Basketball - Avec Ilias Papatheodorou, la Suisse découvre un nouveau monde
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BasketballAvec Ilias Papatheodorou, la Suisse découvre un nouveau monde

Le sélectionneur de l’équipe de Suisse est un coach exigeant aux rotations parfois déroutantes, pour ses joueurs. La dernière fenêtre l’a démontré.

par
Jérémy Santallo
(Fribourg)
Ilias Papatheodorou donnait ici ses consignes, jeudi passé en Autriche.

Ilias Papatheodorou donnait ici ses consignes, jeudi passé en Autriche.

FIBA Basketball

Pour dire la vérité, on n’a pas tout compris jeudi derrière notre écran. Lors de la défaite en Autriche (80-64), Jonathan Dubas et Yoan Granvorka ont débuté dans le cinq de base du sélectionneur Ilias Papatheodorou. Mais les deux Romands ont été rappelés sur le banc après même pas quatre minutes pour ne plus remettre les pieds sur le terrain de tout le match. Pourquoi? Parce que le technicien grec les a tenus pour responsablesSelim Fofana, Roberto Kovac et Nemanja Calasan ont eux été épargnésdu mauvais début de partie qui a précipité le revers helvétique pour entamer les préqualifications vers l’Euro 2025.

«Quelqu’un qui est dans un mauvais jour est tout de suite remplacé et les minutes s’équilibrent»

Jonathan Dubas, capitaine de l’équipe de Suisse

Ce long passage au frigo a laissé songeur Jonathan Dubas, un capitaine qui a toutefois eu une chance de se rattraper face à Chypre (66-43), contrairement à l’ailier neuchâtelois Yoan Granvorka, resté assis pendant quarante minutes. «Je me suis posé la question en Autriche, mais je n’ai pas eu d’explications, a confié «Jo» Dubas après la rencontre dimanche. Comme Natan (ndlr: Jurkovitz), j’avais quelques douleurs au dos et le voyage avait été long pour moi. Peut-être qu’Ilias a vu que je n’étais pas bien dans mon match, d’autant plus que les premières actions ont été compliquées pour nous. Et puis Michel (Ofik-Nzege) et Arnaud (Cotture) ont été bons dans la foulée. C’est aussi ça, la sélection: douze joueurs postulent. Nous ne sommes pas dans nos clubs, qui évoluent parfois avec des rotations réduites. Là, quelqu’un qui est dans un mauvais jour est tout de suite remplacé et les minutes s’équilibrent.»

«Il y a parfois des rotations bizarres, mais chaque entraîneur a ses spécificités»

Natan Jurkovitz, joueur de l’équipe de Suisse

Oublié lors de la première mi-temps en Autriche, Michel Ofik-Nzege a disputé l’intégralité de la seconde (!) Mais, dimanche, le pivot genevois n’a joué que 8 minutes au cours desquelles il a perdu trois ballons. Et, avec Ilias Papatheodorou, que l’on a vu crier sur Clayton Le Sann après une mauvaise défense ou sur Selim Fofana après une finition «suicidaire» à un contre trois en contre-attaque, cela ne pardonne pas. «Il y a parfois des rotations bizarres, mais chaque entraîneur a ses spécificités. Tout le monde doit prendre sur soi et lui faire confiance», résumait Natan Jurkovitz. «Gianluca Barilari (l’ancien sélectionneur) suivait plus son instinct. Ilias est, lui, très strict sur les détails. Il voit très vite si le joueur est confiant ou pas, donc il faut être bon et renvoyer une bonne image, souriait Dubas. Il a un style que nous n’avons jamais connu ici. Peu de coaches sont aussi rigoureux tactiquement. Pour ceux qui n’ont jamais quitté la Suisse, c’est vraiment nouveau.»

«La Suisse n’a pas vingt joueurs de qualité et les absences pèsent beaucoup»

Ilias Papatheodorou, entraîneur de l’équipe de Suisse

Depuis ses débuts à la tête de la sélection en août, qui se sont soldés par une élimination de la course au Mondial 2023 dès les préqualifications, l’ex-entraîneur de l’AEK Athènes tente de créer un fond de jeu offensif, tout en inculquant sa rigueur défensive à un groupe qu’il découvre encore. «La Suisse n’a pas vingt joueurs de qualité et les absences pèsent beaucoup. On a évolué sans Jonathan (Kazadi), un joueur clé que l’on ne remplace pas comme ça, Natan Jurkovitz en Autriche, mais aussi Paul Gravet, Toni Rocak et Robert Zinn, soit cinq éléments qui avaient été importants pour nous cet été, a expliqué Ilias Papatheodorou, qui réclame plus de temps. C’est difficile d’avoir le contrôle sur une équipe avec deux ou trois entraînements et de demander aux joueurs de suivre des règles et de changer leurs habitudes en un claquement de doigts. C’est pour cela que j’ai demandé à la Fédération d’avoir plus de jours avec eux sur cette fenêtre.»

Il faudra des points

En six parties officielles, la Suisse version Ilias Papatheodorou n’a jamais marqué plus de 70 points sur une rencontre et tire en moyenne à peine à 25% derrière l’arc. Sauf que pour remonter un débours de 16 points à l’Autriche et ainsi conquérir cette fameuse première placela seule qui donne un accès direct pour la suite des qualifications, il faudra sans doute une orgie de points à Saint-Léonard, le 27 février, après avoir fait le job contre l’Irlande, le 24. Espérons d’ici-là que le meilleur marqueur helvétique, Jonathan Kazadi, blessé à la hanche mais présent dans les travées fribourgeoises dimanche, aura retrouvé la santé.

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