Actualisé 18.01.2019 à 11:12

SKI«Aux Pléiades, une fois qu’on a la neige, on la garde»

Après un Noël sans flocons, la petite station vaudoise a ouvert son domaine cette semaine avec soulagement. Reportage.

par
Sébastien Anex
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Frédy Cochard, chef technique, prépare les pistes lorsque les conditions sont délicates.

Frédy Cochard, chef technique, prépare les pistes lorsque les conditions sont délicates.

Sébastien Anex
Pour damer les sections les plus pentues, il est nécessaire d'amarrer le ratrak.

Pour damer les sections les plus pentues, il est nécessaire d'amarrer le ratrak.

Sébastien Anex
Un brin solitaire, Frédy apprécie son travail nocturne.

Un brin solitaire, Frédy apprécie son travail nocturne.

Sébastien Anex

Frédy Cochard a toujours aimé la mécanique. La grosse même. «Je n’ai pas joué longtemps avec des petites machines. J’en ai cherché des grandes» sourit-il. Ce lundi 14 janvier, c’est aux commandes de son ratrak qu’on retrouve celui qui a passé son permis de locomotive à vapeur à 16 ans. Alors que notre regard est encore embrumé, celui du pilote est clair. Dans les phares de la dameuse, les gouttes de pluie venues humidifier le tapis neigeux du week-end se transforment en flocons en cette fin de nuit. Le froid arrive. Enfin! Le ballet du gyrophare de la machine mêlé à la neige offre un spectacle enivrant. A l’image des levers de jour que Frédy apprécie tant.

Couteau suisse de la station

Il commence régulièrement à 5h du matin. Chef technique, chef d’exploitation, mécanicien et responsable de la sécurité, Frédy Cochard est le véritable couteau suisse de la station. Durant 35 saisons à œuvrer au bon fonctionnement des Pléiades, il en a vu des hivers sans neige. Il se souvient même d’une année où seul dix jours avaient été exploitables. Pour le conducteur solitaire, lancer la saison mi-janvier ne pose pas de problème. Ce sont les aléas de la nature. Et à ses yeux, «Les Pléiades, ce n’est pas une station de ski, mais une infrastructure sportive au bénéfice de la collectivité».

Yves Grundisch, directeur de l'Ecole suisse de ski

Yves Grundisch, directeur de l'Ecole suisse de ski

La collectivité? Ce sont surtout les élèves de la région. Une fois le ratrak à l’arrêt, Yves Grundisch, directeur de l’Ecole suisse de ski, et son équipe s’apprêtent d’ailleurs à recevoir les premiers wagons d’écoliers de Vevey et alentours. Avec les quelques centimètres de neige fraîche, le paysage est idyllique. Mais il était moins une: sans l’or blanc du week-end, pas de report possible, la semaine de cours aurait dû être annulée.

Le plein emploi

Sur le quai, l’horloge dépasse l’horaire prévu, le train se fait attendre. Quand le convoi apparaît enfin, Yves a le sourire. En rangs peu organisés et avec de grands gestes, les rouges saluent les gamins. A se demander s’il y a plus de frénésie chez les adultes ou les bambins. Après la disette de Noël, pour certains moniteurs, la neige est salvatrice. Les élèves leur assurent un travail régulier. Ici, pas besoin de chasser le client: durant la semaine, c’est le plein emploi.

Yves et ses troupes mettent un point d’honneur à assurer la formation des enfants. «On leur offre une bouffée d’air frais. Les maîtres et maîtresses nous rapportent que le simple fait de monter à la montagne rend les élèves radieux pour le reste de la saison».

Sébastien Dumusque, président de la Coopérative des Pléiades

Sébastien Dumusque, président de la Coopérative des Pléiades

Ce sont eux qui représentent ici la majorité des journées skieurs (près de 70%). Pour Sébastien Dumusque, président de la Coopérative des Pléiades, la station se situe dans un schéma de proximité et joue un rôle capital pour ses grandes sœurs: «Les futurs skieurs des Alpes vaudoises ou valaisannes ont besoin d’un lieu d’apprentissage. Nous formons une partie de la clientèle des domaines avoisinants».

Valentino et sa maman Marion en piste.

Valentino et sa maman Marion en piste.

En 15 ans d’activité, c’est la deuxième fois seulement que le président vit un Noël couplé à un Nouvel An sans flocons. Environ 20% du chiffre d’affaire se réalise généralement sur cette période, mais Sébastien Dumusque relativise la perte à venir. «Ici, pas de creux de janvier. Une fois qu’on a la neige, le plus souvent, on la garde et on travaille sur toute la saison grâce aux enfants». D’expérience, il pense également retrouver lors des Relâches les habitués de la station, qu’il n’a pas vus jusqu’ici.

Réchauffement climatique

Le directeur ne se voile toutefois pas la face. Conscient du réchauffement climatique, il sait que sa station, située à basse altitude (sommet à 1360 mètres), va devoir repenser son modèle. Dans un premier temps, Les Pléiades ont gagné en réactivité pour le ski: «A partir du premier décembre, on s’adapte et on ouvre en sautant sur l’occasion dès que les conditions sont réunies». A plus long terme, le directeur espère pouvoir faire monter les élèves même sans neige, en diversifiant les activités proposées. Un signe positif dans ce sens? Grâce à l’anticyclone de la fin d’année, le restaurant sommital des Pléiades n’a pas vu sa clientèle diminuer: «Les touristes sont venus profiter du soleil en-dessus de la mer de brouillard», se réjouit le gérant du restaurant Fabrice Relet.

Fabrice Relet

Fabrice Relet

Depuis le début de la semaine et comme 65 jours en moyenne chaque saison, les skieurs apprécient maintenant en prime un fin, mais blanc manteau.

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