03.05.2018 à 17:58

AccidentsAvalanches meurtrières: année noire pour le Valais

Les montagnes valaisannes auront été meurtrières cette année. Selon le bilan suisse des décès par avalanche: 70% des tués l’ont été dans le Vieux-Pays.

par
Renaud Michiels
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Une carte on ne peut plus explicite.

Une carte on ne peut plus explicite.

Le Matin/Yannick Michel
Décidément, les sommets valaisans auront beaucoup tué cette année.

Décidément, les sommets valaisans auront beaucoup tué cette année.

Keystone

Décidément, les sommets valaisans auront beaucoup tué cette année. Alors que la semaine a été marquée par le drame d’Arolla (7 randonneurs morts après avoir été pris au piège par le mauvais temps), le bilan saisonnier de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches SLF, tombé hier, a aussi apporté son lot de mauvaises nouvelles. 26 personnes sont décédées dans des avalanches en Suisse cet hiver. Dont 18 en Valais.

26, c’est beaucoup par rapport aux années précédentes. On avait recensé 7 décès en 2016-2017. Et 13 la saison précédente. C’est aussi davantage que les moyennes sur le long terme, avec une vingtaine de morts par an. Mais en se penchant sur les données du SLF, c’est surtout la surreprésentation du Valais qui frappe. La Suisse a connu 19 avalanches meurtrières. 12 ont eu lieu dans le Vieux-Pays.

Pas étonnant qu’on dénombre plus de victime dans un canton alpin et touristique. Reste qu’en 2015, le SLF avait publié une étude portant sur dix ans. Elle montrait qu’on trouvait en moyenne 40% des tués par avalanche en Valais. Or pour la saison écoulée, ce taux grimpe à près de 70%. Il s’est même aggravé puisqu’un randonneur a trouvé la mort lundi à Saas-Fee. Ce dernier n’apparaît pas dans les données du SLF, qui s’arrêtent à fin avril.

Un enneigement exceptionnel

Alors? Comment expliquer cette exception valaisanne? L’Institut pointe un «hiver long et neigeux» en montagne, avec les «chutes de neige les plus abondantes en Valais, une région habituellement plutôt sèche». Avec même des records jamais atteints depuis le début des mesures, il y a plus de 70 ans: 204 cm de neige fraîche à Saas-Fee, 210 à Zermatt. Ainsi que pour la première fois depuis 1999, le danger d’avalanche le plus élevé, niveau 5, décrété en début d’année.

Les spécialistes ajoutent d’autres pistes. «Nous avons par exemple eu un manteau neigeux très épais et lourd sur une couche instable. Ce qui entraîne des avalanches de glissement, très imprévisibles, qui peuvent partir un peu n’importe quand», nous explique Pascal Stoebener, chef du groupe dangers naturels à l’État du Valais.

Nivologue et directeur du bureau Meteorisk, à Sion, Robert Bolognesi avance une explication mécanique. «Un long hiver, neigeux, implique forcément beaucoup plus de monde en montagne. Et donc forcément davantage de risque d’être pris dans une avalanche.»

Selon les données divulguées hier, la majorité des personnes qui ont succombé l’ont été durant le mois de mars: 12 sur 18. Surprenant alors que le risque maximal était en décembre et janvier? Pas pour les experts. «Le danger était tellement évident, clair et bien relayé par les médias, que la prudence a été de mise. Mais ensuite, quand il a baissé, il n’y avait plus d’alerte et la vigilance de certains s’est relâchée», note Robert Bolognesi.

Pascal Stoebener abonde. «Un danger de niveau 3, «marqué», ça dit pourtant bien ce que ça veut dire. Mais certains ne retiennent malheureusement que la baisse de danger.» Et tous deux de rappeler qu’en mars, avec les courses de printemps, la montagne est aussi très fréquentée.

La fatalité s’en mêle

Robert Bolognesi ajoute encore un élément, un impondérable: la fatalité. «Chaque mort dans une avalanche est évidemment un mort de trop. Mais on reste dans de petits nombres, comparé aux centaines de milliers de personnes en montagne. Or il faut un peu se méfier des statistiques sur de petits nombres. On a par exemple eu quatre morts au vallon d’Arbi, au-dessus de Riddes. Si ces malheureux s’en étaient sorti les données auraient semblé très différentes. Mais la chance ou la malchance s’en mêlent.»

Tous ces éléments peuvent expliquer une année qu’on peut vraiment taxer de noire, comme le confirment encore les chiffres uniquement valaisans pour les cinq dernières années, fournies hier par la police cantonale. 12 morts dans des avalanches en Valais pour 2012-2013. Puis 11, 12, 9 et 4 la saison dernière. Contre déjà 19 cette année.

250

C'est le nombre d'avalanches «ayant provoqué des dommages corporels ou matériels» qui ont été signalées au SLF cette saison. Heureusement, seules 19 ont été mortelles.

26 personnes

Vingt-six personnes sont mortes dans des avalanches cette saison en Suisse, dont 18 en Valais, selon les chiffres de l’Institut SLF. On doit même ajouter une 19e: un randonneur décédé lundi à Saas-Fee.

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