Publié

TourismeAux mains des Chinois, le Club Med s'éloigne de ses racines

Sous l'égide du groupe chinois Fosun, le Club Med tourne un peu plus le dos à ses racines populaires. L'entreprise entame désormais un grand virage vers l'internationalisation et le haut de gamme.

Y' a du soleil, la mer... et des Chinois, darladirladada! Nouveau refrain du Club Méditerranée?

Y' a du soleil, la mer... et des Chinois, darladirladada! Nouveau refrain du Club Méditerranée?

ARCHIVES / PHOTO D'ILLUSTRATION, AFP

En passant majoritairement en capitaux chinois, le Club Med tourne un peu plus le dos à ses racines populaires. Cette ligne est «la seule possible» pour assurer l'avenir du Club Méditerranée, qui fête cette année ses 65 ans, juge son directeur Henri Giscard d'Estaing.

Ses mots d'ordre : poursuivre la montée en gamme des villages vacances du Club Med et viser les nouveaux marchés prometteurs du tourisme, Chine en tête, où une classe aisée avide de loisirs a émergé.

Pertes financières

Avec 1,2 milliard d'euros (1,45 milliard de francs) d'investissements en douze ans, les résultats ne sont pas vraiment au rendez-vous. En 2014, l'entreprise a essuyé une deuxième année consécutive de perte nette (12 millions d'euros), après des millésimes 2011 et 2012 légèrement dans le vert.

En s'apprêtant à passer sous le contrôle de Fosun, désormais seul en lice pour l'acheter, le Club Med compte donner un nouvel élan à son ambition de faire notamment de la Chine son deuxième marché, d'ici à la fin 2015.

Le premier village ski y a ouvert en 2010. Le groupe en compte aujourd'hui trois et plusieurs autres sont en projet. Sans oublier les complexes touristiques spécialement mis au point pour ce pays et ciblant les riches habitants des grandes villes.

Le conglomérat chinois, entré au capital du Club Med en 2010, mise, quant à lui, sur la marque au trident pour devenir un des principaux acteurs d'un marché touristique chinois en plein boom.

Cette ambition n'était pas aussi déterminante dans l'offre d'achat de l'Italien, Andrea Bonomi, qui a finalement jeté l'éponge vendredi. Ce dernier désirait, en effet, renforcer les villages-clubs de moyenne gamme.

Aux oubliettes donc l'image ringardisée des villages vacances véhiculée par le film «Les Bronzés» en 1978.

A l'époque, le Club Med vit pourtant une période faste. Ses villages parsèment la côte méditerranéenne, Tahiti, tout comme les montagnes européennes. Ils défendent une idée démocratisée des vacances, portée par la famille Trigano (Gilbert, puis son fils Serge) qui tient le Trident de 1963 à 1997.

Sites fermés

Cependant, à la fin des années 1990, les villages vieillissent. La concurrence est plus forte et les résultats économiques ne sont pas à la hauteur. La famille Trigano doit céder les rênes à Philippe Bourguignon, ancien d'Accor et d'Eurodisney, qui ferme des sites, en rénove d'autres et diversifie le groupe (salles de sport, voyagiste, vêtements).

Lorsque Henri Giscard d'Estaing prend la tête du Club Med en 2002, l'entreprise cherche de nouveau une stratégie pour relancer ses villages, dans une industrie du tourisme post 11-Septembre où les pays émergents deviennent de plus en plus attractifs.

Le Club Med se recentre sur les villages classés au moins trois tridents. Son nouveau PDG défend une image de «luxe convivial».

Pour le syndicaliste Michel Braquet, «l'esprit GO, de partage et de convivialité, est menacé» par cette opération stratégique tournée vers les Chinois. Le pays asiatique risque de faire du Club Med «un tour operator, un hôtel comme un autre».

(ats)

Votre opinion