes et les photographes à Monaco. C’était conférence de presse et rien d’autre pour l’actrice, qui a pourtant fait bien mieux que juste s’exécuter à sa tâche.

Audrey Fleurot, avez-vous immédiatement senti le gros potentiel de «HPI»?

Non, je ne pouvais pas imaginer ce succès. On n’a pas la main là-dessus. Tout ce qu’on peut faire, c’est incarner un personnage avec le plus d’engagement possible. Quand j’ai lu le scénario de «HPI», qui n’était pas une comédie et donc très loin du résultat final, le rôle m’est resté longtemps en tête. Je sentais que le ton n’était pas le bon et qu’à partir du moment où on le trouverait il se passerait quelque chose. Je n’ai jamais eu autant peur que les jours précédant la sortie de «HPI», car j’ai mis tellement de moi là-dedans. C’est différent avec les séries chorales, comme «Engrenages», où vous ne vous sentez pas responsable du succès ou de l’échec.

Qu’aimeriez-vous qu’il se passe dans la saison 2 de «HPI»?

C’est une série avec des épisodes unitaires, comme c’est le cas de celles que je regardais enfant ou adolescente. Donc c’est très contraignant. Mais j’ai l’impression qu’on peut pousser le cadre plus loin. J’espère qu’on gagne en liberté de ton et en insolence. J’aime l’idée qu’on peut se projeter dans ce personnage de Morgane Alvaro. Je veux la voir à la banque ou à la poste et qu’on se dise: «Cette fille dit ce dont je rêve de dire mais que je n’ai pas le courage de dire.» Il y a quelque chose de cathartique. Elle a 160 de Q.I. et se comporte en enfant de 5 ans, et pourtant on adorerait être elle. J’ai envie de continuer à creuser ce côté superhéroïne du quotidien.

Morgane Alvaro est un personnage qui vous permet de beaucoup improviser?

Totalement. Je suis arrivée très en amont sur la série et il y a eu beaucoup de va-et-vient entre moi et l’auteur principal. Être autant préparée me donne la liberté d’improviser. En tournage, j’essaie d’entretenir un état de connerie permanente, de jubilation, comme un enfant. Pour trouver des choses dans l’instant. Et c’est épuisant.

Audrey Fleurot incarne Morgane Alvaro, femme de ménage de 160 de Q.I. qui va devenir consultante pour la police.

Audrey Fleurot incarne Morgane Alvaro, femme de ménage de 160 de Q.I. qui va devenir consultante pour la police.

TF1

Après quinze ans et 8 saisons, «Engrenages» a pris fin en automne de l’année dernière. Êtes-vous satisfaite de la façon dont la série s’est terminée?

Non, je n’aime pas cette fin. Je ne sais pas si je suis trop censée le dire… mais bon, c’est mon avis personnel. Je trouve ça très formatif pour un personnage qui ne l’est tellement pas! Ce qui m’a intéressé dans le personnage de Joséphine, à la base, c’est qu’elle ne ressemblait pas aux personnages que je pouvais voir à la télé, en tout cas il y a quinze ans. C’était un personnage féminin avec des caractéristiques presque masculines. J’aurais préféré qu’elle bascule du côté obscur, qu’elle quitte le barreau et qu’elle devienne la reine des mafieuses… Enfin je n’en sais rien, mais j’aurais préféré quelque chose de plus dans l’ADN de la série. Face à tant d’échecs, j’aurais trouvé fort qu’elle rende la robe. On était tous partis sur quelque chose de dark et il y a eu une volonté générale d’avoir une fin plus lumineuse.

On vous retrouvera dans votre personnage de la Dame du Lac dans le premier film «Kaamelott». Sur le tournage, avez-vous retrouvé l’ambiance de la série?

Oui, c’était comme dans la série à la grande époque, on te donne le texte au maquillage, à l’arrache mais avec beaucoup plus de moyens. Le processus de fabrication était exactement le même, ce côté troupe de théâtre, tout était spontané, l’énergie était la même. Je suis très contente d’en faire partie mais je n’avais que deux jours de libre. Nous n’avons pas eu le scénario, je n’ai pas vu le film, donc ça va être une découverte totale. Je crois qu’il y a énormément de petites participations. J’aurais été déçue de ne pas pouvoir venir faire un petit clin d’œil car je suis très attachée et au projet et à l’équipe. J’ai même envoyé un texto à Alex (Astier) pour qu’il me confirme que je suis dans le film car les gens m’en parlent et c’est toujours un peu gênant de découvrir à la dernière minute que j’ai été coupée au montage! (Rires.) Il m’a dit de ne pas m’inquiéter.

«J’étais une grande fan de «MacGyver». Je me souviens que je pouvais faire des crises si je manquais un épisode.»

Audrey Fleurot

Vous parliez des séries de votre enfance. Lesquelles regardiez-vous?

Je suis fille unique, alors je passais beaucoup de temps devant la TV. J’étais une grande fan de «MacGyver». Je me souviens que je pouvais faire des crises si je manquais un épisode. J’ai aussi beaucoup regardé «Shérif, fais-moi peur» «ALF», «Santa Barbara», «Madame est servie…» Je ne suis pas sûre qu’il y a beaucoup de ces séries qui mériteraient d’être revisionnées. D’ailleurs, c’est fascinant de voir à quel point ce monde-là a évolué. Aujourd’hui, c’est l’endroit de création par excellence. Plus que le cinéma. La télé avec laquelle j’ai grandi, c’était éternellement plus ou moins le même épisode. J’ai dîné devant «Maguy» durant des années, et je suis incapable de vous raconter une seule intrigue. Tout ça pour dire que ce dont le public a envie c’est de retrouver des personnages, de passer un moment avec eux. Ce qui a changé c’est qu’on recherche du contenu de qualité, des enquêtes bien ficelées. Aujourd’hui, on veut et le fond et la forme.

Parmi tous les personnages que vous avez interprétés quel est votre préféré?

Celui de Morgane Alvaro dans «HPI». Je vis souvent avec elle dans un coin de ma tête. Je lui achète des fringues sur Vinted, je prends des notes… Je pense que j’y suis plus attachée parce que je suis à un niveau d’investissement plus important dans le processus, et c’est aussi le personnage le plus proche de moi. Je suis fière que «HPI» touche un public large, les enfants, le cœur de cible de TF1 et ceux qui ne regardaient pas ce genre de série. Par contre, c’est très compliqué de satisfaire un aussi grand panel.

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