Football - Avec la Youth League, YB connaît ses axes de progression
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FootballAvec la Youth League, YB connaît ses axes de progression

Parallèlement à la Ligue des champions, le club bernois aligne une formation M19 sur la scène européenne. Une expérience délicate, mais enrichissante.

par
Chris Geiger
(Berne)
Depuis 2017, Gérard Castella (à droite) est le chef de la formation à Young Boys.

Depuis 2017, Gérard Castella (à droite) est le chef de la formation à Young Boys.

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Quadruple champion de Suisse en titre, Young Boys compte dans son effectif plusieurs éléments importants formés au club à l’image de Michel Aebsicher, Fabian Rieder ou encore Felix Mambimbi, trois joueurs qui ont contribué au match nul (3-3) obtenu par les Jaune et Noir contre l’Atalanta Bergame mardi soir en Ligue des champions.

Quelques heures plus tôt, à moins d’un kilomètre du Wankdorf, les espoirs bernois affrontaient leurs homologues italiens (2-3) au Sportpark Wyler dans le cadre de la 5e journée de la Youth League, une compétition réservée depuis 2013 aux équipes M19 des clubs engagés en C1. Avec une seule unité au compteur, l’apprentissage s’avère compliqué pour la formation dirigée par André Niederhäuser. Mais l’essentiel n’est pas là pour Gérard Castella.

«On cherchait à se comparer au-delà de nos frontières car les joueurs affrontent les mêmes adversaires depuis X années sur le plan national, débute le responsable de la formation à YB. C’est donc difficile d’évaluer si l’équipe fait des progrès collectivement ou si les joueurs s’améliorent individuellement.»

Si proche, si loin

Face à des équipes du standing de Manchester United ou Villarreal, la formation doit s’effectuer à la vitesse grand V. Malgré toute la bonne volonté des jeunes pousses bernoises, ça ne suffit pas toujours. «On a remarqué qu’on n’est pas très loin de nos adversaires sur certains points, mais en même temps assez loin, concède le Genevois. On est trop gentils dans les deux surfaces. On commet des erreurs individuelles qui se paient cash et, à l’inverse, on ne concrétise pas nos occasions car on n’est pas assez tueurs devant le but adverse. Surtout, on est inférieurs aux Espagnols ou aux Italiens sur les plans de la technique et de l'intensité.»

Des carences qui s’expliquent facilement. «Les joueurs adverses qu’on rencontre en Youth League font exclusivement du football et sont tous professionnels, alors que nos juniors vont tous à l’école ou suivent un apprentissage, rappelle l’ancien entraîneur de Servette, du LS et de Xamax. Par exemple, lorsque on est allés jouer à Bergame ou à Villarreal, les joueurs ont dû rattraper les cours qu’ils avaient raté. Ils ne peuvent donc pas faire la même récupération que leurs adversaires.»

«A Berne, les conditions d’entraînement sont indignes d’un club qui joue la Ligue des champions»

Gérard Castella

Cette approche reflète la mentalité suisse et ne risque pas d’évoluer à moyen terme. En revanche, le club bernois rêve d’améliorer ses infrastructures, un aspect primordial pour la progression du club. «La plus grande différence constatée durant cette Youth League se situe au niveau des centres d’entraînement, souligne l’ex-sélectionneur des équipes nationales juniors. A Bergame, à Villarreal ou à Manchester, il y a des dizaines de terrains à disposition de la première équipe et des jeunes. A Berne, à l’inverse, les conditions d’entraînement sont indignes d’un club qui joue la Ligue des champions. Il n’y a pas de centre d’entraînement et c’est notre plus gros manque. C’est d’ailleurs un frein pour que le club et sa formation puissent franchir un nouveau palier. Il semblerait toutefois qu’il y ait des discussions pour trouver une solution, mais ces dernières durent depuis un moment désormais et risquent de se prolonger encore longtemps.»

Malgré cette difficulté, Young Boys maintient son cap en termes de formation et s’applique à intégrer certains préceptes de jeu prônés par David Wagner, l’entraîneur de la première équipe. «On refuse d’aller chercher des joueurs externes à notre partenariat bernois, explique Gérard Castella. L’objectif est d’amener au minimum un joueur par année de naissance en première équipe et de former de futurs joueurs professionnels, pas de remporter des titres chez les juniors. Globalement, l’idée est d’amener un projet de jeu chez les juniors. On veut jouer un football constructif fait de possession, en partant depuis l’arrière et en évitant un maximum les longs ballons.»

Cette philosophie ne date pas d’hier. Elle était d’ailleurs déjà au centre du projet en 2018/2019 lors de la première participation des Jaune et Noir à la Youth League et avait permis à un joueur comme Felix Mambimbi de se révéler aux yeux du grand public.

«Il avait fait une bonne campagne, mais avait encore dû faire un pas supplémentaire et des progrès avec les M21 l’année suivante pour finalement intégrer le contingent de la première équipe, rappelle le technicien de 68 ans. C’est typiquement le parcours qu’on préconise.» Une trajectoire que le Biennois Aurèle Amenda (18 ans), capitaine des jeunes bernois pour la campagne européenne actuelle, rêverait assurément d’épouser.

«En cinq matches, on a déjà vu des progrès»

Cinq matches, un point: le bilan de Young Boys en Youth League n’est, pour l’heure, guère reluisant. A l’image de leurs aînés en Ligue des champions, les jeunes bernois rencontrent des difficultés dans le groupe F face aux moins de 19 ans de Manchester United, de Villarreal et de l’Atalanta Bergame.

Un constat qui s’étend au-delà des simples résultats. «Tous les matches sont difficiles, concède volontiers Ayefouni Basile Ogouvide. Mais c’est une belle compétition, qui demande beaucoup d’adaptation. Par rapport aux équipes qu’on affronte habituellement en Suisse, nos adversaires sont plus rapides, plus forts et, d’une certaine manière, plus expérimentés.»

Comprenez par là plus décisifs dans les zones de vérité. «On essaie de travailler au quotidien pour gommer nos erreurs, poursuit le jeune défenseur central d’YB. En cinq matches, on a d’ailleurs déjà vu des progrès au sein de notre équipe, notamment sur le plan offensif.»

Le travail d’un staff technique spécialement monté pour l’occasion semble donc porter ses fruits. Professionnel, l’encadrement formé autour de l’entraîneur principal André Niederhäuser propose aux espoirs bernois des préparations méticuleuses, avec analyse vidéo à l’appui.

«C’est clairement un petit plus pour l’équipe et cette approche nous permet de grandir, se réjouit le central de 17 ans. La présence de Steve von Bergen sur le banc en qualité de coach adjoint me donne encore plus de motivation pour m’améliorer et pour donner le maximum. A l’inverse, la présence des nombreux recruteurs présents dans les tribunes ne traverse pas mon esprit lorsque je suis sur le terrain.»

L’international suisse junior espère conclure cette campagne européenne de belle manière le 8 décembre prochain du côté de Manchester, là où les infrastructures sont bien plus développées qu’en Suisse. «Les équipes sont mieux rodées car les joueurs sont tout le temps ensemble, estime-t-il. Les joueurs bénéficient de centres d’entraînement où ils peuvent manger et dormir, ce qu’on n’a pas ici à Berne.» Le temps d’un match, les Jaune et Noir voudront faire voler en éclat cet avantage.

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