Formule 1 – Avec Frank Williams, un héros de la Formule 1 disparaît
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Formule 1Avec Frank Williams, un héros de la Formule 1 disparaît

Frank Williams était plus qu’un propriétaire d’écurie. C’était un héros. C’était un symbole. Celui d’une époque, celle des vrais amoureux de la course.

par
Luc Domenjoz
Le Britannique, il y a vingt ans.

Le Britannique, il y a vingt ans.

AFP

Aujourd’hui, les écuries n’appartiennent qu’à des grands constructeurs automobiles, à des fonds de placement ou à des milliardaires qui s’en servent à des fins publicitaires. Frank Williams, lui, avait monté et dirigé son équipe pour le seul plaisir de courir. A la seule force de son caractère. Car Sir Francis Owen Garbett Williams, décédé ce dimanche 28 novembre, à 79 ans, était issu d’une famille de classe moyenne qui n’avait rien à voir avec la course - son père était pilote dans la Royal Air Force et sa mère institutrice.

Quand il a débuté dans le sport, en tant que pilote, il survivait en remorquant une monoplace hors d’âge derrière sa voiture. Il dormait sur le canapé d’un ami. Il a fait faillite avec sa première écurie pour se retrouver, une nouvelle fois, à la rue.

Mais Frank Williams était indestructible. Après sa faillite, il a monté une nouvelle écurie, et trouvé des sponsors là où personne n’était allé les chercher, en Arabie saoudite. Soutenu entre autres par la compagnie aérienne saoudienne et par la famille Bin Laden – ça ne s’invente pas -, il remporté son premier titre des constructeurs et des pilotes en 1980, avec Alan Jones.

Depuis, quatorze autres titres se sont succédés, avec des pilotes comme Keke Rosberg, Nelson Piquet, Nigel Mansell, Alain Prost pour Damon Hill. Les plus grands, dont Ayrton Senna, ont piloté ses voitures.

Frank Williams était aussi un grand sportif. Tous les matins, il courait un demi-marathon pour se mettre en jambe avant de se rendre sur les circuits. En 1986, tout change. Au volant de sa voiture de location, au moment de rejoindre l’aéroport de Marseille après des essais privés sur le circuit du Castellet, il manque un virage. Sa Ford se retourne, il reste tétraplégique.

Mais il ne se laisse pas abattre. Pour retourner plus tôt sur les circuits, pour retrouver son univers, il raccourcit sa rééducation, qui aurait pourtant pu lui faire retrouver une partie de l’usage de ses bras. En chaise roulante, suivi en permanence par un aide qui le déplace et le nourrit, il continue de tout superviser. Et il remporte encore plusieurs championnats jusqu’à celui de Jacques Villeneuve, en 1997.

C’est alors le lent déclin. Les sponsors le quittent les uns après les autres. En 2013, il cède la direction de l’équipe à sa fille Claire, qui ne peut éviter sa vente à un fonds de placement, en septembre 2020. Sir Frank n’a dès lors plus rien à dire sur la gestion de l’équipe qui continue de porter son nom.

Avec Frank Williams, c’est le dernier amoureux de la compétition qui disparaît. Celui de la course pure, celle des années ’70 et ’80, ouverte à ceux dont le talent comptait plus que le porte-monnaie.

Sir Frank est décédé. Mais sa philosophie, son courage face à son handicap, sa résilience infinie face aux problèmes financiers en font un héros, un modèle immortel dans le coeur des amoureux de la F1.

Merci pour votre passion, Sir Frank, puissiez-vous enfin reposer en paix.

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