Valais: Avalanche: Doit-on arrêter les recherches à Riddes?
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ValaisAvalanche: Doit-on arrêter les recherches à Riddes?

La coulée qui a frappé les hauts de Riddes rappelle que les secouristes sont souvent confrontés à des choix cornéliens.

par
Blaise Craviolini
Les deux skieurs retrouvés étaient ensevelis sous six mètres de neige.

Les deux skieurs retrouvés étaient ensevelis sous six mètres de neige.

Police Cantonale valaisanne

«Les recherches ont été arrêtées…» Cette phrase résonne comme un terrible constat d’échec. Et ça a encore été le cas ce week-end après l’avalanche meurtrière qui a frappé le vallon d’Arbi, au-dessus de Riddes (VS). Le danger d’avalanche est très marqué (3 sur 5) et la neige tombée samedi augmente encore les risques.

Pour rappel, les corps de deux jeunes Français de 20 et 25 ans ont été retrouvés sans vie par les secouristes, alors que deux autres personnes – un Vaudois de 57 ans et un Français de 32 ans – étaient, hier soir, toujours portées disparues. Aucun ne portait de dispositif de recherches de victimes en cas d’avalanche.

«Les recherches ne s’arrêtent jamais, s’empresse de rectifier Stève Léger, porte-parole de la police cantonale valaisanne. Elles sont soit momentanément interrompues, soit suspendues. Même plusieurs jours après le drame, même si l’on sait pertinemment que les chances de récupérer des survivants sont infimes, voire inexistantes, la police continue de ratisser le territoire à intervalles réguliers.

De plus, les pilotes d’hélicoptère qui survolent la région pour d’autres besoins conservent un regard affûté sur la zone sinistrée.»

Dans le cas présent, la décision de suspendre les manœuvres répondait à une logique irrémédiable. «On ne prend jamais ce genre de résolution de gaieté de cœur, souligne Stève Léger. Mais là, l’avalanche était importante. La masse neigeuse s’est étendue sur 400 mètres de long et 150 mètres de large, répandue sur une altitude s’échelonnant de 2200 à 1900 mètres. Autant chercher une aiguille dans une botte de paille!»

Selon notre interlocuteur, «la nature rendra forcément, tôt ou tard, les deux corps ensevelis». Oui, mais quand? «Tout dépendra des températures enregistrées ces prochains jours ou ces prochaines semaines, lesquelles détermineront le rythme de la fonte des neiges.»

Mais au fait, qui a compétence – et surtout pouvoir – d’officialiser l’interruption des recherches? «Dans ce genre d’affaires, il faut bien distinguer les aspects juridiques et opérationnels», répond Pascal Gaspoz, chef des guides d’Air-Glaciers, impliqué dans le sauvetage lors de cette avalanche des hauts de Riddes.

Familles associées aux décisions

Et de préciser: «Toute la procédure légale est sous la responsabilité du Ministère public qui, lui-même, œuvre avec la police cantonale. Pour ce qui est du terrain proprement dit, la collaboration est multifacette: elle comprend les guides, les secouristes, les chiens d’avalanches, les représentants des remontées mécaniques et d’autres partenaires, en fonction des besoins ponctuels.

C’est tout ce microcosme qui est associé aux décisions. Mais lorsque tout a été entrepris, lorsque l’espoir s’est éteint, et même si ça nous pèse, il est normal que le processus s’arrête.»

Autres «actrices» consultées en permanence lors des différentes phases de recherches: les familles des victimes. «Elles sont informées heure par heure de l’évolution de nos démarches», assure le communicant Stève Léger. «Dans la mesure du possible, et pour autant qu’ils le souhaitent, nous nous efforçons d’amener les proches des victimes sur les lieux du drame. Il est essentiel que les familles se rendent compte, à travers leurs propres yeux, de la situation, de la topologie du site, qu’elles comprennent bien que nous faisons le maximum.»

«Nous nous efforçons d’amener les proches des victimes sur les lieux du drame» Pascal Gaspoz, chef des guides d’Air-Glaciers

Le souvenir de 2001

Cette année-là, au début février, la montagne atteint son paroxysme en matière de cruauté et d’injustice.

Nous sommes au lieudit le «Plat-de-la-Lé», au-dessus de Zinal (VS), dans le val d’Anniviers. En portant assistance à une jeune Zurichoise emportée par une coulée, une colonne de vingt-trois secouristes est à son tour prise au piège de l’avalanche.

Deux d’entre eux – Édouard Gross et Nicolas Gaspoz (le frère de Pascal) – paient de leur vie leur courageuse implication. Ce drame valaisan n’est qu’un épisode parmi d’autres dans la longue liste des sauveteurs qui ne sont jamais revenus de leurs interventions.

«Le risque des sauveteurs est un facteur essentiel dans le processus décisionnel d’arrêter ou de poursuivre les recherches en cas d’avalanche», assure Stève Léger.

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